mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2302488 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5e chambre |
| Avocat requérant | CABINET MONHEIT-ANDRE-MAI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril 2023 et 1er octobre 2024, Mmes C D et B A, représentées par Me Hellenbrand, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier spécialisé de Sarreguemines à leur verser les sommes respectives de 25 000 et de 50 000 euros en réparation du préjudice subi en lien avec le décès de leur frère et fils lors de son hospitalisation sous contrainte ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier spécialisé de Sarreguemines la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
3°) de condamner le centre hospitalier spécialisé de Sarreguemines aux entiers dépens.
Elles soutiennent que :
- sur le principe de responsabilité :
- le centre hospitalier spécialisé de Sarreguemines a commis un défaut de surveillance fautif, eu égard notamment à l'état de santé de M. D et aux nombreuses fugues qu'il avait commises ;
- cette faute est à l'origine du décès de M. D ;
- sur les préjudices :
- la faute leur a causé un préjudice d'affection évalué respectivement à 50 000 et 25 000 euros.
Par un mémoire, enregistré le 22 juin 2023, la caisse d'assurance maladie (CPAM) de la Moselle ne demande le remboursement d'aucun débours.
Elle fait valoir qu'elle n'a pas de créance à faire valoir en l'absence de faute médicale du centre hospitalier spécialisé de Sarreguemines.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 juillet et 11 décembre 2024, le centre hospitalier spécialisé de Sarreguemines, représenté par Me Mai, conclut :
- au rejet de la requête ;
- à ce que soit mis à la charge des requérants une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- à la condamnation des requérantes aux entiers dépens.
Il fait valoir que :
- le rapport d'expertise conclut à l'absence de faute, le risque suicidaire étant inexistant et imprévisible ;
- il y a lieu à titre subsidiaire, de réduire les montants des préjudices à de plus justes proportions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bronnenkant,
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,
- et les observations de Me Demarche, représentant le centre hospitalier de Sarreguemines.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 5 mai 1988, a été admis le 15 juin 2017 au centre hospitalier spécialisé de Sarreguemines (ci-après CHSS) en soins psychiatriques sous la forme d'une hospitalisation complète. Cette hospitalisation sous contrainte a été prolongée par le juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance de Sarreguemines jusqu'au 18 août 2017. Le 20 juillet 2017, M. D a sauté du toit du centre hospitalier de Sarreguemines et est décédé le lendemain des suites de ses blessures. Par leur requête, Mme D et Mme A demandent au tribunal de condamner le CHSS à réparer les préjudices que leur a causé le décès de leur frère et fils.
Sur le principe de responsabilité :
2. Pour établir l'existence d'une faute dans l'organisation du service hospitalier au titre du défaut de surveillance d'un patient atteint d'une pathologie psychiatrique, le juge doit notamment tenir compte, lorsque l'état de santé de ce patient fait courir le risque qu'il commette un acte agressif à son égard ou à l'égard d'autrui, non seulement de la pathologie en cause et du caractère effectivement prévisible d'un tel passage à l'acte, mais également du régime d'hospitalisation, libre ou sous contrainte, ainsi que des mesures que devait prendre le service, compte tenu de ses caractéristiques et des moyens dont il disposait.
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 2 avril 2022, que M. D a été hospitalisé en soins psychiatriques dans un contexte de troubles du comportement avec agitation psychomotrice, crise clastique et hétéro-agressivité envers les forces de l'ordre. Dès son admission, il a été pris en charge en isolement avec contention des membres et traitement médicamenteux avec un diagnostic concomitant d'état maniaque avec hyperactivité. Alors qu'il était toujours à l'isolement, M. D a fugué le 20 juin au soir. Son traitement a alors été adapté à l'état clinique présenté. A compter du 23 juin, l'isolement a été progressivement élargi. Alors qu'il était à nouveau dissocié et délirant le 26 juin, le traitement a été renforcé et le patient a été placé en service fermé la journée et en chambre d'isolement la nuit. Le 29 juin, M. D a été perçu comme plus cohérent, ce qui a conduit à la levée de l'isolement. Une visite à domicile a été organisée avec le patient le 30 juin qui s'est déroulée dans de bonnes conditions. Le 1er juillet, le patient aurait de nouveau fugué selon les dires de sa sœur. Le 6 juillet 2017, sa pensée a été perçue comme assez bien structurée et plus cohérente nonobstant la circonstance que M. D a refusé de prendre son neuroleptique. Il a de nouveau fugué le 11 juillet. Son état se stabilisant, sa sortie définitive a été envisagée et préparée du 15 au 17 juillet. Une nouvelle visite à domicile a été organisée et le patient, cohérent et calme envisageait positivement l'avenir.
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que si M. D présentait des troubles psychiatriques en juin 2017 qui ont nécessité son hospitalisation sous contrainte, aucun élément médical relevé lors de son séjour à l'hôpital ne permettait de présager un risque suicidaire immédiat ou à distance. Si dans les premiers jours d'hospitalisation de M. D, une première phase critique de la pathologie a nécessité un isolement de plusieurs jours et une médication croissante, l'état de santé de l'intéressé s'est ensuite durablement stabilisé permettant de réduire progressivement les contraintes et d'envisager sa sortie définitive de l'établissement. Dès lors, et ainsi que le fait valoir l'expert, les conditions d'hospitalisation de M. D, notamment l'autorisation de sortir dans le parc du CHSS de 14 heures à 18 heures, étaient adaptées à son état de santé le 20 juillet 2017, quand bien même il était hospitalisé sous contrainte. Par ailleurs, s'il est constant que M. D a, lors de son hospitalisation, commis plusieurs fugues, ces fugues, eu égard notamment à l'amélioration progressive de l'état de santé objectivée par les médecins, ne permettent pas d'établir un risque suicidaire ni l'existence d'un défaut de surveillance fautif de M. D le 20 juillet 2017 par le CHSS.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute, les conclusions indemnitaires présentées par Mme D et Mme A doivent être rejetées.
Sur les dépens :
6. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / (). ".
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre définitivement les frais d'expertises, taxés et liquidés à la somme de 600 euros par une ordonnance de taxation du 18 juillet 2022 de la juge des référés du tribunal à la charge des requérantes.
Sur les conclusions à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier une somme au titre des frais exposés par Mmes D et A et non comprise dans les dépens.
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mmes D et A une somme au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mmes D et A est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertises taxés et liquidé à la somme de 600 euros (six-cents euros) par une ordonnance du 18 juillet 2022 du juge des référés du tribunal sont mis définitivement à la charge de Mmes D et A.
Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier spécialisé de Sarreguemines présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Mme B A, à la caisse d'assurance maladie de la Moselle et au centre hospitalier de Sarreguemines.
Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
Mme Bronnenkant, première conseillère,
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
La rapporteure,
H. BRONNENKANT
Le président,
C. CARRIERLa greffière,
S. MICHON
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026