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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302206

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302206

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302206
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantZIMMERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 mars 2023 et le 24 avril 2024, Mme A, représentée par Me Zimmermann, demande au tribunal dans l'état de ses dernières écritures :

- De l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- D'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle la Collectivité européenne d'Alsace a confirmé la mise à sa charge de la somme totale de 10 063 euros correspondant à un trop perçu de revenu de solidarité active ;

- Subsidiairement de lui accorder la remise gracieuse de sa dette ou les plus larges délais de paiement.

Mme A soutient que la Collectivité européenne d'Alsace et la caisse d'allocations familiales du Haut-Rhin ont commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2023, la Collectivité européenne d'Alsace conclut au rejet de la requête comme étant non fondée concernant le revenu de solidarité active.

Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête pour irrecevabilité pour les indus d'aide personnalisé au logement, de prestations familiales et d'aide exceptionnelle de solidarité.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Simon a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La Collectivité européenne d'Alsace a confirmé par la décision du 8 février 2023, prise sur recours administratif préalable, la mise à la charge de Mme A d'une dette de 10 063 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active pour la période de mars 2014 à janvier 2016. Mme A conteste le bien-fondé de sa dette et demande l'annulation de cette décision.

2. Par ailleurs la requérante a demandé la remise gracieuse de sa dette ce que la Collectivité européenne d'Alsace a refusé par décision du 23 juin 2023. Mme A demande l'annulation de cette décision et la remise gracieuse de sa dette.

3. Enfin, la caisse d'allocations familiales du Haut-Rhin a mis à la charge de Mme A, par décision du 31 décembre 2022, un indu d'aide personnalisé au logement et de prestations familiales et par les décisions du 14 février et 11 novembre 2022 un indu d'aide exceptionnelle de solidarité. La requérante demande l'annulation de ces décisions.

Sur le bienfondé de l'indu de revenu de solidarité active :

4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article R. 262-6 du même code précise également que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". De plus, en vertu de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

6. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme A et dont l'intéressée sollicite l'annulation, provient de ce que celle-ci n'a pas déclaré l'intégralité des ressources et sa situation de vie maritale avec M. B. Cette situation a été révélée par le rapport rendu le 25 janvier 2016 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Territoire de Belfort qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. La requérante n'apporte aucune pièce de nature à remettre en cause les constations de ce rapport. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la Collectivité européenne d'Alsace a confirmé, par la décision du 8 février 2023, la mise à sa charge de l'indu de revenu de solidarité active contesté.

Sur le refus de remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active :

7. Aux termes de l'article L. 262-46 de l'code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".

8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

9. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de la requérante et dont l'intéressée sollicite la remise gracieuse, est la résultante d'une omission de déclaré la totalité de ses revenu et sa situation de vie maritale. Or, une telle omission, compte tenu de sa réitération, de la nature et du montant des sommes perçues et alors que l'intéressée ne pouvait légitimement ignorer son obligation de porter ces éléments sur ses déclarations trimestrielles de ressources dès lors comporte une rubrique " pour chaque membre de votre foyer, déclarez les ressources perçues chaque mois " et " autres ressources ", doit être regardée comme étant constitutive d'une fausse déclaration aux sens des dispositions précitées, laquelle, en principe, fait obstacle à ce que la requérante puisse prétendre à une remise gracieuse de sa dette. En outre, si la requérante soutient être dans une situation financière difficile, cette circonstance, à la supposée établie, est sans influence sur la légalité de la décision contestée, dès lors que l'indu en cause doit être regardé comme trouvant son origine dans une fausse déclaration de l'intéressée. Par suite, Mme A n'est pas fondée à se plaindre de ce que, par la décision contestée du 23 juin 2023, la Collectivité européenne d'Alsace a refusé de lui octroyer la remise gracieuse de sa dette de revenu de solidarité active.

Sur le bien-fondé de l'indu d'aide au logement

10. Aux termes de l'article L. 825-2 du même code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ".

11. Il résulte de l'instruction que Mme A n'a pas introduit de recours administratif préalable concernant l'aide au logement mis à sa charge par décision du 31 décembre 2022 de la caisse d'allocations familiales du Haut Rhin. Par suite la présente requête concernant l'aide au logement est irrecevable et doit être rejetée.

Sur le bien-fondé des indus de primes exceptionnelles de de solidarité :

12. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. "

13. En l'espèce, les indus de prime exceptionnelle de solidarité ont été notifiés à Madame A par courriers du 14 février 2022 et du 09 novembre 2022. Les courriers mentionnaient clairement les délais et voie de recours en cas de contestation des indus. En conséquence la présente requête concernant ces indus a été enregistrée au greffe du tribunal du 27 mars 2023 en dehors du délai de recours contentieux. En conséquence la présente requête est tardive et, par suite, irrecevable concernant les indus de primes exceptionnelles de solidarité.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1. La requête de Mme A est rejetée.

Article 2. Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la Collectivité européenne d'Alsace et à la Caisse d'allocations familiales du Haut-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

Le magistrat désigné,

H. SIMONLa greffière,

F. DOGUI

La République mande et ordonne au Ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et préfet du Haut-Rhin, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2302206

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