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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303246

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303246

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303246
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET MONHEIT-ANDRE-MAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, la communauté de communes du pays de Saverne, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et associés, demande au juge des référés de prescrire une expertise en vue de déterminer les causes des désordres affectant la maison de l'enfance à Marmoutier, et d'évaluer les préjudices en résultant.

Elle soutient qu'après réception des travaux plusieurs désordres ont été constatés, notamment des infiltrations d'eau, des fissures sur cloisons, des défaillances du chauffage et de la chaudière et diverses autres non-conformités.

Par un mémoire, enregistré le 26 mai 2023, la SAS Etablissements Houlle, représentée par Me Loescher :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) conclut au rejet de la requête.

Par un mémoire, enregistré le 1er juin 2023, la société SNEF demande à ce qu'une procédure de médiation soit mise en œuvre.

Par un mémoire, enregistré le 7 juin 2023, la S.N.C L'Auxiliaire, représentée par Me Kessler :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) demande que les frais d'expertise et les dépens soient mis à la charge de la requérante.

Par un mémoire, enregistré le 8 juin 2023, la société Menuiserie Jung et la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles du Grand Est Groupama Grand Est, représentées par Me Lounes :

1°) déclarent ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de leur mise en cause ;

2°) demandent que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante.

Par un mémoire, enregistré le 12 juin 2023, la Sarl Agence MW, représentée par Me Andre, déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de leur mise en cause.

Par un mémoire, enregistré le 16 juin 2023, la Mma Iard et la Mma Iard Assurances mutuelles, en qualité d'assureur de la société Schreiber et de la société Houlle, représentées par Me Kappler :

1°) déclarent ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, à titre principal, tous droits et moyens réservés ;

2°) à titre subsidiaire, concluent au rejet de la requête en ce qu'elle est dirigée contre elles en leur qualité d'assureur de la société IG Consultant.

Par deux mémoires, enregistrés les 22 et 26 juin 2023, la société Sa Snef, représentée par Me Freeman-Hecker :

1°) demande au tribunal de prendre acte de ce que la société XL Insurance Company Se intervient volontairement en tant qu'assureur de la société Sa Snef, en lieu et place de Axa France Iard ;

2°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de leur mise en cause.

Par un mémoire, enregistré le 27 juin 2023, la société MH Ingénierie et la compagnie Acte Iard, représentées par Me Deleau :

1°) déclarent ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de leur mise en cause ;

2°) demandent que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante.

Par un mémoire, enregistré le 29 juin 2023, la Smabtp représentée par Me Rivera :

1°) conclut, à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de leur mise en cause ;

3°) de mettre à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles ;

4°) demande à ce que les dépens soient mis à la charge de la requérante.

Par un mémoire, enregistré le 7 juillet 2023, la société Schreiber, représentée par Me Kappler, déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause.

Par un mémoire, enregistré le 9 août 2023, la société Dekra Industrial, représentée par Me Chautemps déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de leur mise en cause.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La Communauté de communes du pays de Saverne a entrepris une opération de construction d'une maison de l'enfance à Marmoutier. La maitrise d'œuvre a été confiée à un groupement solidaire composé de plusieurs sociétés. La Communauté de communes du pays de Saverne expose qu'après réception des travaux, elle aurait constaté plusieurs désordres, notamment des infiltrations d'eau à plusieurs endroits, des fissures sur cloisons et murs, des défaillances de chauffage et de chaudière, diverses non-conformités, ainsi que des difficultés sur le système de pilotage à distance du chauffage. Elle demande donc au juge des référés que soit désigné un expert aux fins de déterminer les causes de ces désordres, et d'évaluer les préjudices qui en ont résulté.

Sur la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative: " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Les mesures d'expertise demandées par la Communauté de communes du pays de Saverne entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur l'intervention volontaire de la société XL Insurance Company Se :

4. La société XL Insurance Company Se demande à intervenir volontairement aux opérations d'expertise. En l'état de l'instruction, rien ne s'oppose à ce que ces opérations lui soient rendues communes et opposables afin qu'elle puisse faire valoir ses droits, sans préjuger de l'existence et de l'étendue de ceux-ci.

Sur les conclusions relatives à la mise en place d'une procédure de médiation :

5. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 4 octobre 2023, la société Maf en tant qu'assureur de la société Agence Mw, a refusé de donner son accord pour une procédure de médiation et que par un courrier du 5 octobre 2023, M. Muller, président de la communauté de communes du Pays de Saverne, a refusé de donner son accord pour une procédure de médiation. Par suite, il n'y a en tout état de cause pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Snef relatives à la mise en place d'une procédure de médiation.

Sur les conclusions relatives aux frais d'expertise :

6. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Dans les cas mentionnés au premier alinéa, il peut être fait application des dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-12-1 ".

7. Les dispositions précitées des articles R. 621-13 du code de justice administrative font obstacle à ce que le juge des référés mette les frais d'expertise à la charge de l'une ou l'autre des parties. Les demandes des sociétés Snc L'auxiliaire, Menuiserie Jung, Mh Ingénierie et Smabtp tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante sont prématurées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Ces dispositions font obstacle à ce que soient mises à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante, les sommes que réclament la société Smabtp au titre des frais irrépétibles.

O R D O N N E

Article 1er : M. B A, exerçant au 9 rue Gérard Mansion, Fleury (57420), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° se rendre sur les lieux, entendre les parties et retracer les faits connus de la conclusion du contrat à l'apparition des malfaçons et/ou désordres. Se faire communiquer tous documents utiles ;

3° décrire avec précision les malfaçons et/ou désordres affectant la maison de l'enfance à Marmoutier, indiquer leur date ou période d'apparition ;

4° dire si les malfaçons et/ou désordres constatés :

- affectent des éléments d'équipement, dissociables ou non, de l'ouvrage, ou le gros œuvre ;

- sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, ou s'ils sont susceptibles de le faire dans un délai prévisible, dans l'hypothèse où l'évolution des désordres en cause, qui n'auraient pas encore manifesté toute leur ampleur, apparaitrait inéluctable.

5°préciser la date éventuelle de réception des travaux, les réserves formulées, leur teneur et la date de levée des réserves ;

6° préciser si les malfaçons et/ou désordres constatés étaient soit connus soit apparents, à la date de la réception ;

7° donner un avis motivé sur chaque cause/origine des malfaçons et/ou désordres dont s'agit, puis sur la part incombant à chaque partie, en précisant si elle est imputable aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution, ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'immeuble endommagé et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ; fournir tous éléments de fait et techniques sur les éventuelles responsabilités encourues ;

8°préciser les liens contractuels unissant les parties, rassembler les documents contractuels du marché, dire si les malfaçons et/ou désordres constatés résultent de/ou sont constitutifs d'une non-conformité aux clauses contractuelles ;

9°déterminer si, compte-tenu des circonstances de l'espèce, des données techniques disponibles et de ses compétences propres, chaque partie a accompli les tâches et diligences qui lui étaient dévolues, conformément aux règles de l'art ;

10° indiquer les travaux éventuels à réaliser d'urgence, dans l'hypothèse où les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des personnels ou des usagers ;

11° estimer le coût des travaux de reprise des désordres/malfaçons, incluant si nécessaire les frais de maîtrise d'œuvre, en recueillant le cas échéant les propositions des parties ; préciser la plus-value éventuelle apportée à l'ouvrage par ces travaux ;

12° d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : A tout moment au cours de sa mission, l'expert pourra proposer au juge des référés une médiation entre les parties.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 1er août 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté de communes du pays de Saverne, aux sociétés XL Insurance, à Smabtp, à Mma, à la société établissement Houlle, à Axa France, à Snef, à l'Auxiliaire assureur, à Me Koch mandataire judiciaire de la société Cilia Sn, à Allianz Iard, à la société Decobat, à Crama Groupama Grand Est, à la société Menuiserie Jung, à Soprema Entreprise, à la société Schreiber, à la société Dekra Industrial, à Iard Assurance, à Mma Iard, à Acte Iard, à la Maf, à la société IG Consultant, à la société Mh Ingenierie, à l'Agence MW et à M. B A, expert.

Fait à Strasbourg, le 20 octobre 2023.

Le juge des référés,

X. FAESSEL

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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