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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300147

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300147

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300147
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET MONHEIT-ANDRE-MAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2023, Mme H E, représentée par Me Schott, demande à la juge des référés :

1°) de prescrire une expertise en vue de déterminer les conditions de sa prise en charge par le Groupe Hospitalier de la Région de Mulhouse et Sud-Alsace (ci-après " GHRMSA ") à compter du 21 mars 2018, et d'évaluer les préjudices résultant de celle-ci ;

2°) de désigner un expert spécialisé en cardiologie et un expert en médecine interne ;

3°) de prendre acte de sa prise en charge de la consignation des frais d'expertise.

Elle soutient que sa prise en charge par le GHRMSA à compter du 21 mars 2018, suite à des maux de tête, des démangeaisons et des vomissements a été fautive et lui a causé divers préjudices et que la responsabilité du GHRMSA est susceptible d'être engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le GHRMSA, représenté par Me Mai :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, sous les protestations et réserves quant au bien-fondé de son éventuelle responsabilité ;

2°) demande à ce qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;

3°) sollicite la production, par l'organisme social de la requérante, avant le début des opérations d'expertise, de son relevé de débours et frais médicaux et définitif ;

4°) demande que l'avance sur les frais d'expertise soit prise en charge par la requérante.

Par une décision du 8 février 2023, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E expose s'être rendue aux services urgences du GHRMSA le 21 mars 2018, suite à des maux de tête, des démangeaisons et des vomissements. Elle indique que l'examen clinique prodigué aux urgences a révélé un syndrome viral et un traitement symptomatique lui a été prescrit. Par la suite, après être rentrée à son domicile, Mme E soutient qu'elle a été retrouvée inconsciente et a été hospitalisée du 26 mars 2018 jusqu'au 7 avril 2018, puis du 3 mai au 4 juillet 2018. Elle fait valoir que le Dr F lui a diagnostiqué une encéphalomyélite aigue disséminée, une pathologie démyélinisante du SNC d'origine post-infectieuse débutée en mars 2018. Elle allège également souffrir d'une acuité visuelle réduite, nécessiter d'une aide pour les activités de la vie quotidienne et d'avoir été placée sous curatelle. C'est dans ces conditions que Mme E demande à la juge des référés de prescrire une expertise en vue de déterminer si des manquements ont été commis dans sa prise en charge par le GHRMSA à compter du 21 mars 2018, et évaluer, le cas échéant, les éventuels préjudices qu'elle aurait subis.

Sur la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. La mesure d'expertise demandée par Mme E entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie du Haut-Rhin la production du relevé de ses frais et débours avant le commencement de l'expertise :

4. Il résulte de l'instruction qu'à ce stade de la procédure, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie du Haut-Rhin ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle qu'elle est fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de solliciter, s'il l'estime nécessaire, la communication du relevé détaillé des débours et frais médicaux en lien avec la prise en charge de Mme E. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions du GHRMSA tendant à la communication de ce relevé.

Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions du GHRMSA tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées, sans que le rejet de cette demande ne fasse obstacle à ce que l'expert établisse un pré-rapport soumis au contradictoire des parties s'il l'estime utile, sur le fondement de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Sur les conclusions relatives à la consignation des frais d'expertise :

6. L'expertise demandée par Mme E sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative n'est pas soumise à la procédure de consignation préalable d'une provision prévue par l'article 269 du code de procédure civile. Ainsi, dès lors qu'il n'appartient pas à la juge des référés, dans le cadre de la présente instance, de déterminer une telle provision, les conclusions présentées à cette fin par la requérante doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux avances sur les frais d'expertise :

7. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction [] peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations [].

8. En l'absence d'allocation provisionnelle ordonnée par la présente décision, la demande du GHRMSA est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

O R D O N N E

Article 1er : Un collège d'experts composé du Dr A C, neurochirurgien, exerçant au 2 rue du pressort, à Dracy-le-Fort (71640), du Dr B D, urgentiste, exerçant au 4 rue Capitaine G, à Chalon-sur-Saône (71100) est désigné. Il aura pour mission, dans le respect du secret médical, de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° décrire l'état de santé antérieur de Mme E, prendre connaissance de l'entier dossier médical relatif aux examens prodigués à Mme E au sein du Groupement Hospitalier Régional de Mulhouse-Sud Alsace ; convoquer contradictoirement tous sachants ;

3° décrire les conditions dans lesquelles Mme E a été admise et soignée au sein du Groupement Hospitalier Régional de Mulhouse-Sud Alsace ;

4° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues ;

5° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause ;

6° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

7° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

8° se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable au Groupement Hospitalier Régional de Mulhouse-Sud Alsace ;

9° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

10° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente et à sa famille sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

11° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à Mme E une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

12° en cas de retard de diagnostic, établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi chirurgical a été conforme aux règles de l'art médical ;

13° se prononcer sur l'existence de tout préjudice (physique, moral, esthétique, sexuel) subi, par Mme E résultant des potentiels manquements du Groupement Hospitalier Régional de Mulhouse-Sud Alsace ; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent résultant de ces séquelles et de ces manquements ;

14° dire si l'état de santé de Mme E est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme E ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;

15° indiquer si l'état de santé de Mme E justifiait lors de la consolidation ou justifie encore aujourd'hui l'assistance d'une tierce personne de façon constante ou occasionnelle, spécialisée ou non, en décrivant les besoins, et se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, ou autres fournitures particuliers pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ;

16° déterminer les frais médicaux et débours (assistance d'une tierce personne, appareillages, fournitures, soins particuliers) en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement du Groupement Hospitalier Régional de Mulhouse-Sud Alsace en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;

17° donner un avis médical sur la possibilité ou non pour Mme E de continuer à se livrer à des activités spécifiques de sport et de loisir.

Article 2 : Le collège d'experts accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : Le collège d'experts disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 5 : Le collège d'experts pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : Le collège d'experts déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 31 mai 2024, accompagné de l'état de leurs vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H E, à la caisse primaire d'assurance du Haut-Rhin, au Groupement Hospitalier Régional de Mulhouse-Sud Alsace, au Dr. A C et au Dr B D, experts.

Fait à Strasbourg, le 15 décembre 2023.

La juge des référés,

A. DULMET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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