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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305584

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305584

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305584
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge Unique
Avocat requérantLECOQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 août 2023 et le 22 avril 2024, Mme B, représenté par Me Lecoq, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

- D'annuler la décision implicite de refus de la Collectivité européenne d'Alsace née le 21 avril 2023 du silence gardé par l'administration, relative à un indu de revenu de solidarité active ;

- De condamner la collectivité de lui payer la somme de 903,68 euros au titre du remboursement de l'indu ;

- D'enjoindre à la collectivité de lui rembourser la somme de 1 662,34 euros illégalement retenues ;

- De mettre à la charge de la Collectivité européenne d'Alsace la somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que la décision implicite de rejet n'est pas motivée ; la Collectivité européenne d'Alsace n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ; la décision est entachée d'une erreur de droit ; que la collectivité a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2023, et une note en délibéré enregistré le 26 avril 2024, la Collectivité européenne d'Alsace conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Simon a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La Collectivité européenne d'Alsace a émis le 9 décembre 2022 contre Mme B deux titres exécutoires pour le recouvrement, d'une part d'une somme de 17 754 euros d'indu de revenu de solidarité active pour la période d'octobre 2018 à mars 2021 et, d'autre part, d'une somme de 904 euros pour un indu de revenu de solidarité active pour la période d'avril à mai 2022. Par recours introduit le 13 février 2023 reçu par la collectivité le 20 février 2023, la requérante a contesté ces deux avis. Par décision née le 21 avril 2023 du silence gardé par l'administration la Collectivité européenne d'Alsace a rejeté ce recours. La requérante demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

3. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante ait demandée, dans le délai du recours contentieux, les motifs de la décision implicite née le 21 avril 2023 du silence gardé par l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation doit être écarté.

4. Si la requérante fait valoir que la Collectivité européenne d'Alsace n'a pas pris en compte sa situation particulière, il résulte de l'instruction et des termes même des différents courriers que lui a envoyés la collectivité qu'elle a bien pris en compte la situation particulière de Mme B. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article R. 262-6 du même code précise également que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". De plus, en vertu de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de la requérante par la caisse d'allocations familiales du Haut-Rhin et dont l'intéressée sollicite l'annulation, provient de ce que le 6 janvier 2022, Mme B a informé la Caisse d'Allocations Familiales du Haut-Rhin de la situation de chômage de son époux à compter du 31 décembre 2021. Elle a ensuite indiqué, suite à une demande de précision de la Caisse du 1er mars 2022, à laquelle elle a répondu le 20 mars 2022, qu'un avenant au contrat de travail de M. B avait été signé en décembre 2021. Puis, l'intéressée a fait part, le 4 avril 2022, de la situation de chômage de son époux à compter du 10 mars 2022, alors que la Caisse d'Allocations Familiales, après échange avec Pôle emploi, a eu l'information d'une fin d'activité salariée courant mai 2022 avec un début d'indemnisation au titre du chômage à compter du 27 juin 2022. Dans ces conditions la neutralisation des ressources salariées de M. B, initialement mise en place par la Caisse d'Allocations Familiales du Haut-Rhin suite à la déclaration d'une fin d'activité courant mars 2022, n'avait en réalité pas lieu d'être cette date puisque sa fin d'activité est finalement intervenue le 20 mai 2022 de sorte que la neutralisation est applicable à compter de mai 2022. De plus rien ne dispensait Mme B de déclarer l'exactitude de sa situation et de mentionner, sur ses Déclarations Trimestrielles de Ressources du revenu de Solidarité active correspondant à la période de juillet 2018 à décembre 2020, l'ensemble des revenus perçus par son foyer, au titre, tant des libéralités perçues de septembre 2018 à novembre 2020, à savoir, les aides et secours financiers réguliers versés par les 4 enfants du couple, sur un compte spécialement ouvert à cet effet, afin de couvrir les échéances du prêt immobilier et de l'assurance multirisque habitation des époux B. C'est donc à bon droit et sans commettre d'erreur d'appréciation que la Caisse d'Allocations Familiales du Haut-Rhin, sur la base de ces nouveaux éléments, a procédé, à un nouveau calcul du droit au revenu de Solidarité active de Mme B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ou de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B ne peut être que rejetée y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1. La requête de Mme B est rejetée.

Article 2. Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la Collectivité européenne d'Alsace et à la Caisse d'allocations familiales du Haut-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

Le magistrat désigné,

H. SIMONLa greffière,

F. DOGUI

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2305584

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