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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303578

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303578

jeudi 3 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303578
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELAS DELOITTE SOCIETE D'AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de la SC Hefras contestant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés pour 2017 et 2018, issues d'une rectification de la valeur de titres apportés par un associé. L'administration fiscale avait déjà accordé un dégrèvement partiel de 17 370 euros sur les majorations pour manquement délibéré, dont le tribunal a donné acte du désistement. Sur le fond, le tribunal a jugé que l'administration avait méconnu les dispositions du 2 de l'article 38 du code général des impôts en ne justifiant pas suffisamment la valeur vénale retenue pour les titres, notamment en écartant la méthode par comparaison sans motif valable. En conséquence, il a prononcé la décharge des impositions restant en litige et a condamné l'État à verser 1 500 euros à la société au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 mai 2023 et le 24 janvier 2024, la SC Hefras, représentée par Me Frick, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge, en droits et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle demeure assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2017 et 31 décembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 20 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sur la procédure d'imposition : elle a été privée d'un débat oral et contradictoire ;

- sur le bien-fondé des impositions : c'est à tort que l'administration, qui a procédé à la correction de la valeur des titres apportés par M. A en 2016, a maintenu sa décision de ne pas recourir à la méthode par comparaison malgré l'abandon des rectifications envisagées à l'encontre de la SC Rofp ; à titre subsidiaire, elle aurait dû, dans le cadre de l'évaluation de la valeur patrimoniale, tenir compte de la fiscalité latente ; dans le cadre de l'évaluation de la valeur de productivité, le taux de capitalisation doit être majoré de l'incidence des frais de mutation correspondant aux droits d'enregistrement et tenir compte du taux de capitalisation observé à l'occasion de la cession d'une plateforme de messagerie à Maxéville ; à supposer même admise l'existence d'un écart significatif entre le prix de cession des titres et leur valeur vénale, il n'y pas eu d'intention d'accorder, de la part de M. A et de recevoir, de la part de la SC Hefras, une libéralité.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2023, le directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Le directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin fait valoir que :

- un dégrèvement de 17 370 euros, correspondant à la majoration des droits de 40% pour manquement délibéré sur les deux exercices, a été effectué le 14 décembre 2023 ;

- le surplus des conclusions de la requête est infondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,

- les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public,

- et les observations de Me Frick, pour la SC Hefras.

Considérant ce qui suit :

1. La SC Hefras, société détenue principalement par M. B A, a pour objet social la détention de tout portefeuille de valeurs mobilières et autres titres de placement. Aux termes d'un contrat d'apport du 9 novembre 2016 approuvé par les associés de la SC Hefras le 9 décembre 2016, M. B A a apporté à la société Hefras 250 parts de la SARL Actéon Immobilier, qu'il détenait à parts égales avec deux autres associés. A la suite de la vérification de la comptabilité de la SC Hefras, l'administration, considérant que la valeur de ces titres avait été volontairement minorée, a procédé à la correction de leur valeur pour y substituer leur valeur vénale et notifié à la SC Hefras, par une proposition de rectification du 11 janvier 2021 et suivant la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices 2017 et 2018. Dans sa réponse du 19 avril 2021 aux observations de la SC Hefras, l'administration a maintenu partiellement ces rectifications après avoir substitué un taux de capitalisation de 9,42% au taux initialement retenu de 5,5% pour l'évaluation de leur valeur de productivité. Ces rectifications ont ensuite été maintenues à la suite du recours hiérarchique de l'intéressée et le recours à l'interlocution départementale. La commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires, le 17 janvier 2022, a émis un avis partiellement favorable au maintien des rectifications, suivi par l'administration, après avoir augmenté le taux de décote pour non liquidité à 25%. Après mise en recouvrement des impositions supplémentaires intervenue le 8 avril 2022, la SC Hefras a adressé à l'administration une réclamation du 14 juin 2022 qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, la SC Hefras demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle demeure assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2017 et 31 décembre 2018.

Sur le désistement partiel :

2. Par décision du 14 décembre 2023, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a prononcé le dégrèvement des majorations des droits de 40% pour manquement délibéré infligées à la société requérante au titre des exercices clos les 31 décembre 2017 et 31 décembre 2018, à concurrence de 17 370 euros. Pour ce motif, la SC Hefras s'est désistée de ces conclusions. Ce désistement partiel étant pur et simple, rien ne fait obstacle à ce qu'il en soit donné acte.

Sur l'exception de non-lieu partiel à statuer :

3. Compte tenu du désistement mentionné au point précédent, les conclusions de l'administration tendant au non-lieu partiel à statuer compte tenu du dégrèvement opéré le 14 décembre 2023 sont dépourvues d'objet.

Sur les conclusions à fin de décharge et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

4. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés () ". Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III au même code : " Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. / Cette valeur d'origine s'entend : / () / b. Pour les immobilisations acquises à titre gratuit, de la valeur vénale ; c. Pour les immobilisations apportées à l'entreprise par des tiers, de la valeur d'apport () ". Il résulte de ces dispositions combinées que si les opérations d'apport sont, en principe, sans influence sur la détermination du bénéfice imposable, tel n'est toutefois pas le cas lorsque la valeur d'apport des immobilisations, comptabilisée par l'entreprise bénéficiaire de l'apport, a été volontairement minorée par les parties pour dissimuler une libéralité faite par l'apporteur à l'entreprise bénéficiaire. Dans une telle hypothèse, l'administration est fondée à corriger la valeur d'origine des immobilisations apportées à l'entreprise pour y substituer leur valeur vénale, augmentant ainsi l'actif net de l'entreprise dans la mesure de l'apport effectué à titre gratuit.

5. Par ailleurs, la valeur vénale des actions non admises à la négociation sur un marché réglementé doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession ou l'apport est intervenu. Cette valeur doit être établie, en priorité, par référence à la valeur qui ressort de transactions portant, à la même époque, sur des titres de la société, dès lors que cette valeur ne résulte pas d'un prix de convenance. Toutefois, en l'absence de transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur les titres de la même société ou, à défaut, de sociétés similaires, l'administration peut légalement se fonder sur l'une des méthodes destinées à déterminer la valeur de l'actif ou sur la combinaison de plusieurs de ces méthodes.

6. Pour évaluer la valeur des 250 titres détenus par M. A dans la SARL Actéon Immobilier et qu'il a apportés le 9 novembre 2016 à la SC Hefras, l'administration, après avoir écarté la méthode de comparaison, a procédé à l'évaluation de leur valeur patrimoniale et de leur valeur de productivité. L'administration a écarté la méthode de comparaison au motif que l'apport fait le 30 octobre 2015 à la SC Rofp par l'un des deux co-associés de M. A des 250 titres qu'il détenait également dans la SARL Actéon Immobilier, a été regardé comme étant également sous-évalué et dès lors non pertinent. Pour ce motif d'ailleurs, la SC Rofp, a fait l'objet d'une procédure de rectification. Les rectifications envisagées ont cependant été abandonnées, suivant un courrier du 22 juin 2022 adressé à cette société par l'interlocuteur départemental, au motif que dans son avis du 17 janvier 2022 intéressant la SC Hefras, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a estimé qu'il y avait lieu d'augmenter le taux de décote pour non liquidité des titres de la SARL Actéon Immobilier à 25% et que l'application de ce taux de décote aux 250 titres de cette dernière société apportés à la SC Rofp " aboutit à un écart peu significatif entre la valeur vénale initiale et la valeur réévaluée par le service ". Si l'administration fait valoir que, malgré l'abandon des rectifications, l'apport du co-associé de M. A à la SC Rofp est toujours considéré comme sous-évalué, ou encore que cet apport est d'une valeur supérieure à celle retenue par M. A, elle ne fait cependant état d'aucune circonstance dont il résulterait que les deux apports des titres de la SARL Actéon Immobilier, séparés de quelques mois, n'auraient pas été réalisés dans des conditions équivalentes. Par conséquent, la SC Hefras est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration n'a pas, conformément aux exigences rappelées au point précédent, apprécié la valeur vénale des titres apportés par M. A en priorité par référence à la méthode de comparaison et à obtenir, pour ce motif, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle demeure assujettie au titre des exercices 2017 et 2018.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SC Hefras et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 : Il est donné acte du désistement de la SC Hefras de ses conclusions tendant à la décharge des pénalités pour manquement délibéré infligées au titre des exercices clos les 31 décembre 2017 et 31 décembre 2018.

Article 2 : Les conclusions de l'administration relatives au non-lieu partiel à statuer sont rejetées.

Article 3 : La SC Hefras est déchargée, en droits et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle demeure assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2017 et 31 décembre 2018.

Article 4 : L'Etat versera à la SC Hefras une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SC Hefras et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,

Mme Laetitia Kalt, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2025.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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