lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2301727 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ARSEGUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, l'EURL O'Sense, représentée par
Me Arséguet, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été réclamé au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016 à hauteur de 9 300 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui lui ont été assignés au titre des exercices 2015 et 2016, et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles
M. A a été assujetti dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016, ainsi que la décharge de la majoration de 40 % des droits pour manquement délibéré ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- s'agissant des rectifications à l'impôt sur les sociétés :
. une partie des apports en compte courant procèdent d'une erreur d'inscription comptable et l'un d'eux correspond à la prise en charge, par son gérant, de la cotisation foncière des entreprises ;
. son gérant a repris la dette de la SCI Ryad Mc Arthur contractée à son égard et ne saurait dès lors constituer un abandon de créances ;
- s'agissant du rappel de taxe sur la valeur ajoutée collectée :
. le rappel ne saurait excéder 8 603 euros, correspondant à l'insuffisance de TVA déclarée ;
- s'agissant de la majoration pour manquement délibéré :
. ses erreurs d'inscription comptable ne sont pas volontaires ;
. elle a justifié les apports en compte courant pour 97 550 euros ;
. elle n'a pas consenti d'abandon de créances.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2023, le directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle sollicite la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles M. A a été assujetti dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016 ;
- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,
- et les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL O'Sense, qui a pour représentant légal et associé unique M. A et pour activité principale l'activité d'achat et de vente de véhicules neufs et d'occasion, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 2 juillet au 28 septembre 2018 ayant porté sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification du
30 novembre 2018, l'administration lui a notifié suivant la procédure de taxation d'office des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes de 2015 à 2016 ainsi que, suivant la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices 2015 et 2016. Après avoir vu ses deux réclamations des 9 mars 2020 et 23 mars 2021 rejetées par deux décisions des 24 janvier 2022, l'EURL O'Sense demande au tribunal de prononcer la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été réclamé au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016 à hauteur de 9 300 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui lui ont été assignés au titre des exercices 2015 et 2016, et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles M. A a été assujetti dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016, ainsi que la décharge de la majoration de 40 % des droits pour manquement délibéré.
Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration :
2. L'EURL O'Sense demande la décharge des impositions personnelles de son gérant, auxquelles elle n'a pas été assujettie. Dès lors, en l'absence d'intérêt pour agir, ses conclusions sont irrecevables. Par suite, la fin de non-revoir opposée par l'administration doit être accueillie.
Sur le surplus de la requête :
En ce qui concerne le rappel de taxe sur valeur ajoutée collectée au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016 à hauteur de 9 300 euros :
3. Aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; / 2. La taxe est exigible : / a) Pour les livraisons mentionnées aux a et a ter du 1, lors de la réalisation du fait générateur ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ". Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".
5. La requérante soutient que le montant du rappel est erroné en ce que, selon la proposition de rectification du 30 novembre 2018, le service vérificateur a relevé une discordance d'un montant de 8 603 euros entre le chiffre d'affaires constaté de l'exercice clos le 31 décembre 2016 et la TVA collectée déclarée. Cependant, le service vérificateur a également relevé l'existence d'un passif de TVA dans la comptabilité de l'EURL O'Sense, les comptes de la TVA collectée présentant à la clôture de l'exercice 2016 un solde créditeur de 9 300,37 euros, arrondis à 9 300 euros. L'EURL O'Sense n'a alors pas donné d'explication sur l'existence de ce passif et n'en apporte pas davantage devant le tribunal. Par conséquent, alors que la charge de la preuve lui incombe, son moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
6. Aux termes du 2. de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ".
7. En premier lieu, l'administration a relevé que l'EURL O'Sense avait comptabilisé un certain nombre d'opérations au crédit du compte courant d'associé de M. A qui n'ont pas été justifiées par la requérante et, considérant que ces opérations constituaient une dette fictive inscrite au passif du bilan au profit de son gérant, elle a réintégré les montants correspondants aux résultats de la société. La requérante ne saurait, s'agissant des montants de 12 550 euros, 35 000 euros et 50 000 euros correspondant à l'achat de voitures qui ont été revendues, utilement soutenir qu'il s'agit d'une simple erreur d'imputation comptable. Il en est de même du montant de 6 300 euros, correspondant au règlement de la vente d'un véhicule. Enfin, la requérante ne justifie pas que la somme de 462 euros, qui correspondrait au montant de la cotisation foncière des entreprises, aurait été prise en charge par M. A.
8. En second lieu, la requérante soutient que la SCI Ryad Mc Arthur, dont M. A est également gérant, a bénéficié de la part de l'EURL O'Sense d'une avance d'un montant de 51 760,02 euros, que la SCI a remboursé cette avance à hauteur de 4 200 euros et que le solde restant dû au 31 décembre 2015 a été repris par M. A à titre personnel. Cependant, la requérante ne justifie pas ses allégations et n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'il n'y a pas eu d'abandon de créances. Au surplus, il ressort au contraire de la proposition de rectification que c'est l'EURL O'Sense qui était débitrice à l'égard de la SCI Ryad Mc Arthur et que la créance détenue par cette dernière inscrite en compte de tiers a fait l'objet d'un transfert vers le compte courant d'associé de M. A. La requérante ne fait état d'aucun transfert de créances qui aurait été établi selon les formalités prescrites par l'article 1690 du code civil ni d'aucun autre justificatif. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a réintégré cet abandon de créances dans le bénéfice imposable.
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :
9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; ". Aux termes de l'article L. 195 du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ". Pour établir l'existence d'un manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
10. L'administration fait valoir l'existence de nombreux manquements. Ainsi, la requérante exerçant l'activité d'achat et de revente, la TVA collectée aurait dû être déclarée lors de la livraison des biens. Or, elle n'a ni déclaré ni payé de TVA. S'agissant des opérations soumises à tort au régime de la marge, ayant justifié également des rappels de TVA, le fournisseur avait facturé la TVA sur le prix total et non sur la marge. Eu égard à son activité, la requérante ne pouvait l'ignorer. S'agissant du rappel de TVA déductible, la requérante, en sa qualité de professionnelle, ne pouvait ignorer qu'en l'absence de pièces justificatives, elle n'avait pas le droit de déduire la TVA. Eu égard à la nature de ces manquements, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'ils ne résultent que de simples erreurs comptables. S'agissant des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés, l'administration fait valoir que, contrairement à ce que soutient la requérante, les apports en compte courant d'associés n'ont pas été justifiés alors que toute opération comptable doit être appuyée de pièces justificatives et que la requérante ne pouvait ignorer qu'en comptabilisant ces crédits en l'absence de toute pièce justificative, elle augmentait fictivement sa dette à l'égard de M. A. Compte tenu de ces manquements et de leur caractère répétitif, leur caractère intentionnel est établi.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par l'EURL O'Sense doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de l'EURL O'Sense est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL O'Sense et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.
Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juin 2024.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026