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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305359

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305359

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305359
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL CM.AFFAIRES PUBLIQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023, M. C B, représenté par la SELAS BRL Avocats, demande au tribunal :

1°) de condamner les hôpitaux civils de Colmar à lui verser la somme globale de 567 749,50 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'illégalité fautive de la décision du 28 janvier 2022 par laquelle le directeur l'a suspendu, à titre conservatoire, de ses fonctions de praticien hospitalier ;

2°) de mettre à la charge des hôpitaux civils de Colmar la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 28 janvier 2022 a été annulée par un jugement du 13 décembre 2022 du tribunal administratif de Strasbourg ; son illégalité fautive engage la responsabilité des hôpitaux civils de Colmar ;

- il a subi des préjudices directs et certains qui doivent être indemnisés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, les hôpitaux civils de Colmar, représentés par la SELARL CM. Affaires Publiques, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kalt,

- les conclusions de M. A,

- les observations de Me Roux, avocate de M. B et Me Le Tily, avocate des hôpitaux civils de Colmar.

Une note en délibéré a été enregistrée pour le compte de M. B le 14 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, praticien hospitalier au sein du service de chirurgie orthopédique et traumatologique des hôpitaux civils de Colmar depuis le 14 avril 2008, a fait l'objet, le 28 janvier 2022, d'une mesure de suspension de ses fonctions à titre conservatoire, par le directeur de l'hôpital. Cette décision a été annulée par un jugement du 13 décembre 2022 du tribunal administratif de Strasbourg. Le 28 mars 2023, M. B a formé une demande indemnitaire, réceptionnée le 30 mars 2023, en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité de la décision du 28 janvier 2022. Cette demande a été rejetée par une décision du 6 juin 2023. Par la présente requête, M. B sollicite l'indemnisation de ses préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité des personnes publiques, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre, y compris au titre de la perte des rémunérations auxquelles il aurait pu prétendre s'il était resté en fonctions.

3. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'incompétence, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait été prise par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe du vice d'incompétence qui entachait la décision administrative illégale.

4. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte, outre la nature et la gravité des illégalités affectant la mesure d'éviction et, le cas échéant, les fautes commises par l'intéressé, la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont celui-ci avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations professionnelles que l'agent a pu se procurer au cours de la période d'éviction.

5. Il résulte de l'instruction que la mesure de suspension de M. B a été prononcée le 28 janvier 2022 par le directeur des hôpitaux civils de Colmar, en raison d'un événement survenu le 10 janvier 2022 au bloc opératoire, une infirmière ayant indiqué avoir été victime d'une agression sexuelle par ce praticien. Par un jugement du 13 décembre 2022, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé cette décision au motif que les conditions permettant au directeur d'un hôpital de suspendre un praticien hospitalier n'étaient pas réunies, en l'absence de circonstance exceptionnelle mettant en péril la continuité du service et la sécurité des patients. Il a toutefois jugé que les faits graves reprochés à M. B étaient matériellement établis à cette date. Des poursuites pénales ont été engagées à l'encontre du requérant, qui a été mis en examen, le 20 janvier 2023, des chefs d'agressions sexuelles commises par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction et de harcèlement moral. Par une décision du 15 février 2023, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 27 mai 2024 du tribunal, la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière l'a suspendu de ses fonctions de praticien hospitalier au centre hospitalier de Colmar, sur le fondement de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique, en raison de ces faits.

6. M. B sollicite l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis pour la période du 28 janvier au 13 décembre 2022, pour un montant total de 567 749,50 euros.

En ce qui concerne le préjudice moral et le préjudice lié à l'atteinte à sa réputation :

7. Si M. B sollicite la réparation de son préjudice moral et du préjudice lié à l'atteinte à sa réputation, ceux-ci ne trouvent toutefois pas leur origine dans l'illégalité de la décision du 28 janvier 2022, mais sont la conséquence directe du comportement inapproprié qu'il a adopté le 10 janvier 2022, et qui n'est pas contesté. M. B n'est donc pas fondé à demander une quelconque réparation à ce titre.

En ce qui concerne le surplus des préjudices :

8. M. B sollicite la condamnation de hôpitaux civils de Colmar à l'indemniser des préjudices financiers qu'il a subis en raison de sa suspension. Il fait valoir que la décision illégale du 28 janvier 2022 l'a privé de revenus, ce qui a eu pour conséquence qu'il n'a pu faire face à ses charges personnelles et a subi des troubles dans ses conditions de vie.

9. Toutefois, d'une part, les faits qui sont reprochés à M. B auraient également justifié qu'à la date du 28 janvier 2022, le directeur du CNG prenne une mesure de suspension à son encontre sur le fondement de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique, pour la durée maximale de six mois. D'autre part, les préjudices dont il fait état à compter de la fin de la mesure de suspension qui aurait pu être régulièrement prise à son encontre par le directeur du CNG dès le 28 janvier 2022et le 13 décembre 2022, date à laquelle le tribunal a annulé la décision du 28 janvier 2022, trouvent intégralement leur origine dans le comportement fautif de M. B. Dans les circonstances de l'espèce, cette faute d'une particulière gravité est de nature à exonérer l'administration de la responsabilité liée à l'illégalité entachant la décision du 28 janvier 2022.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge des hôpitaux civils de Colmar, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement au requérant de la somme qu'il réclame au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. Il y a lieu de mettre à la charge de M. B le versement, au profit des hôpitaux civils de Colmar, de la somme de 1 500 euros au titre des mêmes frais.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera aux Hôpitaux civils de Colmar la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et aux hôpitaux civils de Colmar. Copie sera adressée pour information au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Iggert, président,

M. Bouzar, premier conseiller,

Mme Kalt, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mai 2024.

La rapporteure,

L. KALT

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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