jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2305795 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL CDA JOLY & OSTER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 août 2023, Mme A D, représentée par Me Houpert :
1°) demande à la juge des référés de prescrire une expertise en vue de déterminer les conditions de sa prise en charge par les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg à compter du 24 août 2020, et d'évaluer les préjudices résultant de celle-ci ;
2°) demande qu'un expert spécialisé en chirurgie générale et digestive ou viscérale et digestive soit désigné.
Elle soutient que sa prise en charge par les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg pour un examen endoscopique le 24 août 2020 suite à des douleurs liées à une occlusion intestinale a été fautive et lui a causé divers préjudices et que la responsabilité des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg est susceptible d'être engagée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin, agissant au nom et pour le compte de la caisse d'assurance maladie du Haut-Rhin, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Saumon :
1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;
2°) demande à ce qu'il enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;
3°) demande de réserver les dépens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2023, les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, représentés par Me Joly :
1°) déclarent ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés ;
2°) demandent que soit désigné un expert spécialisé en chirurgie viscérale et digestive ;
3°) sollicitent la production par l'organisme social du requérant, de son relevé de débours et frais médicaux ;
4°) demandent que soit statuer ce que de droit quant aux frais.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Anne Lecard en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D expose qu'en 2015 la maladie de Crohn lui a été diagnostiquée. En juillet 2020, suite à des douleurs liées à une occlusion intestinale, elle indique s'être rendue aux urgences de Colmar, avant d'être transférée vers le service d'hépato-gastroentérologie des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, afin d'y être hospitalisée du 14 au 21 juillet 2020. Elle fait valoir que le Dr C l'a examinée et a préconisé un traitement corticoïde, ainsi qu'une rectosigmoidoscopie avec dilatation, sous anesthésie générale, pour le traitement de sténoses. L'examen endoscopique a été réalisé le 24 août 2020, en ambulatoire, et Mme D a regagné son domicile, dans la foulée. Le jour-même, la requérante a ressenti des douleurs abdominales puis a été prise de vomissements et de fièvre. Elle expose avoir appeler le numéro d'urgence indiqué à sa sortie de l'hôpital, sans qu'un membre du personnel médical ne puisse la mettre en contact avec un médecin. Le lendemain matin, la requérante fait valoir qu'elle a pu contacter le Dr C, qui lui a indiqué de se rendre aux urgences. Mme D s'est rendue aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, où le scanner et le bilan biologique auraient mis en évidence un syndrome inflammatoire dû à une perforation digestive au niveau de l'anastomose iléo anal et nécessitant une prise en charge chirurgicale. Au cours d'une consultation ultérieure, le 13 octobre 2020, Mme D explique qu'elle a été informée que l'iléostomie provisoire mise en place deviendrait certainement définitif. C'est dans ces conditions que la requérante sollicite de la juge des référés que soit désigné un expert en vue de déterminer les conditions de sa prise en charge par les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg à compter du 24 août 2020, de déterminer les préjudices résultant de sa prise en charge et les responsabilités imputables.
Sur la mesure d'expertise :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.
3. La mesure d'expertise demandée par Mme D entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.
Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les conclusions tendant à enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin la production du relevé de ses frais et débours avant le commencement de l'expertise :
4. Il résulte de l'instruction qu'à ce stade de la procédure, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle qu'elle est fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de solliciter, s'il l'estime nécessaire, la communication du relevé détaillé des débours et frais médicaux en lien avec la prise en charge de Mme D. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg tendant à la communication de ce relevé.
Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport :
5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées, sans que le rejet de cette demande ne fasse obstacle à ce que l'expert établisse un pré-rapport soumis au contradictoire des parties s'il l'estime utile, sur le fondement de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : Dr B E, chirurgien digestif, exerçant au CHU de Dijon, 14 rue Gaffarel, à Dijon (21000) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, dans le respect du secret médical, de :
1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;
2° décrire l'état de santé antérieur de Mme D, prendre connaissance de l'entier dossier médical relatif aux examens prodigués à Mme D au sein des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, dans le respect du secret médical ; convoquer contradictoirement tous sachants ;
3° décrire les conditions dans lesquelles Mme D a été admise et soignée aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg à compter du 24 août 2020 ;
4° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues ;
5° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause, s'il s'agit d'un accident médical, d'une affection iatrogène, d'une infection nosocomiale ;
6° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;
7° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;
8° se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg ;
9° dans l'hypothèse d'une infection imputable aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, préciser si les mesures d'asepsie ont été correctement respectées ; si l'infection peut être qualifiée de nosocomiale et dans ce cas déterminer son origine, le comportement de l'équipe médicale dans la prévention du risque et si elle pouvait raisonnablement être évitée ; distinguer dans les préjudices ceux en rapport exclusif avec cette infection à l'exclusion des séquelles imputables à l'état initial de la patiente ou à d'autres causes ou pathologies ;
10° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;
11° dire quel a été le rôle de la pathologie initiale ou de l'accident initial dans la réalisation du dommage ;
12° déterminer si l'acte médical a entraîné des conséquences notamment plus graves que les conséquences probables de la pathologies présentée en l'absence de traitement ;
13° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente et à sa famille sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;
14° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à Mme D une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;
15° en cas de retard de diagnostic, établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi chirurgical a été conforme aux règles de l'art médical ;
16° se prononcer sur l'existence de tout préjudice (physique, moral, esthétique, sexuel) subi, par Mme D résultant des potentiels manquements des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg ; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent résultant de ces séquelles et de ces manquements ;
17° dire si l'état de santé de Mme D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme D ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
18° indiquer si l'état de santé de Mme D justifiait lors de la consolidation ou justifie encore aujourd'hui l'assistance d'une tierce personne de façon constante ou occasionnelle, spécialisée ou non, en décrivant les besoins, et se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, ou autres fournitures particuliers pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ;
19° déterminer les frais médicaux et débours (assistance d'une tierce personne, appareillages, fournitures, soins particuliers) en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement des HUS en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;
20° donner un avis médical sur la possibilité ou non pour Mme D de continuer à se livrer à ses activités professionnelles, ses activités habituelles et des activités spécifiques de sport et de loisir ; préciser la durée d'arrêt temporaire de ses activités professionnelles ; la gêne totale ou partielle et les conditions de reprise de son activité.
Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.
Article 3 : L'expert disposera, dans le respect du secret médical, des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.
Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.
Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.
Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 30 septembre 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 7 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D, à la caisse primaire d'assurance du Bas-Rhin, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg et au Dr B E, expert.
Fait à Strasbourg, le 15 février 2024.
La juge des référés,
A. LECARD
La République mande et ordonne à la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026