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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2207886

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2207886

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2207886
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantSELAS SOCIÉTÉ FIDUCIAIRE D'ALSACE ET DE LORRAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 novembre 2022 et 30 janvier 2023, la société civile de construction vente (SCCV) Iroko doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 7 juin 2022 par lequel le président de la communauté d'agglomération Saint-Louis agglomération (CA SLA) a mis à sa charge la somme de 32 385,50 euros pour participation à des frais de branchement et de la décharger de l'obligation de payer procédant de ce titre à hauteur de 26 786,65 euros ;

2°) de condamner la CA SLA à lui verser la somme de 26 786,65 euros en remboursement des surcoûts engendrés par les travaux de raccordement d'un lotissement de 110 logements à Saint-Louis ;

3°) de mettre à la charge de la CA SLA la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner la CA SLA aux entiers dépens.

La SCCV Iroko soutient que :

- le titre exécutoire ne lui a pas été régulièrement notifié ;

- le titre exécutoire n'est pas suffisamment motivé ;

- les travaux réalisés par la société TP3F pour le compte de la CASLA ne sont pas conformes au plan de projet transmis en février 2022 ;

- la CA SLA aurait dû préalablement à la réalisation des travaux, s'informer sur la faisabilité de ces travaux et sur la présence ou non de réseaux de chauffage pouvant impacter la bonne exécution des travaux ; elle est responsable de la mauvaise exécution des travaux ;

- la responsabilité de la CA SLA doit être engagée pour dommage de travaux publics ;

- la créance de la CA SLA pour frais de branchements ne peut être justifiée dans son intégralité en raison de la faute dans l'exécution des travaux ;

- tant le devis que le plan de d'extension sont des documents de nature à engager leurs auteurs eu à égard à cette offre ;

- elle n'a pas été informée quant à la profondeur des travaux réalisés ayant pour conséquence une modification du niveau de regard de branchement entre le réseau public et son réseau privé ;

- tant la CA SLA que l'entreprise en charge des travaux avaient pour obligation, en vertu des articles R. 554-20 et R. 554-2 du code de l'environnement de consulter le guichet unique " réseaux et canalisations " pour prendre connaissance du ou des ouvrages présents à proximité du secteur où l'extension du réseau était projetée ;

- on ne peut lui reprocher d'avoir exécuté ses propres travaux de branchement, sur son réseau privé en amont des travaux publics dès lors qu'il ne lui a jamais été indiqué que les côtes étaient provisoires.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 janvier et 1er mars 2023, la CA SLA conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de condamner la SCCV Iroko aux entiers dépens.

Elle soutient que les moyens présentés par la SCCV Iroko ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bronnenkant ;

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Misslin, représentant la communauté d'agglomération Saint-Louis.

Considérant ce qui suit :

1. La SCCV Iroko avait pour projet la construction d'un ensemble de 110 logements aux 10 A, 10 B et 10 C avenue de la Marne à Saint-Louis pour lequel elle a sollicité le 10 février 2022, un raccordement aux réseaux publics communaux d'eau potable et d'eaux usées auprès de la CA SLA. Cette dernière lui a transmis un plan de projet et un devis estimatif le 15 février 2022 d'un montant de 32 712 euros prévoyant que la côte d'entrée du fil d'eau au regard de son terrain serait de 252,12. La SCCV Siroko a alors entrepris des travaux de branchement privé sur son terrain à lotir. Le 19 avril 2022, à l'ouverture du sol, la société TP3F, chargée des travaux sur le réseau public communal par la CA SLA, s'est rendu compte de la présence de conduites de chauffage, l'obligeant à revoir ses côtes et à creuser moins profondément pour les contourner. A l'achèvement des travaux le 25 avril 2022, un plan de récolement a été transmis par la CA SLA à la SCCV Iroko indiquant que la côte d'entrée au fil d'eau du regard de son terrain était finalement de 252,57. La CA SLA a alors émis le 7 juin 2022 un titre exécutoire à l'encontre de la SCCV Iroko mettant à sa charge la somme de 32 385,50 euros au titre des travaux publics de raccordement de son terrain aux réseaux d'eaux. Toutefois, compte tenu du décalage d'environ 50 cm entre la côte initialement indiquée dans le plan de projet et la côte définitive, le raccordement gravitaire de l'extension nécessite la mise en place d'une pompe de relevage dont le montant a été estimé à 26 786,65 euros. Par sa requête, la SCCV Iroko doit être regardée comme demandant d'une part l'annulation du titre de recettes émis à son encontre le 7 juin 2022 mettant à sa charge la somme 32 385,50 euros et la décharge de son obligation de payer ce titre à hauteur de 26 786,65 euros et d'autre part la condamnation de la CA SLA à lui verser la somme de 26 786,50 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait des travaux publics de raccordement de son lotissement aux réseaux publics communaux d'eau potable et d'eaux usées.

Sur la légalité du titre exécutoire du 7 juin 2022 :

En ce qui concerne le cadre applicable au litige :

2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

En ce qui concerne la régularité du titre de recettes :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation (). ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de perception lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.

4. Il résulte de l'instruction que le titre en litige mentionne seulement " branchement assainissement 10A,10B et 10C avenue de la Marne à Saint-Louis " sans autre précision. S'il résulte de l'instruction qu'un devis détaillé afférant à ces travaux avait été préalablement envoyé à la SCCV Iroko et accepté par elle le 15 février 2022, il n'est d'une part, fait aucune référence à ce devis dans le titre exécutoire et d'autre part, la somme indiquée dans ce document était de 32 712 euros alors que le montant réclamé par le titre exécutoire du 7 juin 2022 est de 32 385, 50 euros. Ainsi, dans ces circonstances, le titre contesté ne comporte pas les indications de nature à mettre sa destinatrice à même de discuter utilement les bases de la liquidation de la dette et ne satisfait ainsi pas aux exigences de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.

5. Il résulte de ce qui précède que la SCCV Iroko est fondée à demander l'annulation du titre exécutoire émis le 7 juin 2022 par le président de la CA SLA.

Sur la responsabilité de la CA SLA pour dommage de travaux publics :

6. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'ouvrage délégué, et les constructeurs chargés des travaux sont responsables solidairement à l'égard des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public. Ces personnes ne peuvent dégager leur responsabilité que si elles établissent que ces dommages sont imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime, sans que puisse être utilement invoqué le fait d'un tiers. Il appartient au tiers, victime d'un dommage de travaux publics, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre, d'une part, les travaux publics et, d'autre part, le préjudice dont il se plaint. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

7. L'article L. 332-6 du code de l'urbanisme dispose : " Les bénéficiaires d'autorisations de construire ne peuvent être tenus que des obligations suivantes : / () 3° La réalisation des équipements propres mentionnées à l'article L. 332-15 ; (). ". Aux termes de l'article L. 332-15 du même code, " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, () exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés.// Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes.//()// L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. / () ".

8. Aux termes de l'article L. 1331-2 du code de la santé publique : " Lors de la construction d'un nouveau réseau public de collecte ou de l'incorporation d'un réseau public de collecte pluvial à un réseau disposé pour recevoir les eaux usées d'origine domestique, la commune peut exécuter d'office les parties des branchements situées sous la voie publique, jusque et y compris le regard le plus proche des limites du domaine public. Pour les immeubles édifiés postérieurement à la mise en service du réseau public de collecte, la commune peut se charger, à la demande des propriétaires, de l'exécution de la partie des branchements mentionnés à l'alinéa précédent. Ces parties de branchements sont incorporées au réseau public, propriété de la commune qui en assure désormais l'entretien et en contrôle la conformité. La commune est autorisée à se faire rembourser par les propriétaires intéressés tout ou partie des dépenses entraînées par ces travaux, diminuées des subventions éventuellement obtenues et majorées de 10 % pour frais généraux, suivant des modalités à fixer par délibération du conseil municipal. () ". Aux termes de l'article L. 1331-4 du même code : " Les ouvrages nécessaires pour amener les eaux usées à la partie publique du branchement sont à la charge exclusive des propriétaires et doivent être réalisés dans les conditions fixées à l'article L. 1331-1. Ils doivent être maintenus en bon état de fonctionnement par les propriétaires. La commune en contrôle la qualité d'exécution et peut également contrôler leur maintien en bon état de fonctionnement. ".

9. Il résulte de l'instruction, et ainsi qu'il a déjà été dit, que la SCCV Iroko a sollicité le 10 février 2022, un raccordement aux réseaux publics communaux d'eau potable et d'eaux usées de la commune de Saint-Louis auprès de la CA SLA. Cette dernière lui a transmis un plan de projet prévoyant que la côte d'entrée du fil d'eau serait de 252,12. Le 19 avril 2022, à l'ouverture du sol, la société TP3F, chargée des travaux sur le réseau communal par la CA SLA, s'est rendue compte de la présence de conduites de chauffage, l'obligeant à revoir ses côtes et à creuser plus profondément. A l'achèvement des travaux le 25 avril 2022, un plan de récolement a été transmis par la CA SLA à la SVVC Iroko indiquant que la côte d'entrée au fil d'eau était finalement de 252,57. Compte tenu de ce décalage de 55 cm le raccordement gravitaire de l'extension n'a pas été possible.

10. Il n'est pas contesté que devant l'impossibilité de procéder au raccordement gravitaire en l'état, la SCCV Iroko est dans l'obligation d'engager des frais supplémentaires pour l'acquisition d'une pompe de relevage à hauteur de 26 786,65 euros. La société requérante soutient que le surcoût de l'opération de raccordement de ses installations aux réseaux communaux d'eau potable et d'eaux usées, doit être prise en charge par la CA SLA au titre de sa responsabilité sans faute pour dommage de travaux publics.

11. Il résulte de l'instruction que la profondeur de la côte d'entrée du fil d'eau au droit du terrain de la société requérante a été rendu nécessaire par l'existence préalable de conduites de chauffage et n'est pas liée à un défaut de conception de l'extension du réseau des eaux potable et usées de la commune de Saint-Louis. La côte de 252,57 n'est ainsi pas accidentelle mais inhérente à l'extension du réseau public communal d'eau potable et des eaux usées. La SCCV Iroko, tiers à cet ouvrage public, doit dès lors, démontrer le caractère spécial et anormal du préjudice qu'elle subit. Si ce préjudice est propre à la société requérante, il ne peut être regardé comme anormal compte tenu du fait que d'une part il résulte des articles L. 1331-4 du code de la santé publique et L. 332-15 du code de l'urbanisme, qu'il n'appartenait qu'à la SCCV Iroko de procéder à ses frais à l'adaptation de ses branchements particuliers aux branchements publics réalisés par la communauté de commune à sa demande, que d'autre part, le surcoût engendré par le décalage sus-décrit n'est pas très important. Au surplus, c'est par sa propre imprudence que la SVVC Iroko a fait réaliser des travaux d'adaptation de ses branchements antérieurement aux travaux publics réalisés par la communauté de commune alors qu'elle n'invoque aucune circonstance de nature à justifier l'urgence de ces travaux et que les travaux réalisés par la CA SLA sont intervenus avec diligence et dans les règles de l'art, les côtes estimatives du plan de projet transmis par les services de la CA SLA à la SVVC Iroko pouvant être estimées plus finement pendant la réalisation effective des travaux. Enfin, les éventuelles fautes imputées à la CA SLA par la société requérante dans la connaissance des réseaux souterrains préexistants, dans la réalisation du plan de projet et dans le manque d'information de la société requérante de la profondeur définitive de l'extension sont sans incidence sur l'engagement de la responsabilité sans faute de la CA SLA. Par suite les conclusions indemnitaires présentées contre la CA SLA doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CA SLA une somme au titre des frais exposés par la SCCV Iroko et non compris dans les dépens.

13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Le titre de recettes du 7 juin 2022 du président de la communauté d'agglomération Saint-Louis agglomération est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Iroko et à la communauté d'agglomération Saint-Louis agglomération.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

Mme Bronnenkant, première conseillère,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

H. BRONNENKANT

Le président,

C. CARRIERLa greffière,

S. MICHON

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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