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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208398

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208398

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208398
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 16 décembre 2022 et les 10 et 15 novembre 2023, ainsi que la communication de pièces complémentaires les 27 et 31 octobre, les 7, 10 et 13 novembre 2023, M. D, représenté par Me Desfarges demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

- D'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle le département de la Moselle a confirmé la mise à sa charge de la somme de 28 046,23 euros correspondant à un trop perçu de revenu de solidarité active ;

- De le décharger de cette somme ;

- D'enjoindre au département de la Moselle de réexaminer sa situation personnelle dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- De lui octroyer une remise de la dette ou des délais de paiement ;

- De mettre à la charge du département de la Moselle la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que la décision méconnait les articles L311-3-1 et R311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration; qu'elle est entachée d'un vice d'incompétence ; qu'elle méconnait l'article L 114-21 du code de la sécurité sociale ; qu'elle méconnait l'article L262- 47 et l'article L 262-46 du code de l'action sociale et des familles ; les droits de la défense ont été méconnus; qu'elle méconnait l'article L 262-2 du code de l'action sociale et des familles ; qu'il a droit à l'erreur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le département de la Moselle conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Simon a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Le département de la Moselle a confirmé par la décision du 24 juin 2022, prise sur recours administratif préalable, la décision de la caisse d'allocations familiales de la Moselle portant mise à la charge de M. D d'une dette de 28 046,23 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active pour la période d'avril 2019 à mars 2022. M. D conteste le bien-fondé de sa dette et demande l'annulation de cette décision.

2. M. D fait valoir que le département de la Moselle a méconnu les articles L311-3-1 et R311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration relatifs au traitement algorithmique. Cependant, il résulte de l'instruction que les indus mis à sa charge ne sont pas le résultat d'un tel traitement, mais ont été pris sur le fondement du rapport du 21 mars 2022 effectué par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Moselle. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. Si M. D fait valoir que la décision est entachée d'un vice d'incompétence, par arrêté du 19 avril 2022 rendu exécutoire après transmission au contrôle de légalité et affichage, le Président du département de la Moselle a délégué à Mme C, Cheffe du Service FSE et Juste Droit, la mission de signer les actes relatifs au revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. M. D considère que la décision du président du département de la Moselle méconnaît l'article L 114-21 du code de la sécurité sociale sur le droit à la communication de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels les administrations se sont fondées pour prendre les décisions attaquées. Il résulte de l'instruction que le requérant a été informé de la teneur et de l'origine des informations obtenus auprès des tiers lors de l'enquête faite par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Moselle. Par suite, la méconnaissance de ces dispositions doit être écartée.

5. Le requérant soutient que des retenus ont été effectuées sur ses prestations pour le recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active alors que selon les dispositions de l'article L 262-46 du code de l'action sociale et des familles la procédure de recouvrement devait être suspendue. Cependant, il résulte de l'instruction que le département de la Moselle a cessé tout prélèvement concernant le revenu de solidarité active dès qu'il a eu connaissance des recours diligentés par elle. Par suite, le moyen manque en fait.

6. En vertu des dispositions de l'article L262-47 du code de l'action sociale et des familles, toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Hormis les cas où la convention passée entre le Département et chaque organisme payeur en dispose autrement, le recours est soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations en matière d'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole. Cependant, la convention conclue entre la caisse d'allocations familiales de la Moselle et le Département, modifiée par avenant le 8 octobre 2019, prévoit que la commission de recours amiable doit être saisie pour avis lorsqu'un recours administratif préalable obligatoire est formulé auprès du département uniquement lorsque le montant de l'indu est " supérieur au seuil du dépôt de plainte à savoir huit fois le plafond mensuel de la sécurité sociale " ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. M. D reproche au département de n'avoir pas respecté les droits de la défense. Cependant, il résulte de l'instruction qu'il a été informé à plusieurs reprises de sa situation par le département et la caisse d'allocations familiales de la Moselle, et qu'il a pu faire ses observations tout au long des différentes procédures. Par suite, ce moyen manque en fait et doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L 123-1 du Code des relations entre le public et l'administration dispose notamment que : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué.".

9. Le droit à régularisation en cas d'erreur donne la possibilité, à tout allocataire, de régulariser une erreur qu'il a commise dans ses déclarations auprès de l'administration sans encourir une sanction, sous réserve que cette erreur ne soit ni intentionnelle ni répétée. Cependant le requérant ne pouvait ignorer son obligation de déclarer ses ressources perçues pendant plusieurs années. Son omission est donc réitérée et non une première omission. Il s'agit donc de fausses déclarations qui sont intentionnelles. En conséquence, M. D ne relève pas du droit à l'erreur pour la décision du département de la Moselle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". En vertu de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

11. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. D et dont l'intéressé sollicite l'annulation, provient de ce qu'il n'a pas déclaré ses revenus perçus pendant la période litigieuse. En effet, il a bénéficié en tant que dirigeant de la société DE AUDITU de ressources sur plusieurs années soit 19 600 euros en 2019, 34 800 euros en 2020, 46 000 euros en 2021. De plus, il n'a pas informé la caisse des revenus perçus par son fils B pendant la même période qui ne pouvait plus être déclaré à sa charge vu les revenus que celui-ci percevait. Ces informations ont été révélées par le rapport d'enquête du 21 mars 2022 réalisé par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Moselle qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Si le requérant apporte de très nombreux documents, ils ne sont pas de nature à remettre en cause les constations du rapport d'enquête. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation, que le département de la Moselle a confirmé, par la décision du 24 juin 2022, la décision de la caisse d'allocations familiales de la Moselle. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

Sur la remise gracieuse des indus :

12. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".

13. Il résulte de l'instruction que les indus de revenu de solidarité active mis à la charge de M. D proviennent de ce qu'il n'a pas déclaré ses revenus pendant la période litigieuse. Cette omission compte tenu de sa réitération sur plusieurs années, doit être regardée comme étant constitutive d'une fausse déclaration aux sens des dispositions précitées, qui fait obstacle à ce que le requérant puisse prétendre à une remise gracieuse de ses dettes. Si le requérant soutient être dans une situation financière difficile, cette circonstance, à la supposée établie, est sans influence, dès lors que les indus en cause doivent être regardés comme trouvant leur origine dans une fausse déclaration de l'intéressé. Par suite, en tout état de cause M. D n'est pas fondé à demander une remise gracieuse de ses dettes de revenu de solidarité active.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requêtes de M. D doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

D E C I D E :

Article 1. La requête de M. D est rejetées.

Article 2. Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la Département de la Moselle et à la Caisse d'allocations familiales de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

H. SIMONLa greffière,

F. DOGUI

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2208398

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