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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207054

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207054

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207054
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBOUKARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 octobre 2022 et 14 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Boukara, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Sausheim à lui verser la somme de 18 761,42 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 9 août 2022 et de la capitalisation des intérêts, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de son licenciement illégal ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sausheim la somme de 2 000 euros hors taxe, soit 2 400 euros toutes taxes comprises, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- par un jugement n°1902690 du 25 mai 2021 le tribunal administratif a annulé la décision du 1er février 2019 du maire de Sausheim la licenciant pour insuffisance professionnelle et a enjoint à la commune de la titulariser ; cette illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- du fait de la faute commise, elle a subi divers préjudices que la reconstitution de sa carrière et sa titularisation par un arrêté du maire du 28 juin 2021 n'ont pas entièrement compensés.

Par un mémoire, enregistré le 1er juin 2023 la commune de Sausheim, représentée par Me Cereja, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Muller, rapporteur ;

- les conclusions de M. Biget, rapporteur public ;

- les observations de Me Boukara, représentant Mme A ;

- et les observations de Me Isselin, substituant Me Cereja, représentant la commune de Sausheim.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été nommée fonctionnaire stagiaire en qualité d'adjointe administrative territoriale à la commune de Sausheim le 7 août 2017 pour assurer des fonctions d'assistante de gestion financière, budgétaire et comptable. Par un courrier du 31 décembre 2018, elle a été informée de l'intention du maire de ne pas la titulariser. La commission administrative paritaire a émis un avis défavorable. Par une décision du 1er février 2019, le maire a refusé de la titulariser à l'issue du stage et a décidé de la licencier pour insuffisance professionnelle. Par un jugement n°1902690 du 25 mai 2021, le tribunal de céans a annulé la décision du 1er février 2019 et a enjoint à la commune de titulariser Mme A. Par un arrêté du 28 juin 2021, Mme A a été titularisée, sa carrière a été reconstituée et une indemnité lui a été attribuée en réparation du préjudice financier subi pour la période du 1er février 2019 au 25 juillet 2021. Estimant que l'intégralité de ses préjudices n'avait pas intégralement été indemnisée, elle a adressé une demande d'indemnisation complémentaire à la commune par un courrier du 4 août 2022. Par une décision du 30 août 2022, la commune a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner la commune à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision du 1er février 2019.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des rémunérations ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi que l'intéressé a perçues au cours de la période d'éviction.

3. Mme A a droit à l'indemnisation des préjudices qui présentent un lien direct de causalité avec l'illégalité de la décision du 1er février 2019 la licenciant qui a été annulée par un jugement devenu définitif, du 25 mai 2021, au motif que cette décision était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. Il est constant que Mme A a déjà bénéficié d'une indemnité, versée en juillet et septembre 2021, d'un montant brut de 54 308,18 euros, destinée à couvrir la perte de rémunération et diverses primes dont l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement, l'indemnité compensatrice de la hausse de la cotisation sociale généralisée, l'indemnité de fonction, de sujétions et d'expertise, le transfert de primes-points, l'indemnité du centre communal d'action sociale et la prime de fin d'année.

5. En premier lieu, Mme A fait valoir qu'elle a été contrainte de payer des frais s'élevant à 300 euros du fait du rejet par son organisme bancaire de certaines de ses dépenses. Toutefois, un tel préjudice ne présente pas un lien de causalité suffisamment direct avec l'illégalité commise par la commune.

6. En deuxième lieu, Mme A fait valoir que, du fait de son licenciement, elle ne pouvait plus souscrire à la mutuelle d'assurances proposée à l'ensemble des agents de la commune et que, durant la période du 1er février 2019 au 1er mars 2021, elle a été contrainte d'adhérer à une autre mutuelle, plus onéreuse, sans percevoir la participation complémentaire accordée par la commune. Cette participation de l'employeur doit être regardée comme une indemnité dont Mme A avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier. La requérante produit les fiches de paie des mois de mars, avril, décembre 2018 et janvier 2019 ainsi que le certificat de paiement de sa nouvelle mutuelle. Il n'est pas contesté que si elle n'avait pas été licenciée, Mme A aurait continué de percevoir la participation de 50% de l'employeur au paiement de la complémentaire santé et que cette participation mensuelle atteignait 62,71 euros. Dès lors, Mme A peut prétendre au paiement d'une somme correspondant au montant de cette participation qu'elle aurait perçue durant 23 mois et 22 jours, soit 1 488,32 euros. En revanche, si Mme A indique aussi avoir été contrainte de rembourser des prestations servies à tort par son ancienne mutuelle juste après son licenciement pour un montant de 339,96 euros, ces sommes, au demeurant non justifiées par les pièces produites, ne peuvent pas être regardées comme présentant un lien de causalité suffisamment direct avec l'illégalité commise par la commune.

7. En troisième lieu, Mme A fait valoir que, du fait de son licenciement, elle n'a pas pu percevoir les bons, chèques-vacances ou chèques-cadeaux habituellement versés aux agents administratifs, lui occasionnant un manque à gagner de 1 580 euros. Toutefois, elle ne peut prétendre à une indemnité au titre des prestations d'action sociale, telles que les chèques-vacances et chèques-cadeaux distribués à l'occasion d'une naissance ou à Noël, qui n'ont pas le caractère de traitement, prime ou indemnité et qui ne peuvent pas être regardées comme présentant un lien de causalité suffisamment direct avec l'illégalité commise par la commune.

8. En dernier lieu, un agent peut être indemnisé des troubles de toute nature résultant de la décision illégale dont il a été l'objet, y compris un préjudice moral ou des troubles dans les conditions d'existence. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A n'a pas retrouvé d'emploi postérieurement à son licenciement et que la commission paritaire s'était prononcée en faveur de sa titularisation. Mme A produit, par ailleurs, un certificat médical attestant qu'elle a été traitée pour un syndrome dépressif à compter de janvier 2019. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, en lui allouant à ce titre une somme globale de 3 000 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander la condamnation de la commune de Sausheim à lui verser la somme de 4 488,32 euros au titre des préjudices qu'elle a subis.

Sur les intérêts au taux légal et leur capitalisation :

10. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ".

11. Mme A a droit aux intérêts au taux légal afférents à l'indemnité de 4 488, 32 euros, à compter du 9 août 2022, jour de la réception par la commune de sa demande indemnitaire préalable.

12. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

13. En l'espèce, la capitalisation des intérêts a été demandée le 25 octobre 2022, date d'enregistrement de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 9 août 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de Mme A qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Sausheim une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Sausheim est condamnée à verser à Mme A une somme de 4 488,32 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 août 2022. Les intérêts échus à la date du 9 août 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.

Article 2 : La commune de Sausheim versera à Mme A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par Mme A est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Sausheim sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Sausheim.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Haudier, présidente,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le rapporteur,

O. Muller

La présidente,

G. Haudier

La greffière,

A. Dorffer

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2207054

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