mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2307299 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 octobre 2023 et le 22 janvier 2024 sous le numéro 2307299, la communauté de communes du Pays de Wissembourg, représentée par Me Gillig, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1) de condamner in solidum la société GCM et la société EMCH et Berger à lui verser une provision 152 545,60 euros toutes taxes comprises assortis des intérêts à compter de l'introduction de la présente requête, et de leur capitalisation ;
2) de mettre à la charge in solidum des constructeurs une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les désordres présentent un caractère décennal, en raison de l'impossibilité, pour les usagers, d'utiliser le terrain multisports dans des conditions normales ;
- la circonstance que le terrain ait été en partie détruit n'est pas de nature à modifier l'origine des désordres ;
- l'expert a indiqué que les matériaux de remblais utilisés rendaient l'ouvrage impropre à sa destination ;
- les désordres sont imputables à la société EMCH et Berger, maître d'œuvre, qui n'a pas demandé des analyses complémentaires sur les matériaux recyclés utilisés, alors même que la norme EN-13242 l'exigeait ;
- ils sont également imputables à la société GCM, qui est responsable des manquements commis par son fournisseur ;
- il y a lieu de retenir le chiffrage de l'expert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, la société GCM, représentée par Me Marcantoni, conclut :
1) à titre principal, au rejeter la requête ;
2) à titre subsidiaire, à la limitation du montant de sa condamnation à 30 000 euros ;
3) en toute hypothèse, de mettre à la charge du communauté de communes du Pays de Wissembourg une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- les désordres ne présentent pas de caractère décennal, dès lors notamment qu'ils ne faisaient pas obstacle à la pratique sportive ; l'expert n'a pas constatés lui-même le désordres ;
- l'impropriété à destination constatée par l'expert est due aux travaux de démolition entrepris à la demande du maître d'ouvrage ;
- les désordres ne lui sont pas imputables, dès lors qu'elle n'était pas en mesure de déceler la non-conformité des matériaux utilisés, et qu'il ne lui appartenait pas de préciser à son fournisseur les caractéristiques du produit utilisé ;
- aucun défaut d'information ne peut lui être imputable ;
- le montant de la provision demandée a été établi sur la base d'une hypothèse qui ne correspond pas à l'origine réelle du désordre ;
- les travaux nécessaires à la reprise des désordres s'élèvent à 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, la société EMCH et Berger, représentée par la SARL Lambert et Associés, demande au juge des référés :
1) à titre principal, de rejeter la requête ;
2) subsidiairement, de limiter la condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre à une somme de 15 254 euros toutes taxes comprises ;
3) en toute hypothèse, de condamner les sociétés GCM et Sablières Leonhart à la garantir de toute condamnation ;
4) de mettre à la charge de toute partie perdante une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- les désordres ne présentent pas de caractère décennal ;
- c'est seulement en raison de l'intervention de la société GCM que le terrain est devenu inutilisable ;
- le CCTP n'imposait pas au maître d'œuvre de procéder à des essais sur le produit livré ;
- le bon de livraison de la société Sablières Leonhart ne permettait pas de suspecter une quelconque non-conformité ;
- subsidiairement, il y a lieu de limiter sa part de responsabilité à 10% ;
- en toute hypothèse, elle est fondée à appeler les sociétés GCM et Sablières Leonhart à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre :
Un mémoire présenté pour le compte de la société GCM a été enregistré le 26 février 2024.
II. Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023 sous le numéro 2309095, et un mémoire enregistré le 5 mars 2024, la société EMCH et Berger, représentée par la SARL Lambert et Associés, demande au juge des référés :
1) de condamner la société Sablières Leonhart à la garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre dans le cadre de la procédure initiée à son encontre par la communauté de communes du Pays de Wissembourg ;
2) de mettre à la charge la société les Sablières Leonhart une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- le litige relève des juridictions administratives ;
- elle est fondée à rechercher, sur un fondement quasi-délictuel, la responsabilité de la société les Sablières Leonhart, principale responsable des désordres.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2024, la société Sablières Leonhart SAS, représentée par Me Levy, demande au juge des référés de rejeter la requête et de mettre à la charge de la société EMCH et Berger une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le litige relève des juridictions administratives ;
- en toute hypothèse, les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, la communauté de communes du Pays de Wissembourg, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut aux mêmes fins que dans le cadre de l'instance n° 2307299.
Par une lettre du 27 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative dans les deux affaires, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office et tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la société EMCH et Berger contre la société Les Sablières Leonhart, dès lors que celle-ci a la qualité de fournisseur et ne peut donc être regardée comme participant à l'opération de travaux.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boutot, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes 2307299 et 2309095, relatives à un même litige, présentent à juger des questions communes. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule et même ordonnance.
2. En 2013, la communauté de communes du Pays de Wissembourg a entrepris la construction d'un terrain multisports, situé à Oberhoffen-les-Wissenbourg. La maîtrise d'œuvre de l'opération a été confiée à la société EMCH et Berger et le lot n°1 " Travaux de voirie et de plateforme " a été confiée à la société GCM. Les travaux ont été réceptionnés le 10 juillet 2014. En 2017, la communauté de communes a signalé un phénomène de gonflement et de déformation du sol du terrain. Elle demande de condamner in solidum les sociétés EMCH et Berger et GCM à lui verser, sur le fondement de leur responsabilité décennale, une provision de 152 545,60 euros toutes taxes comprises au titre des travaux nécessaires à la réparation des désordres.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
3. Il résulte de l'instruction que la société les Sablières Leonhart n'a pas de lien contractuel avec la société EMCH et Berger, maître d'œuvre de l'opération, et s'est bornée à fournir du matériau de remblai à la société GCM en vertu du contrat de droit privé qui la liait à cette dernière. Dans ces conditions, la société Sablières Leonhart n'a pas la qualité de participant à l'opération de travaux et les conclusions dirigées contre elle par la société EMCH et Berger à fin d'appel en garantie relèvent des juridictions de l'ordre judiciaire.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 541-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne l'existence d'une obligation non contestable :
5. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.
6. La société GCM et la société EMCH et Berger contestent le caractère décennal des désordres en cause.
7. Il résulte de l'instruction que ces désordres consistent dans un phénomène de gonflement essentiellement localisé au centre du terrain et pouvant atteindre une dizaine de centimètres. La communauté de communes du Pays de Wissembourg soutient que ces désordres sont à l'origine d'un trouble de jouissance rendant impossible l'utilisation, dans des conditions normales, du terrain multisports. Elle se prévaut des mentions du rapport d'expertise judiciaire, l'expert ayant indiqué que les désordres rendaient le terrain " inutilisable ".
8. Il y a toutefois lieu de souligner que l'expert n'a pas personnellement constaté le phénomène en cause, dans la mesure où les opérations d'expertise, consécutives à l'ordonnance du tribunal du 22 septembre 2020, se sont déroulées après que la partie centrale du terrain, où avait lieu le phénomène de soulèvement, a été excavée dans le cadre de travaux de reprise effectués au mois de juillet 2020 par la société GCM. Ni les photographies du rapport d'expertise EURISK du 16 février 2018, ni celles du rapport d'expertise CPE du 31 janvier 2019, ne permettent de distinguer clairement l'ampleur alléguée des désordres. Par ailleurs, si la communauté de communes invoque des risques pour la sécurité des usagers et des conditions anormales d'utilisation, elle s'en tient à ces seules allégations non documentées, alors même que le rapport d'expertise du cabinet EURISK a indiqué que " malgré ces différences de planéité, le terrain de jeu est utilisé régulièrement, sans difficulté particulière ", étant précisé qu'il résulte de l'instruction que le terrain n'a pas vocation à accueillir de compétitions. Ainsi, les désordres, apparus durant l'été 2015, n'ont été signalés pour la première fois par la communauté de communes que dans un courrier du 24 novembre 2017, lequel précise d'ailleurs que le désordre s'est stabilisé depuis le mois de janvier 2016. Les mentions du rapport d'expertise, selon lesquelles " l'évolution [des désordres] peut encore continuer bien que les relevés altimétriques () montrent une diminution voire une presque stabilisation ", ne permettent pas d'établir de façon suffisamment certaine que les désordres présentaient un caractère évolutif. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le caractère décennal des désordres ne peut être regardé, en l'état, comme établi avec un degré suffisant de certitude.
9. Par suite, la créance de la communauté de communes du Pays de Wissembourg apparaît comme étant sérieusement contestable. Il en résulte que les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 541-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les appels en garanties :
10. Aucune condamnation n'étant prononcée à l'encontre de la société EMCH et Berger, ses conclusions présentées à fin d'appel en garantie sont sans objet.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sociétés GCM et EMCH et B, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent àa la communauté de communes du Pays de Wissembourg la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la communauté de communes du Pays de Wissembourg une somme de 1 500 euros à verser, à chacune, à la société GCM et à la société EMCH et Berger, et de mettre à la charge de la société EMCH et Berger une somme de 1 500 euros à verser à la société Sablières Leonhart.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de la communauté de communes du Pays de Wissembourg est rejetée.
Article 2 : La communauté de communes du Pays de Wissembourg versera à la société GCM et à la société EMCH et Berger, chacune, une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La société EMCH et Berger versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la société Sablières Leonhart sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté de communes du Pays de Wissembourg, à la société GCM, à la société EMCH et Berger et à la société Les Sablières Leonhart.
Fait à Strasbourg, le 19 mars 2024.
Le juge des référés,
L. BOUTOT
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2307299
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026