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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207318

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207318

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207318
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL CDA JOLY & OSTER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 3, 21 et 22 novembre 2022, Mme B E épouse D, représentée par Me Thomas Bloch, demande à la juge des référés de prescrire une expertise médicale en vue de déterminer les éventuels préjudices subis suite à sa prise en charge par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à compter du 4 août 2020. Elle demande en outre qu'il soit enjoint à l'expert de produire un pré-rapport en laissant un délai raisonnable aux parties pour produire leurs observations. Enfin, elle demande que les éventuelles allocations provisionnelles soient mises à sa charge.

Elle soutient que, contrairement à ce qui est avancé par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, l'augmentation de son taux de lithium et la dégradation de son état seraient dues à une mauvaise gestion médicamenteuse de la part de l'hôpital qui aurait dû prendre en compte l'incompatibilité entre son traitement pour la bipolarité avec les médicaments prescrits suite à son intervention chirurgicale par l'établissement hospitalier.

Par deux mémoires, enregistrés respectivement les 17 et 21 novembre 2022, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, représentés par Me Anita Joly, déclarent ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée mais formulent les réserves et protestations d'usage.

En outre, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg demandent à ce que les opérations d'expertise soient confiées à un médecin réanimateur et que les éventuelles allocations provisionnelles soient mises à la charge de la requérante. Enfin, ils demandent à la juge des référés d'enjoindre à l'expert de demander la production d'un relevé des débours imputables.

Ils soutiennent que les traitements nécessaires pour son état cardiaque ont été prescrits à partir de juillet 2020, en amont de la prise en charge au sein de leur établissement, Mme E épouse D ayant consulté tant son médecin traitant que le centre hospitalier d'Haguenau avant l'intervention des Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

Par un mémoire, enregistré le 22 novembre 2022, la caisse nationale militaire de sécurité sociale de Toulon déclare ne pas s'opposer à la mesure sollicitée.

Vu :

- les pièces jointes à la requête ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A C en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

2. Les mesures d'expertise demandées par Mme B E épouse D entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport :

3. En l'espèce, il n'apparaît pas nécessaire à la conduite de l'expertise d'enjoindre à l'expert désigné de produire un pré-rapport, l'expert pouvant au demeurant, de sa propre initiative, établir un tel document s'il l'estime utile.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à la caisse nationale militaire de sécurité sociale de Toulon la production du relevé de ses frais et débours avant le commencement de l'expertise :

4. Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg demandent qu'il soit fait injonction à la caisse nationale militaire de sécurité sociale de Toulon de produire avant le déroulement des opérations d'expertise un décompte de relevé des prestations. Il n'appartient toutefois pas à la juge des référés d'enjoindre à des parties à l'expertise la production de pièces qui, en application de l'article 3 de la présente ordonnance, pourront être demandées par l'expert désigné si elles sont nécessaires à l'expertise. Par suite, les conclusions des Hôpitaux universitaires de Strasbourg à cette fin ne pourront, en l'état, qu'être écartées.

Sur les conclusions relatives à l'avance des frais d'expertise :

5. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. / Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations.

Sa décision ne peut faire l'objet d'aucun recours ".

6. En l'état de l'instruction, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'une ou l'autre des parties relative à l'avance des frais d'expertise.

O R D O N N E

Article 1er : Dr. Marc Chambost, exerçant à l'Hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône (69400) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1° décrire l'état de santé antérieur de Mme B E épouse D, prendre connaissance de l'entier dossier médical relatif aux examens prodigués à Mme E épouse D au sein des hôpitaux universitaires de Strasbourg ; convoquer contradictoirement tous sachants ;

2° décrire les conditions dans lesquelles Mme E épouse D a été admise et soignée au sein des hôpitaux universitaires de Strasbourg ;

3° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues ;

4° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause ;

5° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

6° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

7° se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg ;

8° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si

celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

9° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient et à sa famille sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

10° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à Mme E épouse D une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

11° en cas de retard de diagnostic, établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi a été conforme aux règles de l'art médical ;

12° se prononcer sur l'existence de tout préjudice (physique, moral, esthétique, sexuel, d'agrément) subi, par Mme E épouse D, résultant des potentiels manquements des Hôpitaux universitaires de Strasbourg ; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent résultant de ces séquelles et de ces manquements ;

13° dire si l'état de santé de Mme E épouse D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme E épouse D ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;

14° indiquer si l'état de santé de Mme E épouse D justifiait lors de la consolidation ou justifie encore aujourd'hui l'assistance d'une tierce personne de façon constante ou occasionnelle, spécialisée ou non, en décrivant les besoins, et se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, ou autres fournitures particuliers pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ;

15° déterminer les frais médicaux et débours (assistance d'une tierce personne, appareillages, fournitures, soins particuliers) en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement des Hôpitaux universitaires de Strasbourg en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;

16° donner un avis médical sur la possibilité ou non pour Mme E épouse D de continuer à se livrer à des activités spécifiques de sport et de loisir ;

17° lors de la première réunion d'expertise, l'expert présentera aux parties une estimation des frais d'expertise à but indicatif. Cette évaluation pourra évoluer en cours d'enquête en fonction de sa complexité, mais permettra aux parties et à l'expert de s'entendre sur un socle de base des frais d'expertise.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, l'expert vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 30 juin 2023, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E épouse D, aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg, à la caisse nationale militaire de sécurité sociale de Toulon, ainsi qu'au Dr. Marc Chambost, expert.

Fait à Strasbourg, le 6 février 2023.

La juge des référés,

A. C

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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