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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206270

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206270

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206270
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Schweitzer, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui indiquer un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir, dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement de faire la même injonction à la préfète du Bas-Rhin de pourvoir à cet hébergement ;

3°) de mettre à la charge solidaire de l'État et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros TTC à verser à son avocate en application des article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite au regard de son état de santé, de son handicap, et de la précarité et l'indignité de ses conditions de vie ;

- l'inertie de l'administration porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile et a pour effet de le maintenir dans une situation contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La requête a été régulièrement communiquée à la préfète du Bas-Rhin, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 26 septembre 2022 en présence de Mme Trinité, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu Me Schweitzer, avocate de M. C, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures.

Le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et la préfète du Bas-Rhin n'étaient ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne les conclusions dirigées, à titre principal, contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

4. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de cet article en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque situation, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. M. C, ressortissant géorgien né en 1994, est entré en France en avril 2022 selon ses déclarations. Le 29 avril 2022, sa demande d'asile a été enregistrée et il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le 12 septembre 2022, M. C a été orienté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration vers un hébergement situé à Charleville-Mézières. Il a refusé cet hébergement et a également refusé la proposition qui lui a été faite d'y passer une nuit, le temps de trouver sur place une solution mieux adaptée, et est retourné à Strasbourg, pour ne plus se manifester jusqu'à l'introduction de la présente requête.

6. M. C indique avoir refusé l'hébergement situé à Charleville-Mézières en raison de son inadaptation à son handicap, l'accès aux toilettes et à la salle de bains du logement lui étant, en raison de la largeur insuffisante des portes, impossible en fauteuil roulant. Toutefois, alors qu'il résulte de l'instruction qu'il est capable de marcher sur quelques pas hors de ce fauteuil, ce qui suggère qu'il serait à même d'accéder à des pièces dans lesquelles ce fauteuil ne lui permet pas de pénétrer, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier la portée exacte de son handicap ni, par suite, la légitimité de son refus d'accepter la proposition d'y séjourner de manière provisoire, le temps qu'une solution mieux adaptée soit trouvée. Dans ces conditions, alors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration justifie avoir accompli des diligences raisonnables pour lui fournir un hébergement adapté à son handicap, qu'il n'est pas contesté que ces logements sont rares, et qu'il résulte de l'instruction que 789 personnes seules, 72 couples avec un ou plusieurs enfants et 45 couples sans enfant sont actuellement en attente d'un hébergement dans le département du Bas-Rhin, le caractère grave et manifestement illégal de l'atteinte alléguée au droit d'asile du requérant n'est pas établi.

7. Pour les mêmes raisons, et alors, en outre, que M. C ne fournit aucune précision sur son état de santé et sur les incidences sur ce dernier de ses conditions de vie, son moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les conclusions dirigées, à titre subsidiaire, contre la préfète du Bas-Rhin :

8. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence ".

9. M. C ne justifie, ni même n'allègue, avoir saisi la préfète du Bas-Rhin d'une demande d'hébergement d'urgence. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin ne peut être regardée comme ayant manqué de manière caractérisée à l'obligation que lui font les articles L. 345-2 et L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles de fournir un hébergement d'urgence à une personne sans abri en situation de détresse médicale.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de M. C, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est accordé à titre provisoire à M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Schweitzer, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre en charge des solidarités.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Strasbourg, le 27 septembre 2022.

Le juge des référés,

P. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et au ministre en charge des solidarités, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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