jeudi 2 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2302270 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CM.AFFAIRES PUBLIQUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mars 2023 et le 9 février 2024, Mme A B, représentée par Me Placidi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Haguenau lui a refusé le bénéfice de l'indemnité de fin de contrat prévue par les dispositions de l'article L. 1243-8 du code du travail, ainsi que la décision du 8 février 2023 rejetant son recours gracieux ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Haguenau à lui verser l'indemnité de fin de contrat, d'un montant de 23 427,44 euros brut, cette somme étant assortie des intérêts moratoires à compter du 10 août 2022 ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier de Haguenau de lui verser la même somme et d'établir un bulletin de salaire en conséquence dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional de Haguenau une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que le centre hospitalier de Haguenau a considéré que les dispositions de l'article R. 6152-375 du code de la santé publique se sont substituées à celles de l'article R. 6152-418 du même code et qu'il a fait application des dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 5 février 2022 relatif à l'indemnité de précarité prévue à l'article R. 6152-375 du code de la santé publique ;
- son indemnité, qui doit être calculée sur la base de la totalité de sa rémunération brute, versée en exécution de la totalité de ses contrats, s'élève à un montant de 23 427,44 euros ; elle est fondée à solliciter également les intérêts moratoires afférents à cette somme.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 23 octobre 2023 et 25 mars 2024, le centre hospitalier de Haguenau, représenté par la SELARL CM. Affaires publiques, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les éventuels dépens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le décret n° 2022-135 du 5 février 2022 ;
- l'arrêté du 5 février 2022 relatif à l'indemnité de précarité prévue à l'article R. 6152-375 du code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,
- les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public,
- les observations de Me Placidi, pour Mme B ;
- et les observations de Me Durgun pour le centre hospitalier de Haguenau.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, en vertu de sept contrats à durée déterminée, a travaillé en qualité de praticienne contractuelle auprès du centre hospitalier de Haguenau du 5 novembre 2018 au 4 mai 2022. Par un courrier du 10 août 2022, elle a sollicité le versement de l'indemnité de fin de contrat prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail, auquel renvoie l'article R. 6152-418 du code de la santé publique. Par une décision du 27 septembre 2022, le directeur du centre hospitalier de Haguenau a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, Mme B demande à titre principal au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision ainsi que la décision du 8 février 2023 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que, pour adopter ces décisions, le directeur du centre hospitalier de Haguenau a fait application des dispositions de l'article R. 6152-375 du code de la santé publique, aux termes desquelles " " Lorsqu'au terme du contrat, la relation de travail n'est pas poursuivie, le praticien contractuel a droit à une indemnité destinée à compenser la précarité de sa situation. / () / Le montant et les modalités de versement de l'indemnité sont fixés par arrêté des ministres chargés du budget et de la santé ", ainsi que de celles de l'arrêté du 5 février 2022 relatif à l'indemnité de précarité prévue à l'article R. 6152-375 du code de la santé publique, faisant obstacle au versement de cette indemnité lorsque le praticien contractuel a bénéficié d'émoluments bruts annuels supérieurs de 30% à un seuil minimum, fixé à 39 396 euros par l'annexe XX de l'arrêté du 15 juin 2016 modifié relatif aux émoluments, rémunérations ou indemnités des personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologiques exerçant leurs fonctions à temps plein ou à temps partiel dans les établissements publics de santé. Considérant que Mme B avait perçu des émoluments bruts supérieurs de 30% à ce seuil, il lui a refusé le bénéfice de l'indemnité sollicitée.
3. Les dispositions de cet article R. 6152-375 du code de la santé publique sont issues de l'article 2 du décret du 5 février 2022 relatif aux nouvelles règles applicables aux praticiens contractuels, qui a rétabli une section 3 du chapitre II du titre V du livre Ier de la sixième partie du code de la santé publique, définissant les nouvelles règles applicables aux praticiens contractuels. L'article 1er de ce décret a par ailleurs modifié la section 4 de ce même chapitre ayant depuis pour intitulé " Ancien statut des praticiens contractuels ". Ce même article 1er a inséré avant la sous-section 1 de cette section un article R. 6152-400, aux termes duquel " Les dispositions de la présente section demeurent applicables aux seuls praticiens contractuels en fonction à la date de publication du décret n° 2022-135 du 5 février 2022 relatif aux nouvelles règles applicables aux praticiens contractuels ". Enfin, l'article 8 de ce décret prévoit, en son deuxième alinéa, que " Les contrats en cours conclus antérieurement à l'entrée en vigueur du présent décret se poursuivent jusqu'à leur terme selon les modalités qu'ils prévoient ".
4. Mme B, dont le dernier contrat à durée déterminée a été conclu le 27 octobre 2021, et qui a travaillé en qualité de praticienne contractuelle au centre hospitalier de Haguenau jusqu'au 4 mai 2022, était en fonction à la date de publication du décret du 5 février 2022, intervenue le 6 février 2022. Dès lors, conformément à ce qui précède, elle était soumise aux dispositions de la section 4 du chapitre II du titre V du livre Ier de la sixième partie du code de la santé publique, relative à l'ancien statut des praticiens contractuels. Par suite, en faisant applications des nouvelles dispositions, qui ne lui étaient pas applicables, de l'article R. 6152-375 du code de la santé publique, figurant à la section 3 de ce chapitre, ainsi que des dispositions de l'arrêté susvisé du 5 février 2022, le centre hospitalier de Haguenau a commis une erreur de droit.
Sur les conclusions à fin de condamnation et à fin d'injonction :
5. Compte tenu de la nature du recours principal introduit par Mme B, tendant à l'annulation des décisions lui refusant le versement d'une somme d'argent, les conclusions à fin de condamnation qu'elle présente, tendant au versement de cette somme, doivent être regardées comme des conclusions à fin d'injonction, qu'elle a d'ailleurs également présentées à l'appui de sa requête.
6. Aux termes de l'article R. 6152-418 du code de la santé publique, figurant dans la section 4 du chapitre II du titre V du livre Ier de la sixième partie du code de la santé publique, relative à l'ancien statut des praticiens contractuels, et qu'il convient d'appliquer, ainsi qu'exposé précédemment : " Les dispositions du code du travail sont applicables aux praticiens contractuels en tant qu'elles sont relatives, à l'indemnité prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1243-8 du code du travail : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. / Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié. / Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant ".
7. Il est constant que Mme B a perçu une rémunération totale brute de 234 274,40 euros. Elle est ainsi en droit de prétendre à une indemnité de fin de contrat de 23 427,44 euros. Il y a lieu, par conséquent, d'enjoindre au centre hospitalier de Haguenau de verser cette dernière somme à Mme B, avec les intérêts y afférents courant à compter du 10 août 2022, et d'éditer le bulletin de salaire correspondant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens :
8. Il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Haguenau une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés par celle-ci et non compris dans les dépens.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme demandée par le centre hospitalier de Haguenau au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
10. Enfin, les conclusions du centre hospitalier de Haguenau tendant à la condamnation aux dépens doivent être rejetées comme dépourvues d'objet.
D É C I D E :
Article 1 : Les décisions du 27 septembre 2022 et du 8 février 2023 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Haguenau de verser à Mme B la somme de 23 427,44 euros (vingt-trois mille quatre cent vingt-sept euros et quarante-quatre centimes), avec les intérêts y afférents courant à compter du 10 août 2022, et d'éditer le bulletin de salaire correspondant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Article 3 : Le centre hospitalier de Haguenau versera à Mme B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions du centre hospitalier de Haguenau relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux dépens sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Haguenau.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2025.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
N. EL ABBOUDI
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026