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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303260

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303260

lundi 27 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303260
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantGASIMOV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, M. A B, représenté par Me Gasimov, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 31 441,46 euros procédant de la saisie administrative à tiers détenteur notifiée le 21 février 2023 à Sodexo Pass France Pass restaurant, Endered France Ticket restaurant, UP SA Scop et Banque CIC Est AG Neudort, pour avoir paiement de rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes du 1er juin 2016 au 31 décembre 2016, du 1er juillet 2016 au 31 juillet 2016, du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017, du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018, du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019, du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2020, du 1er juillet 2020 au 31 juillet 2020, et du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021, de cotisations de cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017, 2019, 2020 et 2021, et d'une amende fiscale mise à sa charge au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la saisie administrative à tiers détenteur n'est pas signée ;

- l'administration doit justifier de la délégation de signature dont doit bénéficier son signataire ;

- l'action en recouvrement est prescrite.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2023, le directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens soient mis à la charge de M. B.

Il fait valoir que :

- au regard des dispositions de l'article R. 281-5 du livre des procédures fiscales, les deux premiers moyens de la requête sont irrecevables ; à titre subsidiaire, ils sont infondés ;

- l'action en recouvrement n'est pas prescrite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,

- et les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est vu notifier une saisie administrative à tiers détenteur émise le 21 février 2023 par le comptable du service des impôts des entreprises de Strasbourg pour un montant de 31 441,46 euros notifiée également à Sodexo Pass France Pass restaurant, Endered France Ticket restaurant, UP SA Scop et Banque CIC Est AG Neudort, pour avoir paiement de rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes du 1er juin 2016 au 31 décembre 2016, du 1er juillet 2016 au 31 juillet 2016, du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017, du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018, du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019, du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2020, du 1er juillet 2020 au 31 juillet 2020, et du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021, de cotisations de cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017, 2019, 2020 et 2021, et d'une amende fiscale mise à sa charge au titre de l'année 2015. Par la présente requête, il demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme procédant de cette saisie administrative à tiers détenteur.

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / (). / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; / () ".

3. En premier lieu, M. B soutient que la saisie administrative à tiers détenteur n'est pas signée par l'agent dont le nom figure sur l'acte de saisie et que l'administration doit justifier la délégation de signature dont il doit bénéficier. Ces moyens, qui portent sur la régularité en la forme de cet acte, relèvent, en application des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, de la seule compétence du juge de l'exécution et ne peuvent dès lors qu'être écartés.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales applicable jusqu'au 1er janvier 2022 : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable ". Aux termes du même article applicable depuis le 1er janvier 2022 : " Sauf dispositions contraires et sous réserve de causes suspensives ou interruptives de prescription, l'action en recouvrement des créances de toute nature dont la perception incombe aux comptables publics se prescrit par quatre ans à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi du titre exécutoire tel que défini à l'article L. 252 A ".

5. Il résulte de l'instruction que les créances qui portent sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 ont fait l'objet respectivement d'une mise en demeure le 15 novembre 2017, le 15 novembre 2019, le 16 novembre 2020, le 15 octobre 2020 et le 15 octobre 2021. Ces mêmes créances relatives aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2016 et 2017 ont également fait l'objet de saisies administratives à tiers détenteur le 3 juillet 2020. Il en résulte, alors que M. B ne conteste pas les conditions de notification de ces actes, que le cours de la prescription de l'action en recouvrement de ces créances, interrompu à ces dates, courait respectivement jusqu'au 3 juillet 2024, au 15 novembre 2024, au 15 octobre 2024 et au 15 octobre 2025. Elles étaient ainsi toujours exigibles le 21 février 2023, date à laquelle la saisie administrative à tiers détenteur contestée a été notifiée.

6. Il résulte également de l'instruction que les créances qui portent sur les cotisations supplémentaires de cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017 et 2019 ont fait l'objet de mises en demeure de payer les 15 mai 2018 et 30 juin 2020 ainsi que d'une saisie administrative à tiers détenteur du 3 juillet 2020. Il en est de même, en tout état de cause, de la créance relative à l'amende fiscale mise à la charge du requérant en 2015. Il en résulte, alors que M. B ne conteste pas les conditions de notification de ces actes, que le cours de la prescription de l'action en recouvrement de ces créances, interrompu à ces dates, courait respectivement jusqu'au 3 juillet 2024. Elles étaient ainsi toujours exigibles le 21 février 2023, date à laquelle la saisie administrative à tiers détenteur contestée a été notifiée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

8. Enfin, les conclusions de l'administration tendant à la condamnation du requérant aux dépens doivent être rejetées comme dépourvues d'objet.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'administration relatives aux dépens sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,

Mme Laetitia Kalt, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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