jeudi 6 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2302782 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEONEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 avril 2023, 5 juin 2023 et 20 août 2024, Mme A B, représentée par Me Partouche, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du maire de la commune de Strasbourg née du silence gardé suite à sa demande du 20 décembre 2022 tendant d'une part à faire cesser les troubles à l'ordre public générés par l'exploitation de l'établissement " chez Yudun " situé 38 route d'Oberhausbergen et, d'autre part, tendant à l'octroi en sa faveur d'une indemnité de 50 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait de ces troubles ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Strasbourg de prendre toutes mesures utiles afin de faire cesser ces troubles, notamment d'édicter un arrêté de fermeture administrative et subsidiairement un arrêté de fermeture obligatoire le soir au plus tard à 22 heures, ou à tout le moins un arrêté interdisant la vente d'alcool après 20 heures ;
3°) de désigner un expert judiciaire pour évaluer la perte de valeur vénale de son appartement en raison des nuisances ;
4°) de mettre à charge de la commune de Strasbourg une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales qui imposent au maire de prendre les mesures de police nécessaires afin de garantir l'ordre public, en particulier la tranquillité et la sécurité publique ;
- il est parfaitement établi que l'exploitation du bar-restaurant " chez Yudun " engendre d'importantes nuisances, telles qu'éclats de voix, heurts entre personnes en état d'ivresse, bruits de moteur et de musique, rixes, entraves à la circulation, harcèlements de rue ;
- les troubles durent depuis plus de 30 ans et le maire s'abstient d'agir depuis malgré ses différentes sollicitations ;
- le restaurant ne respecte pas ses horaires d'ouverture et vend des cigarettes à l'unité ;
- la responsabilité pour carence fautive du maire est engagée et doit conduire à une indemnisation de ses préjudices pour une somme totale de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, la commune de Strasbourg, représentée par Me Maetz, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens présentés par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 2 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bronnenkant,
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,
-et les observations de Me Partouche, représentant Mme B, présente à l'audience, et de Me Maetz, représentant la commune de Strasbourg.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B réside 9 route d'Oberhausbergen à Strasbourg et est voisine du restaurant situé au 38 exploité sous l'enseigne " chez Yudum ". Par lettre du 20 décembre 2022, elle a demandé, d'une part, au maire de Strasbourg de faire cesser les nuisances engendrées par l'exploitation du restaurant et d'autre part, de lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices liés à ces nuisances. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardée par le maire, de condamner la commune de Strasbourg à lui verser une somme de 50 000 euros au titre de ses préjudices et d'enjoindre à la maire de Strasbourg de prendre les mesures de police nécessaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de prendre des mesures de police :
2. En premier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'en application de l'article L. 2542-1 du même code, ces dispositions ne sont pas applicables aux communes des départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 2542-2 du code général des collectivités territoriales, applicable aux communes des départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin : " Le maire dirige la police locale. / Il lui appartient de prendre des arrêtés locaux de police en se conformant aux lois existantes. ". L'article L. 2542-3 du même code dispose que : " Les fonctions propres au maire sont de faire jouir les habitants des avantages d'une bonne police, notamment de la propreté, de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité dans les rues, lieux et édifices publics. () ". L'article L. 2542-4 du même code prévoit que : " () Le maire a également le soin : 1° De réprimer les délits contre la tranquillité publique, tels que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les bruits, y compris les bruits de voisinage, et attroupements nocturnes qui troublent le repos des citoyens (). ".
4. Le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage des pouvoirs de police que lui confèrent les dispositions précitées n'est entaché d'illégalité que dans le cas où, en raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publique, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales.
5. En l'espèce, la requérante se plaint de nuisances sonores et de troubles à la sécurité publique causées par l'exploitation du restaurant " Chez Yudum ". Ces nuisances seraient caractérisées par des éclats de voix, heurts entre personnes en état d'ivresse, bruits de moteur et de musique, rixes, et bruits de pétard le 31 décembre, un non-respect de la réglementation, des entraves à la circulation de rue. Toutefois, la requérante, par les pièces qu'elle produit, ne justifie pas de la réalité du caractère excessif des nuisances qu'elle invoque. Tout d'abord, la fermeture de l'établissement à 1h30 du matin ne constitue pas une exception mais constitue l'heure de fermeture de droit commun des débits de boissons en application de l'arrêté du 2 août 2011. En outre, le seul témoignage produit concernant le non-respect de cet horaire de fermeture n'est pas suffisant alors au demeurant que son auteur habite à Sélestat. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la police municipale a constaté à de nombreuses reprises que les horaires de fermeture de l'établissement étaient respectés. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'établissement vendrait des cigarettes à l'unité. Les allégations concernant les personnes en état d'ébriété ne sont pas plus établies alors que la police municipale, qui a multiplié les rondes dans ce secteur, en raison des sollicitations fréquentes de la requérante, n'a relaté aucun incident de cette nature. Si des nuisances sonores liées à l'existence de ce type de restaurant existent nécessairement, ainsi qu'il ressort notamment des captations vidéo et des témoignages produits par la requérante, il n'est pas établi qu'elles créeraient une situation particulièrement dangereuse pour la tranquillité publique. En outre, une partie de ces nuisances sont dues à l'importante circulation inhérente à la route de d'Oberhausbergen. Ensuite, contrairement à ce que Mme B soutient, les représentants institutionnels n'ont pas reconnu les nuisances mais, à la suite des nombreuses sollicitations de la requérante, ont mis en place des mesures de surveillances policières qui n'ont donné lieu à aucun constat particulier. Enfin les atteintes à la sécurité publique invoquées ne sont pas davantage établies. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, faute d'établir la réalité des nuisances en litige, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la maire de la commune de Strasbourg a méconnu ses obligations légales telles qu'exposées au point 3. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du maire de la commune de Strasbourg en tant qu'elle refuse de prendre des mesures de police doivent être rejetées :
En ce qui concerne le rejet de la demande préalable d'indemnisation :
6. La décision implicite par laquelle le maire de la commune de Strasbourg a rejeté la réclamation indemnitaire préalable de Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux au regard de l'objet de la requête de cette dernière, qui, en formulant les conclusions susvisées, a donné à l'ensemble de cette requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, Mme B doit être regardée comme ayant seulement présenté des conclusions indemnitaires contre la commune de Strasbourg. Il s'ensuit que la requérante ne peut utilement demander l'annulation de la décision implicite rejetant sa demande indemnitaire préalable.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que la maire de la commune de Strasbourg n'a commis aucune faute en s'abstenant de mettre en œuvre ses pouvoirs de police pour faire cesser des troubles à l'ordre public dont serait à l'origine l'exploitation du restaurant " chez Yudum ". Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires de Mme B ne peuvent qu'être rejetées.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B aux fins d'annulation et d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Strasbourg présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Strasbourg présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
Mme Bronnenkant, première conseillère,
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2025.
La rapporteure,
H. BRONNENKANT
Le président,
C. CARRIERLa greffière,
S. MICHON
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2400328
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête en excès de pouvoir visant à annuler l'arrêté préfectoral autorisant l'usage de drones pour filmer le marché de Noël 2023. La juridiction a jugé que la mesure, prise sur le fondement de l'article L. 242-5 du code de la sécurité intérieure pour prévenir les atteintes à l'ordre public et les actes de terrorisme, était proportionnée et ne portait pas d'atteinte disproportionnée aux libertés publiques, notamment au droit au respect de la vie privée. Le tribunal a également estimé que l'obligation d'information du public était satisfaite et a rejeté la demande d'injonction de production de la notice d'usage des drones.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2402852
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B... visant à annuler le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que le retard de plus de 90 jours dans le dépôt de sa demande d'asile, sans motif légitime justifié, rendait légal le refus de l'allocation. La décision s'appuie principalement sur les dispositions de l'article L. 552-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
07/04/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2400494
**Sujet principal** : Recours en excès de pouvoir contre une pénalité financière infligée par la CPAM à un opticien pour manquement aux règles de distribution de l'offre « 100% santé ». **Juridiction** : Tribunal Administratif de Strasbourg (5e chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la SARL et confirme la pénalité. Il écarte les moyens de la société, notamment le vice de procédure (l'opticien avait bien été invité à présenter ses observations) et l'argument d'une régularisation ultérieure, sans incidence sur le constat du manquement. **Textes appliqués** : Articles L. 165-1-4 et R. 165-86 du code de la sécurité sociale, ainsi que l'arrêté du 3 décembre 2018 fixant les règles de présentation de l'offre.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2507696
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral ordonnant l'obligation de quitter le territoire français (OQTF), la fixation d'un pays de renvoi et une interdiction de retour à l'encontre de deux ressortissants géorgiens. Le tribunal a constaté le désistement pur et simple des requérants, intervenu après le rejet de leur demande d'asile. En conséquence, il a donné acte de ce désistement, mettant ainsi fin à l'instance sans examen du fond de l'affaire.
07/04/2026