mercredi 14 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2304768 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL ABEILLE & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés le 6 juillet, le 28 septembre, les 8 novembre et 14 novembre 2023, le Syndicat mixte de transports et de traitement des déchets ménagers de Moselle-Est (ci-après " Sydeme "), représenté par Me Coumes, demande à la juge des référés :
1°) de prescrire une expertise en vue de déterminer les causes de l'incendie du crible à déchets utilisé pour faire face à la campagne annuelle de tri des déchets ;
2°) de réserver les dépens.
Il soutient que la mesure sollicitée est utile dès lors que le contrat conclu entre le Sydeme et la compagnie Balcia Insurance est un marché public de services couvrant les incendies des matériels, engins et outils divers utilisés par la personne publique, qu'à ce titre, la compagnie Balcia Insurance aurait dû accepter la prise en charge de la garantie du crible à déchets détruit dans l'incendie, qu'en outre, les causes de l'incendie ne sont pas clairement établies, les conclusions des experts étant divergentes.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 7 septembre, 26 octobre et 22 décembre 2023, la compagnie Balcia Insurance, représentée par Me Chadeyron :
1°) déclare s'opposer à l'expertise sollicitée en raison de l'absence d'utilité d'une telle mesure ;
2°) demande de mettre les dépens à la charge du Sydeme ;
3°) demande de mettre à la charge du requérant la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la mesure d'expertise sollicitée ne présente pas de caractère d'utilité dès lors qu'une expertise a été diligentée dans le cadre de la procédure amiable, au contradictoire de toutes les parties et a conclu à un manque de prévoyance du risque incendie imputable au Sydeme.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 19 décembre 2023, la société Sprinar Compotech, représenté par Me Metzger, demande à la juge des référés prescrire que l'expertise soit réalisée à son contradictoire.
Vu les pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
Sur les mesures d'expertise :
1. Il est constant que le Sydeme a conclu un bail sur un crible à déchets qui a subi un incendie le 10 août 2020 ayant eu pour conséquence sa destruction. Le Sydeme a déclaré ce sinistre à son assureur, la compagnie Balcia Insurance, le 16 décembre 2020. La compagnie a diligenté un expert qui a retenu, le 26 septembre 2022, que l'incendie avait trouvé son origine soit dans un acte de vandalisme, soit dans l'action d'un rongeur, soit plus probablement dans un feu de broussaille. Une expertise contradictoire en date du 20 octobre 2022 a été réalisée par le cabinet D. Trinquet afin de compléter la première. Celle-ci conclut à un manque de prévoyance du risque incendie imputable au Sydeme qui n'aurait pas réalisé le nettoyage des poudres résiduelles issues du broyage des végétaux entrés en contact avec le système d'échappement de la machine. Dès lors, le 24 mars 2023, la compagnie Balcia Insurance a décliné sa garantie. En conséquence, le 21 avril 2023, le Sydeme a sollicité le cabinet A.L.EX Expertise afin de réaliser une expertise complémentaire unilatérale. Cette expertise a mis en évidence que le crible avait été nettoyé la veille du sinistre et que l'incendie était probablement dû à la fermentation des déchets verts broyés et à la rupture de la liaison souple entre le réservoir de carburant et la tubulure d'amené de carburant au moteur. Toutefois, elle n'exclut pas un acte volontaire s'agissant de l'embrasement des déchets verts broyés. Le 12 juin 2023, Balcia Insurance a à nouveau décliné sa garantie soutenant que l'expertise réalisée par le Sydeme n'était pas contradictoire. C'est dans ces conditions que le Sydeme demande que soit désigné un expert aux fins de déterminer les circonstances de l'incendie ayant provoqué la destruction du crible.
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction.". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.
3. Pour contester l'utilité de la mesure, Balcia Insurance soutient que trois expertises amiables ont été réalisées, dont une au contradictoire de toutes les parties ; qu'en outre, les faits sont suffisamment établis pour que la solution du litige ne nécessite pas une nouvelle expertise.
Toutefois, il apparait que ces expertises présentent des conclusions divergentes et sont contestées par le requérant. Par ailleurs, une expertise amiable ne présente pas les mêmes garanties qu'une expertise judiciaire. Par suite, la mesure d'expertise sollicitée présente un caractère d'utilité pour déterminer les causes de l'incendie.
4. La mesure d'expertise sollicitée par le Sydeme entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R.532-1 du Code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur l'intervention volontaire de la société Sprinar Compotech :
5. La juge des référés peut être saisie de conclusions tendant à ce que l'expertise qu'il lui est demandé de prescrire soit réalisée au contradictoire de toute partie dont la participation est susceptible d'être utile, dès lors que le litige relève au moins partiellement de la juridiction administrative.
6. En l'occurrence, la société Sprinar Compotech, propriétaire du crible à déchets en cause, demande à intervenir volontairement aux opérations d'expertise. En l'état de l'instruction, rien ne s'oppose à ce que ces opérations lui soient rendues communes et opposables afin qu'elle puisse faire valoir ses droits, sans préjuger de l'existence et de l'étendue de ceux-ci.
7. Par suite, il apparait que la participation de la société Sprinar Compotech revêt le caractère d'utilité mentionné à l'article R.532-1 du Code de justice administrative. Il convient, dès lors, de faire droit à sa demande d'intervention.
Sur les conclusions relatives à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la compagnie Balcia Insurance la somme que réclame le requérant, le Sydeme.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
10. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ()en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'ordonnance est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. ()". Aux termes de l'article R. 761-4 dudit code : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par ordonnance du président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement ou, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué.() ". Aux termes de l'article R. 621-11 du même code : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. (.) ".
11. Il résulte de ces dispositions combinées que la détermination du montant des frais et honoraires d'expertises et de la personne à la charge de laquelle ces frais doivent être mis est effectuée par une ordonnance prise par le président du tribunal ou le magistrat qu'il désigne après la remise du rapport par l'expert.
12. Les demandes de la compagnie Balcia Insurance et du Sydeme relatives à la prise en charge des frais d'expertise sont prématurées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
O R D O N N E
Article 1er : M. A B, exerçant au 15 rue des frères Erberts à Strasbourg (67100), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;
2° se rendre sur les lieux de l'incendie et de conservation du crible détruit, entendre les parties ainsi que tous sachants, prendre connaissance de tous documents utiles ; donner tous éléments et établir tous plans, croquis ou schémas, produire des photos, utiles à la compréhension des faits de la cause ;
3° retracer les faits connus de la conclusion du contrat à l'incident ; détailler de façon précise la chronologie des faits ;
4° donner un avis motivé sur chaque cause/origine possible de l'incendie, en précisant s'il est imputable à la conception de l'ouvrage détruit , aux conditions de son utilisation et de son entretien, ou encore, à un élément extérieur échappant à la volonté des parties, et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant des parties ; fournir tous éléments de fait et techniques sur les éventuelles responsabilités encourues ; au cas où la détermination certaine des causes de l'incendie, apporter toutes précisions factuelles et techniques utiles permettant de déterminer la cause la plus probable ;
5° déterminer si, compte-tenu des circonstances de l'espèce, des données techniques disponibles et de ses compétences propres, chaque partie a accompli les tâches et diligences qui lui étaient dévolues, conformément aux règles de l'art ;
6° d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 2 : L'expertise interviendra au contradictoire de la société Sprinar Compotech.
Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.
Article 5 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.
Article 6 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.
Article 7 : À tout moment au cours de sa mission, l'expert pourra proposer au juge des référés une médiation entre les parties.
Article 8 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 31 août 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée au Syndicat mixte de transports et de traitement des déchets ménagers de Moselle-Est, à la compagnie Balcia Insurance Se, à la société Sprinar Compotech et à M. A B, expert.
Fait à Strasbourg, le 14 février 2024.
La juge des référés,
A. DULMET
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026