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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301282

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301282

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301282
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5e chambre
Avocat requérantSELARL SCHRECKENBERG & PARNIÈRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 février et 31 juillet 2023, Mme C D agissant en qualité de représentante légale de son fils A B, représentée par Me Higy, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement la commune de Strasbourg et son assureur, la compagnie Allianz IARD, à lui verser la somme de 7 156,18 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 décembre 2022 avec capitalisation annuelle, en réparation des préjudices subi par son fils mineur en raison d'un défaut d'entretien normal d'une plaque métallique présente dans la cour de l'école ;

2°) de donner acte de réserves relatives à un préjudice futur en lien avec la reprise chirurgicale de la cicatrice A ;

3°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Strasbourg et de son assureur la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Strasbourg et de son assureur les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que la responsabilité de la commune de Strasbourg est engagée pour défaut d'entretien normal d'une plaque métallique située dans la cour de l'école.

Par un mémoire, enregistré le 25 mai 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Bas-Rhin demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Strasbourg à lui verser la somme de 305,22 euros correspondant aux débours exposés par son assuré ;

2°) de condamner la commune de Strasbourg à lui verser l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) d'ordonner le caractère exécutoire du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- elle exerce le recours prévu par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, la commune de Strasbourg et son assureur, la compagnie Allianz IARD, représentés par Me Schreckenberg, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, au rejet des conclusions présentées par la CPAM et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme D, agissant en qualité de représentante légale de son fils mineur A B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, à ce que les sommes demandées soient ramenées à de plus justes proportions.

Ils soutiennent qu'aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en cause ne peut pas être reproché à la commune de Strasbourg.

Par lettres du 14 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés de :

_ l'irrecevabilité des conclusions présentées par la CPAM à fin d'exécution provisoire du jugement dès lors que les jugements des tribunaux administratifs sont exécutoires de plein droit en vertu de l'article L. 11 du code de justice administrative ;

_ l'irrecevabilité des conclusions présentées par la requérante demandant au tribunal de réserver le poste de préjudice relatif à la reprise chirurgicale de la cicatrice A une fois sa croissance achevée dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de réserves relatives à des préjudices futurs éventuels (CE, 16 mai 2007, Caisse primaire d'assurance maladie d'Angers, n°285514).

Par une ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2024.

Un mémoire présenté par la CPAM du Bas-Rhin a été enregistré le 15 octobre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

-le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Klipfel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- les observations de Me Higy, représentant Mme D agissant en qualité de représentante légale de son fils A B et E, représentant la commune de Strasbourg et son assureur, la compagnie Allianz IARD.

Considérant ce qui suit :

1. Le jeune A B, né en 2008, s'est blessé au genou le 21 décembre 2018, alors qu'il jouait dans la cour de récréation de l'école élémentaire de la Musau à Strasbourg. Par une lettre du 13 décembre 2022, Mme D, mère du jeune A, a adressé à la commune de Strasbourg une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime que son fils a subis du fait de sa chute. En l'absence de réponse de la commune de Strasbourg dans un délai de deux mois est née une décision implicite de rejet. Par sa requête, Mme D demande au tribunal de condamner la commune de Strasbourg et son assureur à l'indemniser des préjudices liés à la chute de son fils.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 212-4 du code de l'éducation : " La commune a la charge des écoles publiques. Elle est propriétaire des locaux et en assure la construction, la reconstruction, l'extension, les grosses réparations, l'équipement et le fonctionnement, à l'exception des droits dus en contrepartie de la reproduction par reprographie à usage pédagogique d'œuvres protégées ".

3. D'autre part, il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve, soit de l'entretien normal de celui-ci, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime, soit encore d'un cas de force majeure.

4. En l'espèce, le jeune A, alors qu'il courait sous le préau de l'école, a glissé sur le cadre d'une plaque métallique et s'est blessé au genou. Il résulte de l'instruction et notamment des photos produites, que la plaque métallique était en place et qu'elle ne présentait pas d'anomalies apparentes. Si elle était très légèrement surélevée par rapport au sol bétonné de la cour, il ne résulte pas de l'instruction que cette différence de niveau était telle que la plaque constituait ainsi un aménagement dangereux ou défectueux dans le cadre d'une utilisation normale de la cour de l'école par des enfants scolarisés en école primaire. En outre, il ne résulte pas davantage de l'instruction, notamment des photographies produites, que la plaque aurait présenté un rebord particulièrement tranchant, la seule circonstance que la chute susmentionnée a causé au jeune A une plaie profonde au niveau de la rotule gauche étant insuffisante pour l'établir. Enfin, ni le positionnement de la plaque, ni sa configuration, ni son épaisseur ne justifiait la prise de précautions particulières. Ainsi, dès lors que le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public n'est pas établi, la responsabilité de la commune de Strasbourg ne peut être engagée sur ce fondement. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires présentées par Mme D doivent être rejetées, de même que les conclusions de la caisse tendant au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise solidairement à la charge de la commune de Strasbourg et la compagnie Allianz IARD qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

7. Il y n'a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D la somme demandée par la commune de Strasbourg et son assureur au même titre.

Sur les conclusions tendant à l'exécution provisoire du jugement :

8. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Par suite, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie aux fins d'exécution provisoire du jugement sont irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à réserver le poste de préjudice relatif à la reprise chirurgicale de la cicatrice A :

9. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de réserves relatives à des préjudices futurs éventuels. Par suite, les conclusions susvisées doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les dépens de l'instance :

10. La présente instance n'ayant pas engendré de dépens, les conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D et les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Strasbourg et de son assureur, la compagnie Allianz IARD, présentées sur le fondement des dispositions de l' article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin, à la commune de Strasbourg et à la société Allianz IARD.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

Mme Bronnenkant, première conseillère,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

V. KLIPFEL

Le président,

C. CARRIER

La greffière,

S. MICHON

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°230128

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