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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208035

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208035

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208035
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantSELARL LANZARONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 décembre 2022, le 16 et 17 février 2023, Mme A B, représentée par Me Lanzarone, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 octobre 2022 par laquelle l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a rejeté les demandes d'indemnisation présentées sur le fondement de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique ;

2°) de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 20 000 euros au titre de son préjudice moral.

Elle soutient que :

- les symptômes présentés par son époux avant son décès et son décès sont imputables à sa vaccination contre la covid-19 ;

- elle a subi un préjudice moral évalué à 20 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par la SCP U.G.G.C, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le lien de causalité entre, d'une part, les symptômes et le décès de M. B et, d'autre part, sa vaccination contre la covid-19 n'est pas établi.

Par une ordonnance du 6 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mars 2024.

Par une lettre du 22 avril 2024, les parties ont été invitées à produire, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, la demande d'indemnisation adressée à l'ONIAM par courrier du 25 mars 2022 et la demande d'indemnisation adressée à l'ONIAM par courrier du 13 décembre 2021.

La demande d'indemnisation adressée à l'ONIAM par courrier du 13 décembre 2021 a été produite par l'ONIAM le 29 avril 2024 et communiquée le 2 mai 2024 sur le fondement des mêmes dispositions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2020-1262 du 16 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;

- l'arrêté du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Carrier,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 31 octobre 1957, a reçu, le 23 juillet 2021, une injection du vaccin Spikevax contre la covid-19 commercialisé par le laboratoire Moderna. Se plaignant de divers symptômes, il a saisi l'ONIAM, par lettre du 13 décembre 2021, d'une demande d'indemnisation sur le fondement de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique. Le 16 février 2022, M. B est décédé. Par lettre du 25 mars 2022, Mme B, en qualité d'ayant-droit de feu M. B, a saisi à son tour l'ONIAM d'une demande d'indemnisation sur le fondement de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique. Par une décision du 10 octobre 2022, l'ONIAM a refusé de faire droit aux deux demandes d'indemnisation présentées. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 20 000 euros au titre du préjudice moral subi.

Sur l'étendue du litige :

2. La décision du 10 octobre 2022 par laquelle l'ONIAM a rejeté les demandes indemnitaires préalables formées les 13 décembre 2021 et 25 mars 2022, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet des demandes présentées. Dès lors, en formulant les conclusions susvisées, la requérante a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par conséquent, Mme B doit être regardée comme ayant seulement présenté des conclusions indemnitaires contre l'ONIAM.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

3. Sur le fondement de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique, une campagne de vaccination contre la covid-19 a été organisée par l'article 55-1 du décret du 16 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire et par les articles 5 et 6 de l'arrêté du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire.

4. Aux termes de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique : " Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales imputables à des activités de prévention, de diagnostic ou de soins réalisées en application de mesures prises conformément aux articles L. 3131-1 ou L. 3134-1 est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales mentionné à l'article L. 1142-22. / L'offre d'indemnisation adressée par l'office à la victime ou, en cas de décès, à ses ayants droit indique l'évaluation retenue pour chaque chef de préjudice, nonobstant l'absence de consolidation, ainsi que le montant des indemnités qui reviennent à la victime ou à ses ayants droit, déduction faite des prestations énumérées à l'article 29 de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la circulation et à l'accélération des procédures d'indemnisation, et, plus généralement, des prestations et indemnités de toute nature reçues ou à recevoir d'autres débiteurs du même chef de préjudice. / L'acceptation de l'offre d'indemnisation de l'office par la victime vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. / L'office est subrogé, s'il y a lieu et à due concurrence des sommes qu'il a versées, dans les droits que possède le demandeur contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur. ".

5. Lorsqu'il est saisi d'un litige individuel portant sur les conséquences pour la personne concernée d'une vaccination effectuée dans le cadre de mesures prescrites sur le fondement de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique, il appartient au juge, pour écarter toute responsabilité de la puissance publique, non pas de rechercher si le lien de causalité entre l'administration du vaccin et les différents symptômes attribués à l'affection dont souffre l'intéressé est ou non établi, mais de s'assurer, au vu du dernier état des connaissances scientifiques en débat devant lui, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe. Il lui appartient ensuite, soit, s'il est ressorti qu'en l'état des connaissances scientifiques en débat devant lui il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe, de rejeter la demande indemnitaire, soit, dans l'hypothèse inverse, de procéder à l'examen des circonstances de l'espèce et de ne retenir l'existence d'un lien de causalité entre les vaccinations subies par l'intéressé et les symptômes qu'il a ressentis que si ceux-ci sont apparus, postérieurement à la vaccination, dans un délai normal pour ce type d'affection, ou se sont aggravés à un rythme et une ampleur qui n'étaient pas prévisibles au vu de son état de santé antérieur ou de ses antécédents et, par ailleurs, qu'il ne ressort pas du dossier qu'ils peuvent être regardés comme résultant d'une autre cause que ces vaccinations.

6. Mme B soutient qu'à la suite de l'injection du vaccin Spikevax contre la covid-19 le 23 juillet 2021, son époux a présenté une alopécie, une asthénie, des épisodes de somnolence, un rhume persistant puis des faiblesses articulaires et musculaires avant de décéder le 16 février 2022. Il résulte de l'instruction, et notamment des résultats de l'IRM cérébrale réalisée le 22 novembre 2021 consécutivement à une altération de son état de santé, que M. B présentait une polypose naso-sinusienne extensive. Il résulte également des photographies produites qu'après la vaccination, M. B a présenté des signes d'alopécie. Enfin, il est décédé le 16 février 2022 d'un arrêt cardiorespiratoire dû à un syndrome coronarien aigu ST, alors que son médecin traitant certifie qu'il ne présentait pas de symptômes évocateurs d'une cardiopathie et que son suivi cardiologique régulier ne montrait aucun signe de cardiopathie ischémique.

7. Les parties s'opposent quant à l'absence de toute probabilité d'un lien de causalité entre les pathologies présentées par M. B et la vaccination contre la covid-19. L'état de l'instruction ne permet toutefois pas au tribunal de se prononcer sur ce moyen.

8. En conséquence, compte tenu de la difficulté des questions d'ordre scientifique qui se posent au tribunal à l'occasion de l'examen du présent litige, il y a lieu d'inviter l'Académie nationale de médecine à lui présenter des observations écrites de caractère général de nature à l'éclairer sur le point de savoir si, en l'état actuel des connaissances scientifiques, il n'y a aucune probabilité qu'un lien de causalité existe entre les pathologies présentées par M. B et une vaccination contre la covid-19, notamment par le vaccin " Spikevax ", et de produire tous éléments scientifiques propres à en justifier dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision.

D E C I D E :

Article 1er : L'Académie nationale de médecine est invitée, en application de l'article R. 625-3 du code de justice administrative, à présenter au tribunal, dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision, des observations écrites de caractère général de nature à l'éclairer utilement sur l'absence de probabilité de tout lien de causalité entre une vaccination contre la covid-19, notamment par le vaccin " Spikevax ", et la survenue d'une alopécie, d'une asthénie, d'épisodes de somnolence, d'un rhume persistant, de faiblesses articulaires et musculaires et d'un syndrome coronarien aigu ST aboutissant à un décès.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'ONIAM et à l'Académie nationale de médecine.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Gros, premier conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

C. CARRIER

L'assesseur le plus ancien,

T. GROS

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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