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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300721

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300721

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300721
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSCP HEMZELLEC-DAVIDSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2023, la société Bonecher, représentée par Me Jung, demande au juge des référés :

1°) de condamner le syndicat intercommunal scolaire de Failly à lui verser une provision de 13 607,73 euros au titre du remboursement de la retenue de garantie du lot n°5 ;

2°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal scolaire de Failly une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- le délai de garantie expirait un an après la réception, quand bien même les désordres signalés pendant cette période n'étaient pas corrigés ; en l'absence de décision de prolongation, le délai a donc expiré le 27 juin 2020 ;

- le syndicat intercommunal scolaire de Failly ne pouvait imputer la retenue de garantie sur le solde du décompte ;

- elle est fondée à demander la libération de la retenue de garantie, indépendamment du caractère définitif du décompte général du décompte du marché ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le syndicat intercommunal scolaire de Failly, représenté par la SCP Hemzellec-Davidson, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de la société Bonecher une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande de la société Bonecher méconnaît l'autorité de chose jugée ;

- le décompte général du marché est devenu définitif ;

- la créance est en toute hypothèse sérieusement contestable, la réception ayant été prononcée avec réserves ;

Par ordonnance du 27 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du 8 avril 2009 portant approbation du cahier des charges administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boutot, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En 2017, le syndicat intercommunal scolaire de Failly a attribué à la société Bonecher le lot n°5 d'un marché public de travaux de construction d'un nouveau groupe scolaire. La réception des travaux a été prononcée le 23 octobre 2019, avec effet au 27 mai 2019, avec réserves. Le 25 octobre 2019, le syndicat intercommunal scolaire de Failly a notifié à la société Bonecher le décompte général du marché d'un montant de 233 382,66 euros TTC, comprenant notamment, au débit du titulaire, 25 164,20 euros de pénalités et 13 607,73 euros de retenue de garantie. Par un jugement du 28 septembre 2022, le tribunal a annulé une partie des pénalités mises à la charge de la société Bonecher mais a rejeté sa réclamation relative à la retenue de garantie. La société Bonecher demande de condamner le syndicat intercommunal scolaire de Failly à lui verser une provision de 13 607,13 euros au titre de remboursement de la retenue de garantie.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 541-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne l'existence d'une obligation non contestable :

3. Aux termes de l'article 44 de l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du aux cahier des charges administratives générales applicables aux marchés publics de travaux : " 1. Délai de garantie : Le délai de garantie est, sauf prolongation décidée comme il est précisé à l'article 44. 2, d'un an à compter de la date d'effet de la réception. Pendant le délai de garantie, outre les obligations qui peuvent résulter pour lui de l'application de l'article 41. 4, le titulaire est tenu à une obligation dite obligation de parfait achèvement, au titre de laquelle il doit : a) Exécuter les travaux ou prestations éventuels de finition ou de reprise prévus aux articles 41. 5 et 41. 6 ; b) Remédier à tous les désordres signalés par le maître de l'ouvrage ou le maître d'œuvre, de telle sorte que l'ouvrage soit conforme à l'état où il était lors de la réception ou après correction des imperfections constatées lors de celle-ci ; () 44. 2. Prolongation du délai de garantie : Si, à l'expiration du délai de garantie, le titulaire n'a pas procédé à l'exécution des travaux et prestations énoncés à l'article 44. 1 ainsi qu'à l'exécution de ceux qui sont exigés, le cas échéant, en application de l'article 39, le délai de garantie peut être prolongé par décision du représentant du pouvoir adjudicateur jusqu'à l'exécution complète des travaux et prestations, que celle-ci soit assurée par le titulaire ou qu'elle le soit d'office conformément aux stipulations de l'article 41 ".

4. En premier lieu, par son jugement du 22 septembre 2022, le tribunal a seulement jugé que la société Bonecher était irrecevable à demander directement le remboursement de la retenue de garantie, faute pour elle d'avoir présenté de demande en ce sens dans son mémoire en réclamation préalable. L'autorité de chose jugée ne fait toutefois pas obstacle à ce que la société Bonecher sollicite, indépendamment du contentieux du décompte général, la retenue de garantie de son marché. Le moyen ainsi soulevé en défense doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le syndicat intercommunal scolaire de Failly soutient que le décompte général du lot n°5 comprenait une somme de 13 607,73 euros correspondant à la retenue de garantie et que, le décompte général du marché étant devenu définitif à la suite du jugement du 28 septembre 2022, la demande de la société Bonecher ne peut qu'être rejetée. Toutefois, le décompte général du marché, notifié le 25 octobre 2019, soit deux jours après la réception du marché, prononcée le 23 octobre 2019 avec effet au 27 mai 2019, ne pouvait, à ce stade, inclure la retenue de garantie, laquelle couvre le délai d'un an de garantie de parfait achèvement. Ainsi, la circonstance que le décompte mentionne, seulement pour mémoire, la retenue de garantie, ne saurait avoir pour effet de priver la société Bonecher d'en solliciter le remboursement à l'issue de cette période. Le moyen ainsi soulevé en défense doit être écarté.

6. En troisième lieu, en revanche, les travaux du lot n°5 ont été réceptionnés avec réserves, ainsi qu'il a été dit au point 1, et il ne résulte pas de l'instruction que les travaux de reprise nécessaires à la levée de ces réserves auraient été effectués. Or, l'objet de la retenue de garantie est de couvrir les réserves émises notamment à la réception des travaux et qui n'auraient pas été levées. Par ailleurs, l'absence de décision de prolongation du délai de parfait achèvement prise par le responsable du marché ne peut être assimilée à une levée implicite des réserves dont la réception a été assortie. Dans ces conditions, la créance de la société Bonecher présente, en l'état de l'instruction, un caractère sérieusement contestable.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Bonecher doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Bonecher une somme de 1 500 euros à verser au syndicat intercommunal scolaire de Failly au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de rejeter les conclusions présentées par la société Bonecher au même titre.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de la société Bonecher est rejetée.

Article 2 : La société Bonecher versera au syndicat intercommunal scolaire de Failly une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société Bonecher et au syndicat intercommunal scolaire de Failly.

Fait à Strasbourg, le 14 juin 2023.

Le juge des référés

L. BOUTOT

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300721

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