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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306157

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306157

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306157
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantWOLFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 août 2023, et un mémoire complémentaire du 13 septembre 2023, la société Atompro France, représentée par Me Wolff, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 279 du livre des procédures fiscales dont les dispositions sont reprises à l'article L. 552-1 du code de justice administrative d'annuler la décision du 10 août 2023 par laquelle le comptable du pôle de recouvrement spécialisé de la Moselle a rejeté les garanties qu'elle a proposées aux fins de bénéficier du sursis de paiement prévu à l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.

Elle soutient que :

-elle a pu consigner la somme nécessaire à la recevabilité du référé ;

- les garanties qu'elle a proposées au comptable public sont suffisantes pour couvrir le montant de la créance du Trésor ;

-elle verse mensuellement 15 000 euros ;

- elle pourra obtenir rapidement le versement d'une somme de 109 489,32 euros grâce à l'injonction de payer ;

- l'administration dispose d'un gage sur un véhicule pour 184 100 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

-la somme nécessaire a été consignée ;

- la société n'a pas respecté ses précédents engagements, la proposition de garantie est très faible, le gage a été constituée pour une autre dette et l'évaluation du montant de ce gage n'est pas convaincante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2023, en présence de M. Pillet, greffier d'audience :

- le rapport de M. Julien Iggert, juge des référés,

- les observations de Me Wolff, pour la société Atompro France, qui rappelle les éléments contenus dans la requête.

L'administration fiscale n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. La société Atompro France a contesté la taxe sur la valeur ajoutée et l'impôt sur les sociétés mise à sa charge pour un montant de 862 436 euros et a assorti cette réclamation d'une demande de sursis de paiement en application des deux premiers alinéas de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales. Par courrier du 12 juin 2023, le comptable a demandé à la société Atompro France de présenter des garanties propres à assurer le recouvrement des droits par elle contestés dans sa réclamation contentieuse, soit la somme de 844 212 euros. Par la présente requête, la société demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 279 du livre des procédures fiscales, d'annuler la décision du 10 août 2023 par laquelle la comptable a rejeté les garanties qu'elle a proposées.

2. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. / Lorsque la réclamation mentionnée au premier alinéa porte sur un montant de droits supérieur à celui fixé par décret, le débiteur doit constituer des garanties portant sur le montant des droits contestés. / A défaut de constitution de garanties ou si les garanties offertes sont estimées insuffisantes, le comptable peut prendre des mesures conservatoires pour les impôts contestés. () ". Aux termes de l'article L. 279 du même livre : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires, lorsque les garanties offertes par le contribuable ont été refusées, celui-ci peut, dans les quinze jours de la réception de la lettre recommandée qui lui a été adressée par le comptable, porter la contestation, par simple demande écrite, devant le juge du référé administratif, qui est un membre du tribunal administratif désigné par le président de ce tribunal. / Cette demande n'est recevable que si le redevable a consigné auprès du comptable, à un compte d'attente, une somme égale au dixième des impôts contestés. Une caution bancaire ou la remise de valeurs mobilières cotées en bourse peut tenir lieu de consignation. / Le juge du référé décide dans le délai d'un mois si les garanties offertes répondent aux conditions prévues à l'article L. 277 et si, de ce fait, elles doivent être ou non acceptées par le comptable. Il peut également, dans le même délai, décider de dispenser le redevable de garanties autres que celles déjà constituées. / Dans les huit jours suivant la décision du juge, le redevable et le comptable peuvent, par simple demande écrite, faire appel devant le président de la cour administrative d'appel ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. Celui-ci, dans le délai d'un mois, décide si les garanties doivent être acceptées comme répondant aux conditions de l'article L. 277. / Pendant la durée de la procédure de référé, le comptable ne peut exercer sur les biens du redevable aucune action autre que les mesures conservatoires prévues à l'article L. 277. / Lorsque le juge du référé estime suffisantes les garanties initialement offertes, les sommes consignées sont restituées. Dans le cas contraire, les garanties supplémentaires à présenter sont diminuées à due concurrence. ".

3. En l'espèce, pour se voir accorder le bénéfice du sursis légal de paiement des rectifications mises à sa charge, la société Atompro France a proposé, au titre des garanties exigées par l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, le versement mensuel de 15 000 euros, le gage dont dispose l'administration fiscale sur un véhicule à hauteur de 184 100 euros, et la circonstance qu'une créance d'un montant de 109 489,32 euros lui sera versée très rapidement à la suite des démarches qu'elle a effectuées en ce sens. Toutefois, les versements périodiques de 15 000 euros sont destinés au remboursement d'une créance antérieure et n'a pas été versée à chaque échéance mensuelle. Le gage de 184 000 euros porte sur un véhicule acheté au prix de 64 388 euros en 2020 et ce nantissement est déjà destiné à apurer une dette fiscale antérieure de la société. Enfin, le versement hypothétique d'une somme de 109 489,32 euros ne saurait être regardé comme une garantie. En toute hypothèse, les sommes dont fait état la société sont largement inférieures aux impositions à garantir. Dès lors, les garanties proposées par la société requérante ne répondent pas aux conditions fixées par l'article L. 277 du livre des procédures fiscales. Il s'ensuit qu'il y a lieu de rejeter la requête.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de la société Atompro France est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Atompro France et au directeur départemental des finances publiques de la Moselle.

Fait à Strasbourg, le 22 septembre 2023.

Le juge des référés,

J. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2306157

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