Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2024, la SARL L’œil des potiers anciennement dénommée Les lunettes d’Aurélie, demande au tribunal d’annuler la décision du 21 décembre 2023 par laquelle le directeur de la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) du Bas-Rhin lui a infligé une pénalité financière d’un montant de 4 403 euros.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure en l’absence d’invitation à présenter des observations écrites et orales ;
- les mesures nécessaires ont été prises à la suite du contrôle réalisé le 25 mai 2023 pour corriger l’anomalie relative à la présentation de l’offre « 100% santé » ;
- le 8 juin 2023, la totalité des devis normalisés établis entre le 25 avril 2023 et le 25 mai 2023 a été transmis par voie sécurisée et l’examen de ces devis a confirmé leur conformité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2025, la caisse primaire d’assurance maladie du Bas-Rhin, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu’elle n’a pas été présentée par un avocat, en méconnaissance des dispositions de l’article R. 431-2 du code de justice administrative ;
- le moyen tiré du vice de procédure n’est pas fondé ;
- la régularisation, postérieurement au contrôle effectué, de la présentation de l’offre « 100% santé » est sans incidence sur l’appréciation du manquement ;
- la circonstance que la société requérante ait transmis les devis normalisés établis entre le 25 avril 2023 et le 25 mai 2023 est sans incidence dès lors que la pénalité infligée n’est pas fondée sur cette anomalie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- l’arrêté du 3 décembre 2018 portant modification des modalités de prise en charge de dispositifs médicaux et prestations associées pour la prise en charge d'optique médicale au chapitre 2 du titre II de la liste prévue à l'article L. 165-1 (LPP) du code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Muller, première conseillère,
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,
- les observations de Me Falala, représentant la CPAM du Bas-Rhin.
Considérant ce qui suit :
La SARL L’œil des potiers anciennement dénommée Les lunettes d’Aurélie exploite un magasin d’optique situé 14 rue de l’avenir, dans la commune de Betschdorf. A la suite d’un contrôle réalisé le 25 mai 2023, par deux agents agréés et assermentés de la CPAM du Bas-Rhin, révélant plusieurs anomalies, le directeur de la caisse a, par une décision du 21 décembre 2023, infligé à la société en cause une pénalité financière d’un montant de 4 403 euros, sur le fondement des dispositions de l’article L. 165-1-4 du code de la sécurité sociale. Par sa requête, la SARL L’œil des potiers anciennement dénommée Les lunettes d’Aurélie demande au tribunal d’annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 165-1-4 du code de la sécurité sociale : « I.-Les règles de distribution mentionnées au premier alinéa de l'article L. 165-1 peuvent comporter l'obligation, pour l'exploitant ou pour le distributeur au détail, de proposer et de disposer de certains produits ou prestations appartenant aux classes à prise en charge renforcée définies en application du deuxième alinéa du même article L. 165-1 / (…) IV.-Le directeur de l'organisme d'assurance maladie compétent peut prononcer à l'encontre du prescripteur, de l'exploitant ou du distributeur au détail, après que celui-ci a été mis en mesure de présenter ses observations, une pénalité financière : / 1° D'un montant maximal de 5 % du chiffre d'affaires hors taxes total réalisé en France en cas de méconnaissance des obligations mentionnées au I ; (…) ». Aux termes de l’article R. 165-86 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : « I.-Lorsque le directeur de l'organisme d'assurance maladie compétent envisage de prononcer une des pénalités prévues au IV de l'article L. 165-1-4, il en informe, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, le fabricant ou le distributeur concerné, en lui précisant les motifs pour lesquels une pénalité est envisagée. Dans le délai d'un mois suivant la réception de cette information, le fabricant ou le distributeur peut adresser ses observations écrites au directeur de l'organisme d'assurance maladie ou demander à être entendu par celui-ci ou par son représentant. / Le fabricant ou le distributeur est tenu de déclarer, dans le même délai, au directeur de l'organisme d'assurance maladie les éléments de son chiffre d'affaires nécessaires à la fixation de la pénalité (…) ».
D’autre part, l’article VI.2 de l’arrêté du 3 décembre 2018 portant modification des modalités de prise en charge de dispositifs médicaux et prestations associées pour la prise en charge d'optique médicale au chapitre 2 du titre II de la liste prévue à l'article L. 165-1 (LPP) du code de la sécurité sociale dispose que : « Présence d'un nombre minimum de montures de classe A au sein de chaque point de distribution / Chaque opticien-lunetier, qu'il soit physique ou virtuel en ligne, présente dans son point de vente au moins 35 montures de classe A pour adultes et de 20 montures de classe A pour enfants. / Pour satisfaire ce seuil, un même modèle de montures ne peut être comptabilisé que jusqu'à 2 fois, pour deux coloris différents. Au moins 17 modèles différents doivent être disponibles pour les adultes, et au moins 10 modèles différents pour les enfants. / L'ensemble de ces montures doivent être exposées au sein du point de vente, qu'il soit physique ou non, et accessibles au patient. / Si le point de vente est destiné exclusivement à la vente d'équipements pour les adultes, d'une part, ou pour les enfants (jusqu'à 16 ans), d'autre part, seules les obligations de présentation de lunettes respectivement pour les adultes, ou pour les enfants, sont applicables ».
En premier lieu, il résulte de l’instruction et en particulier de l’attestation de notification produite par la CPAM du Bas-Rhin, qu’a été remise en mains propres, le 23 juin 2023, à la salariée présente au magasin d’optique « Les lunettes d’Aurélie » qui a daté et signé le courrier remis, une lettre en date du 21 juin 2023 faisant état des anomalies constatées lors du contrôle effectué le 25 mai 2023 et précisant que ces anomalies exposaient la société à une pénalité financière d’un montant maximal de 5% du chiffre d’affaires hors taxes total réalisé en France conformément aux dispositions du IV de l’article L. 165-1-4 du code de la sécurité sociale. Cette lettre indiquait également que des observations écrites et orales pouvaient être présentées dans un délai d’un mois suivant sa réception. Par suite, le vice de procédure invoqué doit être écarté.
En deuxième lieu, il résulte de l’instruction et notamment du constat d’enquête administrative, en date du 25 mai 2023, dressé par des agents agréés et assermentés de la CPAM du Bas-Rhin, et sans que cela ne soit contesté par la société requérante, qu’aucune monture de classe A n’était exposée en magasin lors du contrôle, celles-ci se trouvant dans un tiroir, et qu’aucun affichage relatif à l’offre « 100% santé », visible et intelligible pour la clientèle, n’était présent en magasin. Par ailleurs, seules trente montures étaient disponibles en magasin pour les adultes et quatre l’étaient pour les enfants, en méconnaissance des dispositions de l’article VI.2 de l’arrêté du 3 décembre 2018 citées au point précédent. Enfin, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir de ce qu’à la suite du contrôle effectué le 25 mai 2023, une tour de présentation dédiée à l’offre « 100% santé », visible par l’ensemble des clients, a été installée dans le magasin. Par suite, eu égard aux manquements constatés, c’est à bon droit que le directeur de la CPAM du Bas-Rhin a prononcé à l’encontre de la société requérante une sanction sur le fondement du I de l’article L. 165-1-4 du code de la sécurité sociale.
En dernier lieu, la circonstance que la société requérante a transmis, le 8 juin 2023, la totalité des devis normalisés établis entre le 25 avril 2023 et le 25 mai 2023 et que l’examen de ces devis a confirmé leur conformité est sans incidence sur la légalité de la décision du 21 décembre 2023 lui infligeant une pénalité financière dès lors que le directeur de la CPAM du Bas-Rhin, qui a confirmé la conformité de ces devis par sa décision, ne s’est pas fondé sur cette anomalie pour prononcer la sanction en cause.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la société requérante n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision du 21 décembre 2023 lui infligeant une pénalité financière.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société L’œil des potiers anciennement dénommée Les lunettes d’Aurélie, une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la CPAM du Bas-Rhin et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société L’œil des potiers anciennement dénommée Les lunettes d’Aurélie est rejetée.
Article 2 : La société L’œil des potiers anciennement dénommée Les lunettes d’Aurélie versera à la CPAM du Bas-Rhin une somme de 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL L’œil des potiers et à la caisse primaire d’assurance maladie du Bas-Rhin.
Délibéré après l’audience du 19 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Carrier, président,
- Mme Bronnenkant, première conseillère,
- Mme Muller, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2026.
La rapporteure,
P. MULLERLe président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,