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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304822

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304822

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304822
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP SAIDJI-MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, M. E D et M. A D, en qualité d'ayants droits de M. B D, représentés par Me Thomann, doivent être regardés comme demandant à la juge des référés :

1°) de prescrire une expertise en vue de déterminer les conditions de la prise en charge de leur père, M. B D, par les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, et de déterminer l'origine des infections, et d'évaluer les préjudices en résultant ;

2°) d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport.

Ils soutiennent qu'une expertise est utile afin d'établir l'origine des infections subies par leur père et pour déterminer si une faute a été commise dans les conditions de sa prise en charge médicale et chirurgicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ci-après " ONIAM), représentés par Me Saidji :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) demande qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 et 18 décembre 2023, les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, représentés par Me Joly, déclarent ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. MM. A et E D exposent que leur père, M. B D, a connu des épisodes de volvulus du sigmoïde, à compter de mai 2019, traités par colo-exsufflation. Ils indiquent que leur père a été pris en charge, le 21 novembre 2019, à la Clinique Rhéna, où il a été opéré d'une résection recto-sigmoïdienne par laparotomie, et qu'à la suite de l'opération, il se trouvait en état de choc septique avec acidose métabolique et lactatémie. Il a alors été transféré aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Les requérants font valoir qu'aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, leur père a subi un arrêt cardiorespiratoire, qu'il a été dyalisé, et qu'il y a présenté un choc mixte septique et cardiogénique et plusieurs accidents vasculaires cérébraux. M. D est décédé le 20 décembre 2019. C'est dans ces conditions que les fils du défunt demandent à la juge des référés de prescrire une expertise en vue de déterminer l'origine des infections subies et les conditions de la prise en charge de leur père, M. B D, par les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, et d'évaluer, le cas échéant, les préjudices résultant de celle-ci.

Sur la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. La mesure d'expertise demandée par MM. A et E D entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance, au contradictoire des hôpitaux universitaires de Strasbourg, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et de la caisse primaire d'assurance du Bas-Rhin.

Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions des parties tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées, sans que le rejet de cette demande ne fasse obstacle à ce que l'expert établisse un pré-rapport soumis au contradictoire des parties s'il l'estime utile, sur le fondement de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : Dr F C, chirurgien viscéral et digestif, exerçant à Rue Ambroise Paré, à Saint-Avold (57502), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, dans le respect du secret médical, de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° décrire l'état de santé de M. D à son arrivée dans cet établissement, prendre connaissance de l'entier dossier médical relatif aux examens prodigués à M. D, dans le respect du secret médical, de façon chronologique, au sein des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg ; convoquer contradictoirement tous sachants ;

3° décrire les conditions dans lesquelles M. D a été admis et soigné au sein des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg ;

4° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues ;

5° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause ;

6° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

7° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

8° se prononcer sur les origines des complications survenues et du décès de M. D, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg et celles dont la cause serait due à un état antérieur ;

9° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

10° déterminer s'il y a eu un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ;

11° dans le cas d'un accident médical, préciser s'il y a eu des conséquences anormales au regard de l'évolution prévisible de la pathologie initiale et en préciser le caractère de gravité ;

12° dans le cas d'une infection nosocomiale, déterminer si elle est la conséquence d'un non-respect des règles de l'art ou d'un aléa ;

13° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient et à sa famille sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

14° en cas de retard de diagnostic, établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi chirurgical a été conforme aux règles de l'art médical ;

15° se prononcer sur les manquements imputables aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, en les distinguant des conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale ou de tout autre cause et notamment celle de la prise en charge réalisée antérieurement ;

16° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à M. D une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

17° se prononcer sur l'existence de tout préjudice (physique, moral, esthétique, sexuel, économique, ) subi par M. D résultant des potentiels manquements des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg ; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;

18° déterminer les frais médicaux et débours (assistance d'une tierce personne, appareillages, fournitures, soins particuliers) en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, dans le respect du secret médical, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 31 juillet 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à MM. A D et E D, à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, et à Dr. Jean-Paul C, expert.

Fait à Strasbourg, le 19 janvier 2024.

La juge des référés,

A. DULMET

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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