jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2206372 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEONEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2022, le département de la Moselle, représenté par Me Llorens, demande au tribunal :
1°) de condamner la société par actions simplifiée (SAS) Fayat Bâtiment à lui verser la somme de 109 699,60 euros toutes taxes comprises (TTC), assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 décembre 2021 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la société Fayat Bâtiment la somme de 4 152 euros TTC au titre des dépens, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 décembre 2021 et de leur capitalisation, et une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- des désordres affectent le collège Joseph Cressot à Sarralbe ; l'apparition de fissures et d'éclatements de béton sur les murs des coursives ainsi qu'un décollement de leur étanchéité a été constatée ; la structure de l'entrée principale du collège fait l'objet de fissures et de mouvements, entraînant son basculement vers l'avant ; les façades en béton des bâtiments font l'objet d'un faïençage généralisé ;
- ces désordres, apparus dans le délai de mise en cause de la responsabilité de garantie décennale et qui compromettent la solidité des bâtiments du collège et le rendent impropre à sa destination, sont de nature à engager la responsabilité à ce titre de la société Fayat Bâtiment, entrepreneur principal en charge des travaux de reconstruction du collège ;
- il a droit à une réparation intégrale de ses préjudices, correspondant au montant des travaux de réparation des désordres, qui s'élève à 68 917,54 euros TTC, et aux frais engagés en vue d'identifier les causes du désordre et de mettre en œuvre des solutions provisoires, qui s'établissent à 40 782,06 euros TTC.
Une mise en demeure a été adressée le 5 janvier 2023 à la société Fayat Bâtiment, qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 17 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Poittevin ;
- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Llorens, représentant le département de la Moselle, la société Fayat Bâtiment n'étant ni présente, ni représentée.
Une note en délibéré pour le département de la Moselle a été enregistrée le 31 janvier 2025. Elle n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 5 août 2010, le département de la Moselle a confié à la société Cari, devenue Fayat Bâtiment, un marché global de travaux ayant pour objet la reconstruction du collège Joseph Cressot à Sarralbe. Par procès-verbal du 10 juin 2013, la réception des travaux a été prononcée avec réserves, avec effet au 31 mai 2013. Les réserves ont été levées le 19 décembre 2013. A compter du mois de septembre 2018, puis au cours de l'année 2019, plusieurs désordres sont apparus, en particulier des fissures sur les murs de façade en béton de l'ouvrage. A la demande du département de la Moselle, le tribunal a ordonné une expertise par une ordonnance n° 1907803 du 21 janvier 2020 et l'expert a déposé son rapport définitif le 18 octobre 2021. Par la présente requête, le département de la Moselle demande la condamnation de la société Fayat Bâtiment, sur le fondement de sa responsabilité décennale, à lui verser une somme totale de 113 851,60 euros TTC en réparation de ses préjudices nés des désordres.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité décennale de la société Fayat Bâtiment :
2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité.
3. Il est constant qu'au cours des années 2018 et 2019, sont apparus des désordres affectant l'ossature en béton armé des bâtiments du collège, consistant en des fissures sur diverses façades des bâtiments, un faïençage généralisé des parements en béton, et la déformation de certaines dalles en hauteur, au niveau des coursives de la cour du collège et de son entrée principale, qui a nécessité l'installation de portiques de soutien et d'étaiement pour éviter leur effondrement. Ces désordres, dont il n'est pas contesté qu'ils affectent la solidité de l'ouvrage, sont imputables à la société Fayat Bâtiment, constructeur de l'ouvrage.
4. Dès lors, le département de la Moselle est fondé à rechercher la responsabilité décennale de la société Fayat Bâtiment à raison des conséquences dommageables de ces désordres.
En ce qui concerne les préjudices et leur réparation :
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport définitif d'expertise du 18 octobre 2021, que la réparation des désordres nécessite des travaux de confortement des coursives, de réparation de l'auvent de l'entrée principale et de reprise des fissures et des éclats béton sur les façades, ainsi que l'application d'un revêtement élastique d'imperméabilisation sur l'ensemble des parements. Compte tenu des devis produits par le département et des estimations de l'expert, et en l'absence de toute contestation de ces éléments, le montant de ces travaux doit être fixé à la somme totale 68 917,54 euros TTC.
6. Par ailleurs, le département justifie avoir exposé des dépenses d'un montant total de 18 675,19 euros TTC au titre des mesures provisoires qu'il a mises en œuvre en raison des désordres, en particulier l'étaiement des dalles de béton, ainsi que des dépenses d'un montant total de 22 106,88 euros TTC pour des études complémentaires portant sur les désordres - une note de calcul, un diagnostic de la structure des bâtiments, une étude de géotechnique et une analyse du béton - et dont la nécessité n'est pas contestée.
7. Il résulte de ce qui précède que le département de la Moselle est fondé à demander la condamnation de la société Fayat Bâtiment à lui verser la somme totale de 109 699,61 euros TTC.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
8. Le département de la Moselle demande que la somme indiquée au point précédent soit augmentée des intérêts au taux légal à compter du 2 décembre 2021. Toutefois, cette date est celle de la lettre par laquelle il a mis en demeure la société Fayat Bâtiment de lui verser, à titre d'indemnisation, la somme totale de 113 851,61 euros, et non celle à laquelle l'intéressée a reçu ce courrier. En l'absence de tout élément permettant de déterminer cette date, le point de départ des intérêts de retard sollicité ne peut qu'être fixé à la date d'introduction de la requête, le 27 septembre 2022.
9. L'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts mentionnés au point précédent a été demandée le 27 septembre 2022, date d'introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 27 septembre 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () " La décision par laquelle la juridiction administrative met les frais d'expertise à la charge d'une partie ayant le caractère d'une condamnation à une indemnité, au sens de l'article 1153-1 du code civil, les intérêts sur le montant des frais et honoraires de l'expert ne courent qu'à compter de la date à laquelle ils ont été fixés par la décision juridictionnelle.
11. Par une ordonnance du 30 juin 2021, le juge des référés a accordé à l'expert une allocation provisionnelle de 4 152 euros TTC, mise provisoirement à la charge du département de la Moselle. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de mettre cette somme à la charge définitive de la société Fayat Bâtiment. En revanche, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant n'est pas fondé à demander les intérêts sur cette somme à compter du 2 décembre 2021, ni la capitalisation de ces intérêts.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Fayat Bâtiment une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La société Fayat Bâtiment versera au département de la Moselle une somme de 109 699,61 euros (cent neuf mille six cent quatre-vingt-dix-neuf euros et soixante-et-un centimes) toutes taxes comprises. Cette somme sera augmentée des intérêts au taux légal à compter du 27 septembre 2022 et de leur capitalisation à compter du 27 septembre 2023 et à chaque échéance annuelle suivante.
Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 4 152 (quatre mille cent cinquante-deux) euros sont mis à la charge de la société Fayat Bâtiment.
Article 3 : La société Fayat Bâtiment versera au département de la Moselle une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au département de la Moselle et à la société Fayat Bâtiment.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Rees, président,
- Mme Dobry, première conseillère,
- Mme Poittevin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.
La rapporteure,
L. POITTEVIN
Le président,
P. REESLa greffière,
V. IMMELÉ
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026