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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302693

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302693

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302693
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET MONHEIT-ANDRE-MAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023, Mme P A, Mme N F, Mme M O, M. L G, Mme K I et Mme H O, en qualité d'ayants droit de M. D O, représentés par Me Schott, demandent au juge des référés :

1°) de prescrire une expertise en vue de déterminer les conditions de la prise en charge de M. D O par le Groupe hospitalier régional de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (ci-après le GHRMSA) à compter du 21 janvier 2023, et d'évaluer les préjudices résultant de celle-ci ;

2°) de mettre à leur charge les éventuels frais de consignation.

Ils soutiennent que le GHRMSA a commis une faute dans le diagnostic médical de M. O, ainsi que dans la mise en œuvre d'un traitement efficace à assurer sa guérison et que sa prise en charge a été fautive et lui a causé divers préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le Groupe hospitalier régional de la région de Mulhouse et Sud-Alsace, représenté par Me Mai :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de leur mise en cause ;

2°) demande à ce que les missions confiées à l'expert soient complétées ;

3°) sollicite la production, par l'organisme social de M. O, avant le début des opérations d'expertise, de son relevé de débours et frais médicaux et définitif ;

4°) demande que l'avance sur les frais d'expertise soit prise en charge par les requérants ;

5°) demande que soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport en laissant un délai raisonnable aux parties pour produire leurs observations.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il est constant que M. O a été pris en charge par le service des urgences du GHRMSA le 21 janvier 2023. Il aurait été diagnostiqué d'une probable pancréatite aiguë et aurait été renvoyé chez lui après une administration d'antalgiques à base de morphine. M. O serait décédé deux jours plus tard à son domicile. C'est dans ces conditions que ses ayants-droits demandent au juge des référés que soit prescrit une expertise pour déterminer si des manquements ont été commis dans la prise en charge de M. O et d'évaluer, le cas échéant, les éventuels préjudices subis.

Sur la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Les mesures d'expertise demandées par les ayants droit de M. O entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie du Haut-Rhin la production du relevé de ses frais et débours avant le commencement de l'expertise :

4. Il résulte de l'instruction qu'à ce stade de la procédure, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie du Haut-Rhin ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle qu'elle est fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de solliciter, s'il l'estime nécessaire, la communication du relevé détaillé des débours et frais médicaux en lien avec la prise en charge de M. O. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions du GHRMSA tendant à la communication de ce relevé.

Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions du GHRMSA tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées, sans que le rejet de cette demande ne fasse obstacle à ce que l'expert établisse un pré-rapport soumis au contradictoire des parties s'il l'estime utile, sur le fondement de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Sur les conclusions relatives aux éventuelles avances sur les frais d'expertise :

6. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction [] peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations [].

7. Les dispositions précitées font obstacle à ce que le juge des référés mette les avances sur les frais d'expertise à la charge des consorts O. La demande du GHRMSA est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

Sur les conclusions relatives à la consignation des frais d'expertise :

8. L'expertise demandée par les ayants droit de M. O sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative n'est pas soumise à la procédure de consignation préalable d'une provision prévue par l'article 269 du code de procédure civile. Ainsi, dès lors qu'il n'appartient pas au juge des référés, dans le cadre de la présente instance, de déterminer une telle provision, les conclusions présentées à cette fin par les requérants doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : Un collège d'experts est désigné, composé du Dr E B, exerçant au 3 rue de Bort les Orgues, à Metz (57070), et Dr C J, exerçant à l'Hôpital Robert Schuman. Il aura pour mission de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° décrire l'état de santé antérieur de M. O, prendre connaissance de l'entier dossier médical relatif aux examens prodigués à M. O au sein du GHRMSA ; convoquer contradictoirement tous sachants ;

3° décrire les conditions dans lesquelles M. O a été admis et soigné au sein du GHRMSA ;

4° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues ;

5° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause ;

6° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

7° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

8° se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable au GHRMSA ;

9° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

10° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient et à sa famille sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

11° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à M. O une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

12° en cas de retard de diagnostic, établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi chirurgical a été conforme aux règles de l'art médical ;

13° se prononcer sur l'existence de tout préjudice (physique, moral, esthétique, sexuel) subi, par M. O résultant des potentiels manquements du GHRMSA ; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent résultant de ces séquelles et de ces manquements ;

14° déterminer les frais médicaux et débours (assistance d'une tierce personne, appareillages, fournitures, soins particuliers) en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement du GHRMSA en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;

Article 2 : Le collège d'experts accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : Le collège d'experts disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus au collège d'experts seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. Le collège d'experts peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 5 : Le collège d'experts pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : Le collège d'experts déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 30 juin 2024, accompagné de l'état de leurs vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle elle joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme P A, à Mme N F, à Mme M O, à M. L G, à Mme K I, à Mme H O, à la caisse primaire d'assurance du Haut-Rhin, au Groupe hospitalier régional de la région de Mulhouse et Sud-Alsace, au Dr. E B et au Dr. C J, experts.

Fait à Strasbourg, le 2 octobre 2023.

Le juge des référés,

X. FAESSEL

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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