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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301850

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301850

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301850
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge Unique
Avocat requérantCABINET SAUMIER-VUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 mars et le 11 octobre 2023, Mme A, représentée par Me Saumier-Vuilaume, demande au Tribunal :

- D'annuler la décision du 26 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Moselle a confirmé le bien-fondé de sa dette d'aide au logement d'un montant de 1 031,68 euros ;

- D'annuler la décision du 9 janvier 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Moselle lui a accordé une remise partielle de sa dette d'aide au logement en laissant à sa charge la somme de 515,84 euros ;

- D'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Moselle de rembourser les sommes indument retenues ;

- De mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que les décisions sont entachées d'un vice d'incompétence ; la décision du 26 octobre 2022 n'est pas motivée ; cette décision viole la loi car elle ne reconnaît pas le droit à l'erreur de Mme A ; la décision est entachée d'une erreur d'appréciation de la caisse d'allocations familiales de la Moselle.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2023 la caisse d'allocations familiales de la Moselle conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitat ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Simon a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La caisse d'allocations familiales de la Moselle a mis à la charge de Mme A par décision du 26 octobre 2022 une somme de 1 031,68 euros pour la période de janvier à juin 2022. La requérante a contesté cette décision par courrier du 2 novembre 2022. La caisse d'allocations familiales de la Moselle a implicitement rejeté ce recours. Cependant, par décision du 9 janvier 2023 la caisse d'allocations familiales de la Moselle a accordé à Mme A une remise gracieuse partielle de sa dette d'aide au logement en laissant à sa charge la somme de 515,84 euros. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de son recours et la décision du 9 janvier 2023.

Sur le bien-fondé de l'indu d'aide au logement

2. Aux termes de l'article L 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. "

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Toutefois, s'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours, le juge doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

4. En application de ces dispositions la décision implicite prise par la caisse d'allocations familiales de la Moselle sur recours administratif préalable obligatoire s'est substituée à la décision initiale du 26 octobre 2022. Par suite, les conclusions en annulation contre cette décision doivent être interprétés comme demandant l'annulation de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable.

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision du 26 octobre 2022 et de l'insuffisance de motivation de cette décision doivent être écartés comme inopérants.

6. Aux termes de l'article L 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine () ". L'article R. 822-4 du même code, dans sa version applicable au présent litige, dispose que : " I. - Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu selon le barème progressif, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale. () ".

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision, qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide personnalisée au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération de l'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qu'il lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

8. Il résulte de l'instruction que la dette d'aide au logement mise à la charge de Mme A par la caisse d'allocations familiales de la Moselle et dont l'intéressée sollicite l'annulation, provient de ce que le montant de l'aide au logement a été calculé sur la base de son seul statut de salarié alors qu'elle est également vendeuse à domicile donc considérée comme une travailleuse indépendante non inscrit au RCS. Or, au regard de la législation fiscale, le travailleur indépendant est imposé dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux et n'est pas, contrairement à ce que prétend la requérante, un salarié. Cette situation est révélée par son avis d'imposition. En conséquence, c'est à bon droit et sans commettre d'erreur d'appréciation que la caisse d'allocations familiales de la Moselle a calculé le montant de l'aide en tenant compte des revenus industriels et commerciaux qu'elle tirait de son activité de travailleur indépendant.

Sur la remise partielle de sa dette d'aide au logement :

9. Aux termes de l'article R. 825-3 dudit code : " Lorsqu'il est saisi d'une demande de remise gracieuse de dette relative à un trop-perçu au titre d'une aide personnelle au logement (), sans que soit contesté le bien-fondé de la dette, l'organisme payeur en accuse réception par tout moyen permettant de lui conférer date certaine, dans les quinze jours suivant la réception de la demande. / Le directeur de l'organisme payeur statue sur la demande de remise gracieuse après avis de la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 825-2. ".

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Pour l'examen de ces deux dernières conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration. Par ailleurs, il résulte de la combinaison des dispositions précitées que si l'autorité compétente a la faculté de procéder à la remise ou à la réduction de la dette de l'allocataire en cas de précarité financière du débiteur de bonne foi d'un trop-perçu d'aide personnalisée au logement, cette faculté ne peut s'exercer dans le cas où l'indu est imputable à une manœuvre frauduleuse ou à une fausse déclaration. Au nombre des fausses déclarations figurent les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative de l'ensemble des ressources de toutes les personnes composant le foyer.

11. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de la Moselle ne remet pas en cause la bonne foi de Mme A. Elle peut donc prétendre à une remise gracieuse totale ou partielle en fonction de sa situation de précarité. Cependant, elle n'apporte aucun élément duquel il résulterait qu'elle est en situation de précarité qui justifierait que lui soit remis une remise gracieuse supplémentaire à celle que la caisse d'allocations familiales de la Moselle lui a déjà octroyée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1. La requête de Mme A est rejetée.

Article 2. Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la Caisse d'allocations familiales de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le magistrat désigné,

H. SIMONLa greffière,

S. AMIRACH

La République mande et ordonne au Ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE

STRASBOURG

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