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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306852

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306852

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306852
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5e chambre
Avocat requérantSCP UGGC AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. A..., qui contestait le refus de l'ONIAM d'indemniser les troubles (névrite optique ischémique antérieure) qu'il attribuait à sa vaccination par le vaccin Moderna® contre la Covid-19. Le tribunal a jugé que le lien de causalité entre la vaccination et l'affection n'était pas établi, au vu du dernier état des connaissances scientifiques et des expertises médicales contradictoires produites. Il a ainsi refusé d'ordonner une nouvelle expertise et a rejeté l'ensemble des demandes indemnitaires de M. A.... La décision se fonde sur les dispositions de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique relatives à la réparation des accidents vaccinaux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre 2023 et 17 avril 2025, M. B... A..., représenté par Me Michel demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 27 juillet 2023 par laquelle l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a rejeté sa demande préalable d’indemnisation ;

2°) d’ordonner avant-dire droit une expertise afin de déterminer notamment si le lien de causalité entre le vaccin Moderna® et ses troubles sont établis ;

3°) de condamner l’ONIAM à lui verser la somme de 47 961,40 euros en réparation des préjudices du fait de sa vaccination par Moderna® avec intérêts au taux légal à compter du 5 juin 2021 et capitalisation des intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l’ONIAM une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- dès sa première injection de vaccin Moderna®, le 16 mai 2021, des douleurs d’une particulière intensité sont apparues au niveau de son bras droit ; trois semaines après la vaccination, il a ressenti un flou visuel à l’œil droit avec brûlures ;
- les deux rapports diligentés par l’ONIAM sont en parfaite contradiction ; le rapport du collège d’experts est péremptoire ; les rares cas de neuropathie optique recensés par la base mondiale de pharmacovigilance de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont des éléments de présomption irréfragables en faveur d’un lien de causalité entre la vaccination et ses troubles ; au vu de ces éléments contradictoires, il y a lieu d’ordonner une nouvelle expertise avant-dire droit ;
- une étude menée par l’Université du Missouri-Columbia a démontré que la Covid-19 a la capacité de pénétrer la barrière hémato-rétinienne et endommager la vue durablement ; aucun élément médical certain n’établit que M. A... présentait la névrite optique ischémique antérieure (NOIA) d’origine vasculaire avant la vaccination ;
- dans l’attente de la nouvelle expertise, son préjudice doit être chiffré à 2 161,40 euros s’agissant du DFT, à 8 000 euros s’agissant des souffrances endurées à 37 800 euros s’agissant du DFP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2025, l’ONIAM, représenté par Me Welsch, conclut au rejet de la requête.

L’ONIAM fait valoir que le lien de causalité entre le vaccin Moderna® et la NOIA de M. A... n’est pas établi.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d’assurance maladie de la Moselle qui n’a pas produit d’observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la santé publique ;
- le décret n° 2020-1262 du 16 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;
- l’arrêté du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bronnenkant,
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

Sur le fondement de l’article L. 3131-1 du code de la santé publique, une campagne de vaccination contre la covid-19 a été organisée par l’article 55-1 du décret du 16 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire et par les articles 5 et 6 de l’arrêté du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire.

Aux termes de l’article L. 3131-4 du code de la santé publique : « Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales imputables à des activités de prévention, de diagnostic ou de soins réalisées en application de mesures prises conformément aux articles L. 3131-1 ou L. 3134-1 est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales mentionné à l'article L. 1142-22. / L'offre d'indemnisation adressée par l'office à la victime ou, en cas de décès, à ses ayants droit indique l'évaluation retenue pour chaque chef de préjudice, nonobstant l'absence de consolidation, ainsi que le montant des indemnités qui reviennent à la victime ou à ses ayants droit, déduction faite des prestations énumérées à l'article 29 de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la circulation et à l'accélération des procédures d'indemnisation, et, plus généralement, des prestations et indemnités de toute nature reçues ou à recevoir d'autres débiteurs du même chef de préjudice. / L'acceptation de l'offre d'indemnisation de l'office par la victime vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. / L'office est subrogé, s'il y a lieu et à due concurrence des sommes qu'il a versées, dans les droits que possède le demandeur contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur. ».

Lorsqu’il est saisi d'un litige individuel portant sur les conséquences pour la personne concernée d'une vaccination effectuée dans le cadre de mesures prescrites sur le fondement de l’article L. 3131-1 du code de la santé publique, il appartient au juge, pour écarter toute responsabilité de la puissance publique, non pas de rechercher si le lien de causalité entre l'administration du vaccin et les différents symptômes attribués à l'affection dont souffre l'intéressé est ou non établi, mais de s'assurer, au vu du dernier état des connaissances scientifiques en débat devant lui, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe. Il lui appartient ensuite, soit, s'il est ressorti qu’en l'état des connaissances scientifiques en débat devant lui il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe, de rejeter la demande indemnitaire, soit, dans l'hypothèse inverse, de procéder à l'examen des circonstances de l'espèce et de ne retenir l'existence d'un lien de causalité entre les vaccinations subies par l'intéressé et les symptômes qu'il a ressentis que si ceux-ci sont apparus, postérieurement à la vaccination, dans un délai normal pour ce type d'affection, ou se sont aggravés à un rythme et une ampleur qui n'étaient pas prévisibles au vu de son état de santé antérieur ou de ses antécédents et, par ailleurs, qu'il ne ressort pas du dossier qu'ils peuvent être regardés comme résultant d'une autre cause que ces vaccinations.

M. A... soutient qu’à la suite de l’injection du vaccin Moderna® contre la Covid-19, le 16 mai 2021, il a ressenti des douleurs dans le bras droit. Le 5 juin 2021, son médecin traitant l’a reçu pour un flou visuel inféro-externe du champ visuel et l’a adressé à un ophtalmologue qui a réalisé un bilan le 7 juin 2021 à la suite duquel il a constaté un œdème papillaire hémorragique droit. Plusieurs examens ont alors été réalisés permettant de conclure qu’il présentait un névrite optique ischémique antérieure (NOIA) de l’œil droit le 11 août 2021. M. A... impute sa NOIA à l’injection du vaccin Moderna®.

Il résulte de l’instruction et notamment du rapport du 13 juin 2023 réalisé par un collège d’expert, qu’en l’état des connaissances scientifiques « même si de rares cas de NOIA sont rapportés dans la littérature avec un lien de temporalité faisant discuter la responsabilité de la vaccination contre la Covid 19, toutes ces publications concluent à l’absence de preuve pour établir un lien de causalité entre la vaccination et neuropathie optique ischémique. » En particulier, une enquête de pharmacovigilance relative au vaccin Moderna®, diligentée par l’Agence nationale de sécurité du médicament indique qu’en septembre 2021, sur plus de neuf millions de vaccinations, seuls deux cas de NOIA avaient été rapportés chez des patients âgés de plus de 60 ans. Si M. A... se prévaut d’une étude américaine qui montrerait un lien entre la contamination au virus de la Covid-19 et des infections oculaires, il ne la produit pas. Ainsi, en l’état des connaissances scientifiques telles que rappelées ci-dessus, aucune probabilité d’un lien de causalité entre l’injection du vaccin Moderna® contre le virus de la Covid-19 et la survenue de symptômes de NOIA ne peut être retenue. Il s’ensuit que M. A... n’est pas fondé à rechercher la responsabilité de l’ONIAM sur le fondement des dispositions de l’article L. 3131-4 du code de la santé publique.

Il résulte de tout ce qui précède et sans qu’il soit besoin d’ordonner une expertise avant-dire droit, que la requête de A... doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant au versement de frais d’instance.



D E C I D E :




Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à l’Académie nationale de médecine et à la caisse primaire d’assurance maladie de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,
Mme Bronnenkant, première conseillère,
Mme Muller, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.


La rapporteure,

H. BRONNENKANT

Le président,

C. CARRIER

La greffière,







S. SIAMEY


La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,




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