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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303884

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303884

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303884
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP DUBOIS - MARRION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 6 et 27 juin 2023, Mme B C, représentée par Me Mahfoud, demande à la juge des référés :

1°) de prescrire une expertise en vue de déterminer les conditions de sa prise en charge respective au sein des centres hospitaliers de Sarrebourg et Nancy à compter du 5 mai 2020 et d'évaluer les préjudices résultant de celles-ci ;

2°) que les opérations d'expertise soient confiées à un expert spécialisé en chirurgie viscérale et digestive ;

3°) qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport en laissant un délai raisonnable aux parties pour produire leurs observations ;

4°) de rejeter la demande de mise hors de cause de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (" ONIAM " ci-après).

Elle soutient que sa prise en charge par le Centre Hospitalier de Sarrebourg, dans un premier temps, suite à des douleurs abdominales en lien avec une cholécystite aigue, puis par le Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy, dans un second temps, lui a causé divers préjudices et que les responsabilités des deux centres sont susceptibles d'être engagées. Elle ajoute également que la mise hors de cause demandée par l'ONIAM est prématurée et que seule une expertise médicale permettra d'apprécier la réunion des critères de saisine de l'organisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, le Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy, représenté par Me Marrion :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) demande à ce qu'un expert spécialisé en chirurgie viscérale et digestive soit désigné ;

3°) sollicite la production, par l'organisme social de la requérante, avant le début des opérations d'expertise, de son relevé de débours et frais médicaux et définitif ;

4°) demande que les frais d'expertise soit pris en charge par la requérante ;

5°) rejette le surplus des écritures de Mme C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Meurthe-et-Moselle déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, le Centre Hospitalier de Sarrebourg, représenté par Me Joly :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés ;

2°) demande à ce qu'un expert spécialisé en chirurgie viscérale et digestive soit désigné ;

3°) sollicite la production, par l'organisme social de la requérante, avant le début des opérations d'expertise, de son relevé de débours et frais médicaux actuels et futurs prévisibles ainsi que l'attestation d'imputabilité ;

4°) demande que l'avance sur les frais d'expertise soit prise en charge par la requérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, l'ONIAM, représenté par Me Saidji :

1°) demande, à titre principal, sa mise hors de cause ;

2°) déclare, à titre subsidiaire, ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

3°) demande que soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport en laissant un délai raisonnable aux parties pour produire leurs observations.

L'ONIAM soutient d'une part, qu'il n'a pas vocation à intervenir dans la mesure où les préjudices subis par la requérante n'atteignent pas les seuils de gravité exigés par l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, pour l'intervention de l'organisme, dès lors qu'elle ne justifie pas d'un déficit fonctionnel temporaire au taux supérieur ou égal à 50% pendant six mois consécutifs ou non consécutifs sur une période de 12 mois, qu'elle était retraitée au moment des faits et ne justifie donc pas d'arrêts d'activité professionnelle ou d'incapacité de travail, qu'elle ne justifie pas d'un déficit fonctionnel permanent supérieur à 10% et qu'elle n'a pas subi de troubles particulièrement graves. D'autre part, l'ONIAM fait valoir que la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Lorraine s'est déclarée incompétente au motif que les conditions relatives au caractère de gravité n'étaient pas réunies et que ces seuils fondant la compétence de la CCI sont identiques à ceux de l'ONIAM.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été admise le 5 mai 2020 au sein du Centre Hospitalier de Sarrebourg suite à des douleurs abdominales liées à une cholécystite aigüe. Le traitement médical initialement administré n'étant pas suffisant, une cholécystectomie sous cœlioscopie a été réalisée le 7 mai 2020 au sein du même centre. Il ressort du compte-rendu opératoire qu'une laparotomie a été rendue nécessaire suite à l'apparition d'une plaie et d'une section du cholédoque. La requérante a par la suite été transférée au sein du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy pour la reconstruction de ses voies biliaires où elle est restée hospitalisée du 7 au 27 mai 2020, avec une intervention chirurgicale effectuée dès son admission. Elle expose avoir été à nouveau hospitalisée au sein du Centre Régional Hospitalier Universitaire de Nancy, du 19 au 20 juin 2020, du fait de douleurs abdominales persistantes et de troubles de transit qui l'ont conduite à saisir la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Lorraine (CCI), qui a rejeté sa demande par décision du 17 mars 2023, au motif que le seuil de gravité n'était pas atteint. C'est dans ces conditions que la requérante demande à la juge des référés d'ordonner une expertise médicale afin de déterminer les conditions de sa prise en charge au sein du Centre Hospitalier de Sarrebourg puis du Centre Régional Hospitalier Universitaire de Nancy, et plus particulièrement les circonstances ayant entraîné la section du cholédoque dans le cadre de la première intervention chirurgicale au sein du Centre Hospitalier de Sarrebourg, puis, le cas échéant, d'en évaluer les préjudices en résultant.

Sur la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. La mesure d'expertise demandée par Mme C entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de mise hors de cause de l'ONIAM :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ".

5. Au soutien de sa demande de mise hors de cause, l'ONIAM fait valoir que la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Lorraine s'est déclarée incompétente au motif que les conditions relatives au caractère de gravité n'étaient pas atteintes et que ces seuils fondant la compétence de la CCI sont identiques à ceux de l'ONIAM. Il soutient également que les préjudices subis par la requérante n'atteignent pas les seuils de gravité exigés par l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, pour l'intervention de l'organisme, dès lors qu'elle ne justifie pas d'un déficit fonctionnel temporaire au taux supérieur ou égal à 50% pendant six mois consécutifs ou non consécutifs sur une période de 12 mois, qu'elle était retraitée au moment des faits et ne justifie donc pas d'arrêts d'activité professionnelle ou d'incapacité de travail, qu'elle ne justifie pas d'un déficit fonctionnel permanent supérieur à 10% et qu'elle n'a pas subi de troubles particulièrement graves. Toutefois, il apparaît qu'aucune expertise amiable n'a été diligentée dans le cadre de cette procédure permettant d'établir si les seuils de gravité nécessaires pour bénéficier de la solidarité nationale sont atteints. Par suite et en l'état de l'instruction, la participation de l'ONIAM aux opérations d'expertise, qui ne saurait préjuger de sa responsabilité, n'apparaît pas inutile. Il y a lieu, dès lors, de rejeter la demande de l'ONIAM tendant à sa mise hors de cause.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie de la Meurthe-et-Moselle la production du relevé de ses frais et débours et l'attestation d'imputabilité avant le commencement de l'expertise :

6. Il résulte de l'instruction qu'à ce stade de la procédure, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et- Moselle ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle qu'elle est fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de solliciter, s'il l'estime nécessaire, la communication du relevé détaillé des débours et frais médicaux en lien avec la prise en charge de Mme C. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy et du Centre Hospitalier de Sarrebourg tendant à la communication du relevé et de l'attestation d'imputabilité.

Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport :

7. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions des parties tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune d'elles sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées, sans que le rejet de cette demande ne fasse obstacle à ce que l'expert établisse un pré-rapport soumis au contradictoire des parties s'il l'estime utile, sur le fondement de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Sur les conclusions relatives aux avances sur les frais d'expertise :

8. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction [] peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations [].

9. En l'absence d'allocation provisionnelle ordonnée par la présente décision, la demande du Centre Hospitalier de Sarrebourg est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

Sur les conclusions relatives aux frais d'expertise :

10. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Dans les cas mentionnés au premier alinéa, il peut être fait application des dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-12-1 ".

11. La demande du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

O R D O N N E

Article 1er : Le Dr D A, chirurgien spécialisé en chirurgie digestive, exerçant au sein du Groupement hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace, à Mulhouse (68100), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

En ce qui concerne la prise en charge par le Centre Hospitalier de Sarrebourg :

2° décrire l'état de santé antérieur de Mme C, prendre connaissance de l'entier dossier médical relatif aux examens prodigués à Mme C au sein du Centre Hospitalier de Sarrebourg de façon chronologique ; convoquer contradictoirement tous sachants ;

3° décrire les conditions dans lesquelles Mme C a été admise et soignée au sein du Centre Hospitalier de Sarrebourg à compter du 5 mai 2020 ;

4° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues au sein de chaque centre hospitalier ;

5° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause ;

6° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

7° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

8° se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable au Centre Hospitalier de Sarrebourg ;

9° dans l'hypothèse d'une infection, dire si celle-ci peut être qualifiée de nosocomiale ainsi que préciser le moment et le lieu de sa contraction, dire si l'ensemble des mesures d'asepsie ont été prise et si cette infection aurait pu être évitée ; distinguer dans les préjudices ceux en rapport exclusif avec cette infection à l'exclusion des séquelles imputables à l'état initial de la patiente ou à d'autres causes ou pathologies ;

10° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

11° déterminer si l'acte médical a entraîné des conséquences notamment plus graves que les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ;

12° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente et à sa famille sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

13° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à Mme C une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

14° en cas de retard de diagnostic, établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi chirurgical a été conforme aux règles de l'art médical ;

15° se prononcer sur l'existence de tout préjudice (physique, moral, esthétique, sexuel) subi, par Mme C résultant des potentiels manquements du Centre Hospitalier de Sarrebourg; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent résultant de ces séquelles et de ces manquements ;

16° indiquer si l'état de santé de Mme C justifiait lors de la consolidation ou justifie encore aujourd'hui l'assistance d'une tierce personne de façon constante ou occasionnelle, spécialisée ou non, en décrivant les besoins, et se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, ou autres fournitures particuliers pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ;

17° déterminer les frais médicaux et débours (assistance d'une tierce personne, appareillages, fournitures, soins particuliers) en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement du Centre Hospitalier de Sarrebourg, en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;

18° donner un avis médical sur la possibilité ou non pour Mme C de continuer à se livrer à des activités spécifiques de sport et de loisir.

En ce qui concerne la prise en charge le Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy :

19° décrire l'état de santé antérieur de Mme C, prendre connaissance de l'entier dossier médical relatif aux examens prodigués à Mme C au sein du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy de façon chronologique ; convoquer contradictoirement tous sachants ;

20° décrire les conditions dans lesquelles Mme C a été admise et soignée au sein du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy à compter du 7 mai 2020 ;

21° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues au sein de chaque centre hospitalier ;

22° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause ;

23° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

24° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

25° se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable au Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy ;

26° dans l'hypothèse d'une infection, dire si celle-ci peut être qualifiée de nosocomiale ainsi que préciser le moment et le lieu de sa contraction, dire si l'ensemble des mesures d'asepsie ont été prise et si cette infection aurait pu être évitée ; distinguer dans les préjudices ceux en rapport exclusif avec cette infection à l'exclusion des séquelles imputables à l'état initial de la patiente ou à d'autres causes ou pathologies ;

27° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

28° déterminer si l'acte médical a entraîné des conséquences notamment plus graves que les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ;

29° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente et à sa famille sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

30° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à Mme C une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

31° en cas de retard de diagnostic, établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi chirurgical a été conforme aux règles de l'art médical ;

32° se prononcer sur l'existence de tout préjudice (physique, moral, esthétique, sexuel) subi, par Mme C résultant des potentiels manquements du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy ; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent résultant de ces séquelles et de ces manquements ;

33° indiquer si l'état de santé de Mme C justifiait lors de la consolidation ou justifie encore aujourd'hui l'assistance d'une tierce personne de façon constante ou occasionnelle, spécialisée ou non, en décrivant les besoins, et se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, ou autres fournitures particulières pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ;

34° déterminer les frais médicaux et débours (assistance d'une tierce personne, appareillages, fournitures, soins particuliers) en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;

35° donner un avis médical sur la possibilité ou non pour Mme C de continuer à se livrer à des activités spécifiques de sport et de loisir.

En ce qui concerne l'imputabilité des préjudices et la consolidation :

36° déterminer si les préjudices constatés ont un rapport avec l'état initial de Mme C, ou l'évolution prévisible de cet état ;

37° le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité avec la prise en charge par le Centre Hospitalier de Sarrebourg, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec une pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure, et la part du préjudice présentant un lien de causalité avec la prise en charge par le Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy, ou avec d'autres cause ;

38° dire si l'état de santé de Mme C est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 30 juin 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à la caisse primaire d'assurance de Meurthe-et-Moselle, au Centre Hospitalier de Sarrebourg, au Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et au Dr. D A, expert.

Fait à Strasbourg, le 14 décembre 2023.

La juge des référés,

A. DULMET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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