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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300218

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300218

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300218
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL CABINET PEYRICAL & SABATTIER ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 10 janvier et le 17 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Girardot, demande à la juge des référés :

1°) de prescrire une expertise en vue de déterminer les causes des désordres et le montant des préjudices qu'elle aurait subis des suites de la démolition de la maison mitoyenne à sa propriété, située 28 route de Mulhouse à Vieux-Thann (68800), ainsi que chiffrer, le cas échéant, le coût des travaux nécessaires pour y remédier ;

2°) d'enjoindre à l'expert de déposer son rapport dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ;

3°) de condamner la commune de Vieux-Thann au versement d'une provision de 10 000 euros au titre des travaux urgents nécessaires sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de la commune les éventuelles avances ainsi que les frais d'expertise.

Elle soutient que suite à la démolition de la maison mitoyenne à sa propriété :

- la commune s'était engagée à effectuer des travaux de réfaction et d'isolation sur la façade mais elle a seulement été recouverte d'une bâche sommaire et la situation n'a pas évolué depuis la fin des travaux peu avant juin 2021, en l'absence de résolution amiable ;

- elle ne peut plus stationner son véhicule sur la parcelle n° 127 en raison des barrières métalliques apposées par la commune, à l'arrière de sa propriété, alors qu'elle bénéficiait d'une servitude de passage ;

- elle subit des intrusions et des dégradations matérielles sur son terrain non clôturé du fait de la démolition ;

- la situation présente un caractère urgent dans la mesure où la bâche qui recouvrait la façade s'est en partie défaite, la laissant à nu et elle ne saurait être tenue responsable de la survenance d'un dommage imminent.

Par un mémoire, enregistré le 20 février 2023, la commune de Vieux-Thann, représentée par Me Cereja :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) demande à ce que les missions de l'expert soient circonscrites aux seuls travaux réalisés par la commune, plus précisément la démolition de la maison mitoyenne à celle de Madame A qui correspondait au 26 route de Mulhouse à Vieux-Thann ;

3°) demande à ce que l'avance ainsi que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre d'un plan de prévention des risques technologiques, la commune de Vieux-Thann a fait démolir la maison anciennement mitoyenne à celle de Mme A, qui correspondait au 26 route de Mulhouse à Vieux-Thann. Suite à ces travaux, la requérante soutient avoir constaté d'importants désordres à son habitation affectant principalement la façade qui constituait le mur de séparation des deux immeubles. Elle expose également qu'en raison des travaux inachevés, la présence de barrières métalliques empêche le stationnement de son véhicule à l'arrière de sa propriété et les travaux occasionnent des détériorations et troubles sur son terrain non clôturé. Elle demande par conséquent que soit désigné un expert aux fins de déterminer les causes des désordres et d'évaluer les éventuels préjudices qui ont en résulté, ainsi que les travaux nécessaires pour y remédier.

Sur les mesures d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Les mesures d'expertise demandées par Mme A entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives au dépôt du rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert de déposer son rapport dans un délai de trois mois. Il en résulte que les conclusions de la requérante, tendant à ce que l'expert dépose son rapport dans les trois mois de sa saisine, sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées.

Sur la demande de provision :

5. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

6. Les conclusions tendant à la condamnation de la commune de Vieux-Thann à verser une provision au titre des désordres causés à la propriété de Mme A relèvent des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, et non de celles de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, au titre desquelles le juge des référés peut prescrire une expertise. Dès lors qu'elles relèvent d'une procédure contentieuse distincte de la demande principale de Mme A, elles doivent faire l'objet d'une requête distincte, adressée au tribunal, si la requérante s'y croit fondée, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 précité. Les conclusions tendant au versement d'une provision doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux éventuelles avances et aux frais d'expertise :

7. D'une part, aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction [] peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations []. "

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Dans les cas mentionnés au premier alinéa, il peut être fait application des dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-12-1 ".

9. Les dispositions précitées font obstacle à ce que la juge des référés mette les frais d'expertise et les éventuelles avances sur les frais d'expertise à la charge de l'une ou l'autre des parties. Les demandes de la requérante et de la commune tendant à ce que les avances et les frais d'expertise soient mis à la charge de l'une ou l'autre des parties sont prématurées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : M. C D, exerçant au 27 rue du Tremble à Haguenau (67500), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1° d'informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° de se rendre sur les lieux sis 28 route de Mulhouse à Vieux-Thann (68800), entendre les parties ainsi que tout sachant, prendre connaissance de tous documents utiles ; donner tous éléments et établir tous plans, croquis ou schémas, produire des photos, utiles à la compréhension des faits de la cause ;

3° de procéder à la constatation et la description précises et détaillées de l'origine et des malfaçons et/ou désordres affectant la propriété de Mme A, plus précisément le mur qui séparait précédemment son habitation de l'immeuble démoli par la commune, en précisant leur date d'apparition et les éventuelles évolutions constatées ou susceptibles de survenir, en mentionnant, s'il y a lieu, l'existence de toute servitude, emprise ou mitoyenneté ;

4° d'évaluer l'incidence des travaux effectués par la commune sur les désordres subis par la propriété de la requérante, plus particulièrement à l'arrière parcelle n° 127, ainsi que les éventuelles responsabilités en cause ;

5° de dire si les malfaçons et/ou désordres constatés :

- affectent des éléments d'équipement, dissociables ou non, de l'immeuble ;

- sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination, ou s'ils sont susceptibles de le faire dans un délai prévisible, dans l'hypothèse où l'évolution des désordres en cause, qui n'auraient pas encore manifesté toute leur ampleur, apparaîtrait inéluctable.

6° de se prononcer sur l'existence de tout préjudice (financier, moral, jouissance) subi par Mme A résultant des potentiels manquements de la commune de Vieux-Thann, évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;

7° d'indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ; le cas échéant, évaluer et chiffrer le coût des travaux ;

8° au cas où l'état de la propriété de la requérante nécessiterait des mesures de sauvegarde ou des travaux particuliers de nature à éviter toute aggravation de cet état, d'en indiquer la consistance, le coût et la durée probable de réalisation ; de préciser le cas échéant si la réalisation de certaines de ces mesures de sauvegarde ou de certains de ces travaux présente un caractère d'urgence et, dans l'affirmative, de dire si une dégradation ou une aggravation de l'état présenté actuellement par un immeuble ou un ouvrage, ou un élément de ces immeubles et ouvrage est susceptible de créer un danger.

9° d'annexer au rapport les photographies des constatations et tout schéma utile ;

10° d'une façon générale, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : A tout moment au cours de sa mission, l'expert pourra proposer au juge des référés une médiation entre les parties.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 29 février 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à la commune de Vieux-Thann et à M. C D, expert.

Fait à Strasbourg, le 21 juillet 2023.

La juge des référés,

A. DULMET

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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