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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304468

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304468

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304468
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET MONHEIT-ANDRE-MAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 23 juin et le 3 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Manla Ahmad, demande à la juge des référés :

1°) de prescrire une expertise en vue de déterminer les conditions de sa prise en charge au Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach du 23 mai au 28 mai 2021, et d'évaluer les préjudices résultant de celle-ci ;

2°) d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport en laissant un délai raisonnable aux parties pour produire leurs observations ;

3°) d'enjoindre à l'expert de déposer son rapport dans les 3 mois suivant sa désignation ;

4°) de mettre à la cause l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (" ONIAM " ci-après) ;

5°) de rejeter les conclusions du Centre Hospitalier Marie Madeleine de Forbach tendant à ce que l'avance sur les frais d'expertise soit mise à sa charge.

Elle soutient que :

- les troubles neurologiques dont elle est atteinte sont susceptibles de résulter d'un retard de diagnostic et de choix thérapeutiques erronés lors de sa prise en charge par le Centre Hospitalier de Marie-Madeleine de Forbach en mai 2021 ;

- ces troubles sont susceptibles de résulter de sa vaccination contre la Covid-19.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach, représenté par Me Mai :

1°) demande à ce que l'organisme social de la requérante soit mis en cause ;

2°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

3°) sollicite la production, par l'organisme social de la requérante, avant le début des opérations d'expertise, de son relevé de débours et frais médicaux et définitif ;

4°) demande que l'avance sur les frais d'expertise soit prise en charge par la requérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Birot :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) demande qu'un collège d'experts, composé d'un neurologue et d'un médecin spécialisé en médecine interne, soit désigné ;

3°) demande que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante.

Par une décision du 23 juin 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code la santé publique ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés

Considérant ce qui suit :

1. Il est constant que Mme C a été vaccinée contre la Covid-19 le 27 mars et 24 avril 2021. Elle indique avoir été hospitalisée du 23 au 28 mai 2021 au Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach pour un déficit moteur et des paresthésies du membre inférieur gauche. Elle fait valoir que sa prise en charge au Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach a été fautive dès lors que le diagnostic a été tardif et que des erreurs dans les choix thérapeutiques ont été commises et que la responsabilité du Centre Hospitalier peut être engagée. Mme C soutient également que les troubles qu'elle subit sont des effets indésirables résultant de sa vaccination contre la Covid-19. C'est dans ces conditions que Mme C demande à la juge des référés que soit prescrite une expertise pour déterminer si des manquements ont été commis dans sa prise en charge par le Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach du 23 au 28 mai 2023, si son état de santé est en lien avec sa vaccination contre la Covid-19 et d'évaluer, le cas échéant, les préjudices qu'elle subit.

Sur la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. La mesure d'expertise demandée par Mme C entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance, en appelant à la cause l'ONIAM et la CPAM de Meurthe-et-Moselle.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle la production du relevé de ses frais et débours avant le commencement de l'expertise :

4. Il résulte de l'instruction qu'à ce stade de la procédure, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle qu'elle est fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de solliciter, s'il l'estime nécessaire, la communication du relevé détaillé des débours et frais médicaux en lien avec la prise en charge de Mme C. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions du Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach tendant à la communication de ce relevé.

Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions de Mme C tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées, sans que le rejet de cette demande ne fasse obstacle à ce que l'expert établisse un pré-rapport soumis au contradictoire des parties s'il l'estime utile, sur le fondement de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à l'expert de produire un rapport dans un délai de trois mois :

6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert de produire son rapport dans un délai imparti. Il en résulte que les conclusions de la requérante tendant à ce que l'expert dresse son rapport et l'adresse dans un délai de trois mois sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux avances sur les frais d'expertise :

7. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction [] peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations []. "

8. En l'absence d'allocation provisionnelle ordonnée par la présente décision, la demande du Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

Sur les conclusions relatives aux frais d'expertise :

9. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Dans les cas mentionnés au premier alinéa, il peut être fait application des dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-12-1 ".

10. La demande de l'ONIAM tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

O R D O N N E

Article 1er : Dr A D, médecin neurologue, exerçant au 59 boulevard Pinel à Lyon (69394), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, dans le respect du secret médical, de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

En ce qui concerne la vaccination contre la Covid-19 :

2° se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme C et notamment tous documents relatifs à son suivi médical et à sa vaccination contre la Covid-19 ; convoquer contradictoirement tous sachants, dans le respect du secret médical ;

3° décrire l'état de santé de Mme C et les soins et prescriptions antérieurs à sa vaccination et notamment si son état était compatible avec une vaccination ;

4° décrire les conditions dans lesquelles ont été réalisées ses deux injections de vaccin, en précisant notamment le produit injecté et le numéro du lot au moment de la vaccination, et décrire précisément l'évolution de l'état de santé de Mme C après chaque injection de vaccin ;

5° préciser l'état de santé actuel de Mme C et se prononcer sur l'origine de cet état et notamment si la pathologie dont elle souffre a pu être provoquée par l'injection de vaccin ;

6° préciser l'existence de tout préjudice (physique, moral, esthétique, sexuel) subi, par Mme C en lien avec la vaccination ; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent résultant de ces séquelles et de ces manquements ;

7° indiquer si l'état de santé de Mme C justifiait lors de la consolidation ou justifie encore aujourd'hui l'assistance d'une tierce personne de façon constante ou occasionnelle, spécialisée ou non, en décrivant les besoins, et se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, ou autres fournitures particulières pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ;

8° déterminer les frais médicaux et débours (assistance d'une tierce personne, appareillages, fournitures, soins particuliers) en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement dans sa vaccination contre la Covid-19 en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;

9° donner un avis médical sur la possibilité ou non pour Mme C de continuer à se livrer à des activités spécifiques de sport et de loisir.

En ce qui concerne la prise en charge au Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach :

10° décrire l'état de santé de Mme C antérieur à sa prise en charge au sein du Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach : à cet effet, prendre connaissance de son entier dossier médical ; convoquer contradictoirement tous sachants, dans le respect du secret médical ;

11° décrire les conditions dans lesquelles Mme C a été admise et soignée au sein du Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach, à compter de mai 2021 ;

12° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues ;

13° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause ;

14° dire sur les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

15° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

16° se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable au Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach ;

17° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

18° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente et à sa famille sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

19° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à Mme C une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

20° en cas de retard de diagnostic, établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi chirurgical a été conforme aux règles de l'art médical ;

21° se prononcer sur l'existence de tout préjudice (physique, moral, esthétique, sexuel) subi, par Mme C résultant des potentiels manquements du Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach ; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent résultant de ces séquelles et de ces manquements ;

22° indiquer si l'état de santé de Mme C justifiait lors de la consolidation ou justifie encore aujourd'hui l'assistance d'une tierce personne de façon constante ou occasionnelle, spécialisée ou non, en décrivant les besoins, et se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, ou autres fournitures particulières pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ;

23° déterminer les frais médicaux et débours (assistance d'une tierce personne, appareillages, fournitures, soins particuliers) en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement du Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;

24° donner un avis médical sur la possibilité ou non pour Mme C de continuer à se livrer à des activités spécifiques de sport et de loisir.

En ce qui concerne l'imputabilité des préjudices subis et la consolidation :

25° déterminer si les préjudices constatés ont un rapport avec l'état initial de Mme C, ou l'évolution prévisible de cet état ;

26° le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité avec l'injection de vaccin, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec une pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure, et la part du préjudice présentant un lien de causalité avec la prise en charge par le Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach, ou avec d'autres cause ;

27° dire si l'état de santé de Mme C est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 30 juin 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à la caisse primaire d'assurance de Meurthe-et-Moselle, au Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et au Dr. A D, expert.

Fait à Strasbourg, le 12 décembre 2023.

La juge des référés,

A. DULMET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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