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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207072

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207072

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207072
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête n°2207072, enregistrée le 25 octobre 2022, Mme C, représentée par Me Desfarges demande au tribunal :

- D'annuler la décision du 23 août 2022 par laquelle E européenne d'Alsace a confirmé la mise à la mise à sa charge la somme de 13 372,38 euros correspondant à un trop perçu de revenu de solidarité active ;

- De la décharger de cette somme ;

- D'enjoindre à E européenne d'Alsace de réexaminer sa situation personnelle dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- De lui octroyer une remise de la dette ou des délais de paiement ;

- De mettre à la charge de E européenne d'Alsace la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient la décision méconnait les articles L311-3-1 et R311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration; elle est entachée d'un vice d'incompétence ; elle méconnait l'article L 114-21 du code de la sécurité sociale ; elle méconnait l'article L262- 47 et l'article L 262-46 du code de l'action sociale et des familles ; les droits de la défense ont été méconnu; elle méconnait l'article L 262-2 du code de l'action sociale et des familles ; elle a droit à l'erreur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

II - Par une requête n°2207073, enregistrée le 25 octobre 2022, Mme C, représentée par Me Desfarges doit être regardée comme demandant au tribunal :

- D'annuler la décision du 14 mai 2022 par laquelle, la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin a confirmé le bien-fondé de sa dette de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2020 ;

- De la décharger du paiement de la somme de 152,45 euros ;

- De mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que la décision méconnait l'article L 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; elle méconnait l'article L262- 46 alinéa 2 du code de l'action sociale et des familles ; la décision n'est pas motivée ; les droits de la défense n'ont pas été respectés ; la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin a commis une erreur d'appréciation.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Simon a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°2207072 et n°2207073 sont relatives à la situation d'une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de statuer par un seul jugement.

2. E européenne d'Alsace a confirmé par la décision du 23 août 2022 prise sur recours administratif préalable la décision de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin portant mise à la charge de Mme C une dette de 13 372,38 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active pour la période d'octobre 2019 à octobre 2021. Mme C conteste le bien-fondé de sa dette et demande l'annulation de cette décision.

3. Par ailleurs, la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin a confirmé par décision du 14 mai 2022 la mise à la charge de Mme C la dette de 152,45 euros résultant d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2020. La requérante demande l'annulation de cette décision.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions du 14 mai 2022 de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin et de la décision du 23 août 2022 de E européenne d'Alsace :

4. Si Mme C fait valoir que des retenus ont été effectuées sur ses prestations pour le recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active alors que selon les dispositions de l'article L 262-46 du code de l'action sociale et des familles la procédure de recouvrement devait être suspendue, il résulte de l'instruction que E européenne d'Alsace a cessé tout prélèvement concernant le revenu de solidarité active dès qu'elle a eu connaissance des recours diligentés par elle. Par suite le moyen manque en fait.

5. En ce qui concerne l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année l'article L 262-46 du code de l'action sociale et des familles n'est pas applicable. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

6. Mme C fait valoir que les droits de la défense ont été ignorés. Cependant, il résulte de l'instruction qu'elle a été informée de sa situation par E européenne d'Alsace et la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin et qu'elle a pu faire ses observations tout au long des différentes procédures. Par suite, ce moyen manque en fait.

7. Aux termes de l'article L 123-1 du Code des relations entre le public et l'administration dispose notamment que : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué.".

8. Le droit à régularisation en cas d'erreur donne la possibilité, à tout allocataire, de régulariser une erreur qu'il a commise dans ses déclarations auprès de l'administration sans encourir une sanction, sous réserve que cette erreur ne soit ni intentionnelle ni répétée. Cependant, la requérante ne pouvait ignorer son obligation de déclarer ses absences du territoire français pendant plusieurs années. Son omission est donc réitérée et non une première omission. Il s'agit donc de fausses déclarations et sont intentionnelles. En conséquence, Mme C ne relève pas du droit à l'erreur ni pour la décision de E Européenne d'Alsace, ni pour la décision de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active :

9. Si Mme C fait valoir que la décision est entachée d'un vice d'incompétence, par arrêté n° 2022-031-DAJ du 28 février 2022 rendu exécutoire après transmission au contrôle de légalité et affichage, le Président de E européenne d'Alsace a délégué à M. A, Directeur de l'insertion vers l'Activité et du Logement, la mission de signer les actes relatifs au revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

10. Selon Mme C E européenne d'Alsace a méconnu les articles L311-3-1 et R311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration relatifs au traitement algorithmique. Cependant, il résulte de l'instruction que les indus mis à sa charge ne sont pas le résultat d'un tel traitement, mais ont été pris sur le fondement du rapport du 20 janvier 2022 effectué par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Mme C fait valoir que la décision de E européenne d'Alsace méconnaît l'article L 114-21 du code de la sécurité sociale sur le droit à la communication de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels les administrations se sont fondées pour prendre les décisions attaquées. Il résulte de l'instruction que la requérante a été informée de la teneur et de l'origine des informations obtenues auprès des tiers notamment lors des entretiens du 5 et du 14 octobre 2021. Par suite, la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

12. En vertu des dispositions de l'article L262-47 du code de l'action sociale et des familles, toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Hormis les cas où la convention passée entre le Département et chaque organisme payeur en dispose autrement, le recours est soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations en matière d'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole. Cependant, aux termes de l'article 3.4 de la Convention de gestion du revenu de Solidarité active conclue entre E européenne d'Alsace et les Caisses d'Allocations Familiales du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, signée en janvier 2022 : " reste de la compétence du Président de E européenne d'Alsace () La gestion du recouvrement et demandes de remises de dettes concernant les indus RSA qui ont fait l'objet d'une transmission à E européenne d'Alsace ". En conséquence, E européenne d'Alsace n'avait pas à soumettre à la commission du recours amiable pour avis avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". En vertu de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

14. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C et dont l'intéressée sollicite l'annulation, provient de ce qu'elle n'a pas déclaré ses absences du territoire nationale pendant la période litigieuse. En effet selon le rapport d'enquête du 20 janvier 2022 réalisé par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales Bas-Rhin, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, Mme C a quitté la France pour la Bulgarie du 4 août 2019 au 30 mars 2020, du 4 avril 2020 au 11 octobre 2021 et du 15 octobre 2021 jusqu'à la date du rapport. Si la requérante fait valoir que ses séjours sont de courtes durées contrairement à ce que prétend le rapport, elle ne le démontre pas et n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les constats du rapport d'enquête. Dans ces conditions, E européenne d'Alsace a pu estimer qu'elle ne vivait pas de manière stable et effective en France et ne pouvait prétendre au versement du revenu de solidarité active. Par suite le moyen tiré de ce que E européenne d'Alsace aurait commis une erreur d'appréciation doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année :

15. Contrairement à ce que prétend le requérant les décisions du 30 et du 31 mai 2022 de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin mentionnent les nom, prénom et qualité de M. B directeur de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin signataire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

16. La décision comporte les mentions de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée. Par suite, le moyen de l'insuffisante motivation doit être écarté.

17. En vertu de l'article 3 du décret n°2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre, ou, à défaut, du mois de décembre, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul.

18. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point n°14 que Mme C ne bénéficiait pas du revenu de solidarité active au titre du mois de novembre ou décembre 2020. En conséquence, elle ne pouvait donc être allocataire des primes exceptionnelles de fin d'année pour 2020. Par suite, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin a mis à sa charge les indus contestés.

Sur la remise gracieuse des indus :

19. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".

20. Il résulte de l'instruction que les indus de revenu de solidarité active et de prime exceptionnelle de fin d'année mis à la charge de Mme C proviennent de ce qu'elle n'a pas déclaré ses absences du territoire national. Cette omission compte tenu de sa réitération sur plusieurs années, doit être regardée comme étant constitutive d'une fausse déclaration aux sens des dispositions précitées, qui fait obstacle à ce que la requérante puisse prétendre à une remise gracieuse de ses dettes. Si la requérante soutient être dans une situation financière difficile, cette circonstance, à la supposée établie, est sans influence, dès lors que les indus en cause doivent être regardés comme trouvant leur origine dans une fausse déclaration de l'intéressée. Par suite, en tout état de cause la requérante n'est pas fondée à demander une remise gracieuse de ses dettes de revenu de solidarité active et de primes exceptionnelles de fin d'année.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n°2207072 et n°2207073 doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

D E C I D E :

Article 1. Les requêtes n°2207071 et n°2207073 de Mme C sont rejetées.

Article 2. Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin et à E européenne d'Alsace.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

H. SIMONLa greffière,

S. AMIRACH

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin et au Ministère des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2207072-2207073

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