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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208292

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208292

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208292
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantPAPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire, enregistrés les 12 décembre 2022 et 4 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Réthoré, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Eurométropole de Strasbourg à lui verser une somme, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 septembre 2022 et capitalisation desdits intérêts ;

2°) d'ordonner une expertise médicale ;

3°) de lui réserver le droit de chiffrer ses préjudices après le dépôt du rapport d'expertise médicale ;

4°) de condamner l'Eurométropole de Strasbourg à lui verser une provision de 6000 euros ;

5°) de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg les entiers frais et dépens de l'instance.

Il soutient que la responsabilité de l'Eurométropole de Strasbourg est engagée pour défaut d'entretien normal de la piste cyclable Maurice Garin.

Par un mémoire, enregistré le 4 janvier 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Bas-Rhin, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Eurométropole de Strasbourg à lui verser la somme provisoire de 36 436,69 euros en remboursement des débours exposés pour M. C, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) d'ordonner que le rapport d'expertise lui soit communiqué ;

3°) de condamner l'Eurométropole de Strasbourg à lui verser l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

4°) de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg les entiers frais et dépens.

La caisse soutient qu'elle est fondée à réclamer le remboursement de sa créance à l'Eurométropole de Strasbourg en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, l'Eurométropole de Strasbourg, représentée par la SELARL Le Discorde - Deleau, conclut au rejet de la requête ainsi qu'au rejet des conclusions présentées par la CPAM du Bas-Rhin et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le requérant n'a pas établi la matérialité des faits concernant sa chute ;

- aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en cause ne peut être reproché à l'Eurométropole de Strasbourg.

Par une ordonnance du 10 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Klipfel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- les observations de Me Réthoré, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a chuté le 13 juillet 2019 sur la piste cyclable Maurice Garin alors qu'il roulait en trottinette en direction de Strasbourg. Par une lettre du 26 septembre 2022, il a présenté à l'Eurométropole de Strasbourg une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices en lien avec sa chute. Par une lettre du 10 octobre 2022, l'Eurométropole de Strasbourg a refusé de faire droit à cette demande. Par sa requête, M. C demande au tribunal de condamner l'Eurométropole de Strasbourg à l'indemniser des préjudices en lien avec sa chute.

Sur la responsabilité :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve, soit de l'entretien normal de celui-ci, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime, soit encore d'un cas de force majeure.

3. En l'espèce, s'il est constant que M. C a fait une chute sur la piste cyclable Maurice Garin, les pompiers l'ayant pris en charge à proximité de cette piste, les pièces du dossier produites ne permettent en revanche pas de connaître les circonstances exactes de cette chute en l'absence notamment d'attestations de témoins oculaires ou de pièces suffisamment précises et circonstanciées. L'attestation des pompiers est à cet égard insuffisamment précise. Par ailleurs, l'attestation réalisée par Mme A, établie sept mois après les faits et après le refus de la compagnie d'assurance de l'Eurométropole de Strasbourg d'indemniser M. C en raison de l'absence de lien de causalité entre la chute et l'ouvrage public, ne présente pas, eu égard notamment à ses termes, de caractère suffisamment probant. Ainsi, la matérialité des faits allégués par le requérant ne peut être regardée comme suffisamment établie. De même, le lien de causalité entre les préjudices invoqués par la victime et l'ouvrage public en cause, la piste cyclable Maurice Garin, n'est pas suffisamment direct et certain. Par suite, la responsabilité de l'Eurométropole de Strasbourg ne peut pas être engagée.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête M. C doit être rejetée, de même que la demande de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin tendant au remboursement des débours exposés et à la condamnation de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Sur les dépens :

5. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / (). ".

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre définitivement les frais d'expertises, taxés et liquidés à la somme de 840 euros par une ordonnance de taxation du 5 octobre 2021 de la juge des référés du tribunal à la charge de M. C.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Les dispositions précitées font obstacle à ce que l'Eurométropole de Strasbourg, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à verser la somme que le requérant demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par l'Eurométropole de Strasbourg au même titre.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La demande de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin est rejetée.

Article 3 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme globale de 840 (huit cent quarante) euros par une ordonnance du 5 octobre 2021 de la juge des référés du tribunal sont mis définitivement à la charge de M. C.

Article 4 : Les conclusions de l'Eurométropole de Strasbourg présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à l'Eurométropole de Strasbourg et à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

Mme Bronnenkant, première conseillère,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

V. KLIPFEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°220829

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