jeudi 24 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2304144 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET GALLAND YANNICK & KIEFFER EMMANUEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juin 2023 et 20 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Galland, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre de perception du 31 août 2022 émis à son encontre par le directeur départemental des finances publiques (DDFIP) de la Moselle en vue de recouvrer la somme de 53 771,28 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable formé le 31 octobre 2022 ;
2°) subsidiairement, de ramener le montant du titre de perception en litige à la somme de 12 546,76 euros ;
3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice, augmentée des intérêts moratoires à compter du 31 octobre 2022 et de leur capitalisation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le titre de perception ne comporte pas les mentions obligatoires comprises à l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le montant du titre de perception est erroné ;
- l'administration a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice qu'il convient de réparer pour un montant de 10 000 euros ;
- le juge administratif peut ramener le montant du titre de perception à un plus faible montant en cas de faute de l'administration ;
- le courrier l'informant de la reprise de l'indu versé est un acte préparatoire du titre de perception ;
- le montant de la somme qui lui est réclamée doit être ramenée à la somme de 12 546,76 euros.
Par un mémoire enregistré le 18 août 2023, le ministre de l'intérieur fait valoir qu'il n'est pas compétent pour défendre dans cette instance, la requête devant en l'espèce être communiquée au préfet de la zone de défense et de sécurité Est en application de l'article R. 431-10 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2024, le préfet de la zone de défense Est conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cormier, rapporteur,
- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Galland, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, brigadier de la police nationale, a été mis à disposition de la mission de police de l'Union européenne au Niger pour une durée de deux ans à compter du 20 septembre 2019, prolongée pour une durée d'une année le 20 septembre 2020. Par un courrier du 17 mai 2022, il a été informé qu'en raison de sa reprise de fonctions au RAID de Strasbourg à compter du 19 septembre 2021 jusqu'au 30 décembre 2021, puis de son détachement à compter du 1er janvier 2022, il n'avait plus droit à l'indemnité de résidence (IRE) à l'étranger à compter du 19 septembre 2021, ni à son traitement et ses primes à compter du 1er janvier 2022. Ce courrier l'informait également que son montant d'IRE depuis son départ du Niger était supérieur à ce qu'il aurait dû percevoir et que sa situation devait être régularisée à compter du 1er mai 2020. Par une demande du 21 juin 2022, réceptionnée le 27 juin 2022, M. B a formé auprès du préfet de la zone de défense Est une demande préalable tendant au versement d'une indemnité de 8 000 euros en réparation du préjudice subi lié à l'erreur commise par l'administration. En l'absence de réponse dans un délai de deux mois, une décision implicite de rejet est née. Le 31 août 2022, un titre de perception a été émis à l'encontre de M. B pour un montant de 53 771,28 euros. Le 31 octobre 2022, l'intéressé a formé un recours préalable auprès du comptable chargé du recouvrement du titre de perception. Ce recours a été réceptionné le 4 novembre 2022. Par un courrier du même jour, le DDFIP de la Moselle l'a informé de la transmission de son recours à l'Établissement national de la Solde. En l'absence d'une réponse dans un délai de six mois, une décision implicite de rejet est intervenue. Par sa requête, M. B demande l'annulation du titre de perception, ensemble celle du rejet de son recours administratif préalable, ainsi que la condamnation de l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la défense s'agissant des conclusions indemnitaires :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / (). ". Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 2° Lorsque la demande () présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents. ". Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception (). ". Aux termes de l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation (). ". Toutefois, selon les termes de l'article L. 112-2 du même code : " Les dispositions de la présente sous-section ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. ".
3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.
4. D'autre part, la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B a formé, le 21 juin 2022 une demande tendant au versement d'une indemnité de 8 000 euros en réparation de son préjudice lié au versement indu d'éléments de rémunération. Il n'est pas contesté que cette demande a été reçue le 27 juin 2022. Dès lors, une décision implicite de rejet liant le contentieux indemnitaire et attaquable en excès de pouvoir est née le 27 août 2022. M. B avait, par conséquent, jusqu'au 28 octobre 2022 pour former son recours juridictionnel. Les conclusions indemnitaires comprises dans la présente requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif le 15 juin 2023, sont ainsi tardives et ne peuvent qu'être rejetées comme étant irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation du titre de perception :
6. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Les dispositions du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoient que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation. ".
7. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'État doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Lorsque ce dernier document est signé, non par l'ordonnateur lui-même, mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénom et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de perception individuel.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le titre de perception individuel en litige est dépourvu de la signature de son auteur, M. C. Le préfet de la zone de défense Est et le ministre de l'intérieur, à qui la procédure a été communiquée, n'ont produit aucune observation en défense sur ce point avant la clôture de l'instruction. Dans ces conditions, en l'absence de production par l'administration de l'état récapitulatif des créances portant la signature de son auteur, M. B est fondé à soutenir que le titre en litige n'a pas été émis conformément aux dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré du vice de forme entachant le titre de perception en litige doit être accueilli.
9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le bien-fondé de la créance, que le titre de perception émis le 31 août 2022 doit être annulé, ensemble la décision implicite rejetant la réclamation formée par M. B le 31 octobre 2022.
Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le titre de perception émis le 31 août 2022, ainsi que la décision implicite portant rejet du recours gracieux présenté le 31 octobre 2022 par M. B, sont annulés.
Article 2 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée préfet de la zone de défense Est et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
Mme Deffontaines, première conseillère,
M. Cormier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2025.
Le rapporteur,
R. CORMIER
Le président,
T. GROSLe greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026