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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305668

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305668

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305668
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL LE DISCORDE - DELEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2023, la commune de Stutzheim-Offenheim, représentée par Me Sonnenmoser, demande à la juge des référés de désigner un expert en vue d'identifier les causes des désordres affectant les conduites d'assainissement permettant l'évacuation des eaux usées et pluviales de la salle des Loisirs et de l'école maternelle de la commune, de déterminer les responsabilités et de chiffrer, le cas échéant, les travaux nécessaires pour y remédier.

Elle soutient que :

- les désordres résultent de l'obturation de canalisations lors de travaux afférant à rénovation énergétique, de mise aux normes, d'extension et de modernisation de la salle des loisirs et de l'école maternelle de la commune ;

- l'action de la société Karamemis, titulaire du Lot n°1 Terrassement-Gros œuvre au titre d'un marché public conclu le 25 juillet 2022 s'inscrivant dans le projet de rénovation en cause, est probablement à l'origine de l'obturation des conduites d'assainissement ;

- le maître d'œuvre a déclaré qu'il avait connaissance d'une canalisation de diamètre 160 au droit des fondations de la construction, mais qu'il ignorait sa position exacte, et que la présence d'un réseau de diamètre 400 était bien repérée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, la société Volumes et Images, représentée par Me Deleau :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, sous les protestations et réserves d'usage ;

2°) demande de prendre acte de ce qu'elle entend formuler un appel en garantie à l'encontre des différents intervenants à l'acte de construire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, la Sarl les Nouveaux Voisins Architectes, représentée par Me Andre :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, sous les protestations et réserves d'usage ;

2°) demande que soit mise en cause la caisse d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux publics (cambtp) et la Sa Axa France Iard.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, la Sa Axa France Iard, assureur de la Société Karamemis, représentée par Me Freeman-Hecker :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, sous les protestations et réserves d'usages ;

2°) demande que soit mise en cause la mutuelle des architectes français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, la mutuelle des architectes français et la Sarl les Nouveaux Voisins Architectes, représentées par Me Andre, :

1°) déclarent ne pas s'opposer à l'expertise sollicité, tous droits et moyens réservés ;

2°) demandent la mise en cause de la caisse d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux public (cambtp) ;

3°) demandent la mise en cause de la société Axa France Iard, en qualité d'assureur de la Sas Karamemis.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur l'utilité et le périmètre de la mesure d'expertise :

1. La commune de Stutzheim-Offenheim a décidé de procéder à la rénovation énergétique et à la mise aux normes de la salle de la Souffel, ainsi qu'à l'extension et modernisation de la salle des Loisirs de la commune. Un marché public a été conclu, en ce sens, le 1er mars 2021 entre la commune et un groupement conjoint formé par les Nouveaux Voisins Architectes et, à compter de l'avenant en date du 8 septembre 2022, la société Volumes et Images. Dans ce cadre, le lot n°11 Terrassement-Gros œuvre a été dévolu, par un marché en date du 25 juillet 2022, à la société Karamemis. La requérante indique qu'alors que la société Karamemis était chargée de couler le béton pour les fondations de la salle des Loisirs, cette dernière aurait constaté la disparition de 5m3 de béton. Toutefois, supposant l'existence d'une poche sous l'excavation, la société Karamemis aurait poursuivi les opérations et complété le béton à hauteur souhaitée. Par la suite, la commune indique que, lors d'une manifestation dans la salle des Loisirs les 4 et 5 février 2022, un problème d'évacuation des eaux est apparu. Suite à des investigations, celui-ci résulterait de l'obturation, par du béton, de deux conduites d'assainissement, appartenant à la commune et situées sous le futur bâtiment. La requérante a missionné le cabinet Saretec en vue de rechercher les causes du sinistre. Ses rapports, rendus les 15 mars et 20 avril 2023, concluaient que les conduites concernées avaient été obstruées par le béton coulé par l'entreprise Karamemis lors de la réalisation des fondations des travaux de rénovation et d'extension de la salle des Loisirs. Aucun accord amiable n'a été conclu à l'issue des investigations. La commune de Stutzheim-Offenheim demande que soit désigné un expert aux fins d'identifier les causes des désordres affectant les conduites d'assainissement évacuant les eaux usées et pluviales de la salle des Loisirs et de l'école maternelle, de déterminer les responsabilités et de chiffrer, le cas échéant, les travaux nécessaires pour y remédier.

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir. Par ailleurs, la juge des référés peut être saisi de conclusions tendant à ce que l'expertise qu'il lui est demandé de prescrire soit réalisée au contradictoire de toute partie dont la participation est susceptible d'être utile, dès lors que le litige relève au moins partiellement de la juridiction administrative.

3. La commune de Stutzheim-Offenheim, la société Volumes et Images et la société les Nouveaux Voisins Architectes rappellent que les investigations déjà menées ont conclu que l'obturation des conduites d'assainissement résulte du coulage de béton effectué par la société Karamemis. Il est constant que ni cette dernière, ni son assureur, n'estiment devoir prendre en charge les désordres, ceux-ci soutenant que la société Karamemis ignorait l'existence des canalisations en question. La commune précise en outre que le groupement conjoint de maîtrise d'œuvre formé par la société les Nouveaux Voisins Architectes et la société Volumes et Images s'est contenté de déclarer qu'il avait connaissance de la présence des canalisations mais ignorait la position exacte de l'une d'elle. Il résulte de l'instruction que les investigations déjà réalisées n'ont pas permis d'apprécier la connaissance ou non, par les parties, de l'existence et de la localisation des canalisations en cause. En outre, la société Karamemis ne reconnaît pas sa responsabilité dans les désordres. La mesure d'expertise sollicitée présente ainsi un caractère d'utilité et entre, par suite, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R.532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. S'agissant du périmètre de la mesure sollicitée, la Sarl les Nouveaux Voisins Architectes et la mutuelle des architectes français demandent que soient mis à la cause l'assureur de la Sarl Volumes et Images, la cambtp, ainsi que l'assureur de la société Karamemis, la Sa Axa France Iard. De même, la société Axa France Iard, la mutuelle des architectes français et la Sarl les Nouveaux Voisins Architectes demandent que soit mis à la cause l'assureur de la société les Nouveaux Voisins Architectes, la mutuelle des architectes français. Dans ces conditions, la participation des assureurs que sont la cambtp, la mutuelle des architectes français et la Sa Axa France Iard à la mesure d'expertise peut s'avérer utile. Il y a lieu de faire droit aux demandes tendant à ce qu'ils soient mis dans la cause. Les opérations doivent donc être menées au contradictoire de la commune de Stutzheim-Offenheim, de la société Karamemis, et son assureur la Sa Axa France Iard, de la société Volumes et Images, et son assureur la cambtp, et de la société les Nouveaux Architectes Voisins, et son assureur la mutuelle des architectes français.

O R D O N N E

Article 1 : M. A B, exerçant au 27 rue du Tremble à Haguenau (67500), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° se rendre sur les lieux, à la salle de la Souffel et à la salle des Loisirs, à Stutzheim-Offenheim (67370), entendre les parties ainsi que tous sachants et retracer les faits connus de la conclusion du contrat à l'apparition des désordres ; détailler de façon précise la chronologie des faits ; se faire communiquer tous documents utiles ; donner tous éléments et établir tous plans, croquis ou schémas, produire des photos utiles à la compréhension des faits de la cause ;

3° décrire avec précision les désordres et/ou malfaçons affectant la salle des Loisirs, notamment les canalisations d'assainissement entre la salle et les fondations de l'extension ;

4° procéder à la constatation et à la description précises et détaillée des désordres et/ou malfaçons affectant les conduites d'assainissement, en précisant leur date d'apparition et les éventuelles évolutions constatées ou susceptibles de survenir, en mentionnant, s'il y a lieu, l'existence de toute servitude, emprise ou mitoyenneté ; préciser la chronologie des faits ;

5° préciser la date de réception des travaux, et l'existence d'éventuelles réserves, ainsi que la date de levée de celles-ci, le cas échéant ;

6° dire si les malfaçons et/ou désordres constatés :

- affectent des éléments d'équipement, dissociables ou non, de l'ouvrage, ou le gros œuvre ;

- sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, ou s'ils sont susceptibles de le faire dans un délai prévisible, dans l'hypothèse où l'évolution des désordres en cause, qui n'auraient pas encore manifesté toute leur ampleur, apparaitrait inéluctable.

7° donner un avis motivé sur chaque cause/origine possible des désordres et/ou malfaçons en précisant s'ils sont imputables à la conception des canalisations, aux conditions de leur utilisation, de leur entretien, aux travaux relatifs à l'extension des fondations ou encore à un élément extérieur, et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant des parties ; préciser, le cas échéant, si les canalisations en litige apparaissaient sur les documents contractuels, et si tel n'est pas le cas, indiquer en vertu des règles de l'art, quelle partie avait connaissance de la présence des canalisations, et quels documents ont ou aurait dû être fournis pour permettre la réalisation des travaux dans de bonnes conditions ; fournir tous éléments de fait et techniques sur les éventuelles responsabilités encourues ; sauf détermination certaine des causes de l'obturation des canalisations, apporter toutes précisions factuelles et techniques utiles permettant de déterminer la cause la plus probable ;

8° préciser les liens contractuels unissant les parties, rassembler les documents contractuels relatifs au marché et aux assurances, dire si les désordres et/ou malfaçons constatés résultent de/ou sont constitutifs d'une non-conformité aux clauses contractuelles ;

9° déterminer si, compte-tenu des circonstances de l'espèce, des données techniques disponibles et de ses compétences propres, chaque partie a accompli les tâches et diligences qui lui étaient dévolues, conformément aux règles de l'art ;

10° se prononcer sur l'existence de tout préjudice subi par la commune de Stutzheim-Offenheim résultant des potentiels manquements de la société Karamemis, et/ou des maîtres d'œuvre ou d'autres intervenants appelés à la cause ; estimer le coût des travaux de reprise des désordres, incluant, si nécessaire, les frais de maîtrise d'œuvre, en recueillant le cas échéant les propositions et devis des parties ; préciser la plus-value éventuelle apportée à l'ouvrage par ces travaux ;

11° indiquer les mesures éventuelles à mettre en œuvre d'urgence, dans l'hypothèse où les désordres et/ou malfaçons relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des personnels ou des usagers ;

12° une façon générale, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des éléments précédemment définis et qui sont de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation.

Article 2 : La caisse d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux publics, la Sa Axa France Iard et la Mutuelle des architectes français sont mises à la cause.

Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 5 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander à la juge des référés une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 6 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 7 : À tout moment au cours de sa mission, l'expert pourra proposer au juge des référés une médiation entre les parties.

Article 8 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 30 septembre 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Stutzheim-Offenheim, à la Sas Karamemis, à la Sarl Volumes et Images, à la société les Nouveaux Voisins Architectes, à Axa France Iard, à la Caisse d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux publics, à la Mutuelle des architectes français, et à M. A B, expert.

Fait à Strasbourg, le 22 février 2024.

La juge des référés,

A. DULMET

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2305668

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