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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307406

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307406

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307406
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET MONHEIT-ANDRE-MAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2023, Mme A C épouse D et M. F D, représentés par Me Geny, demande à la juge des référés :

1°) de prescrire une expertise en vue de déterminer les conditions de la prise en charge de leur enfant, M. G D, par le centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach à compter du 24 avril 2023, et d'évaluer les préjudices résultant de celle-ci pour leur enfant et eux-mêmes ;

2°) que les frais d'expertise soient pris en charge par le centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach.

Ils soutiennent que la prise en charge de leur enfant à compter du 24 avril 2023 par le centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach, à la suite de fortes douleurs au niveau de la nuque, du dos et des jambes et pour une hyperthermie à 38,2°C a été fautive et a causé divers préjudices à leur enfant et eux-mêmes et que la responsabilité du centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach est susceptible d'être engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe et Moselle déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2023, le centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach, représenté par Me Mai :

1°) déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) demande qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;

3°) sollicite la production, par l'organisme social de M. G D, avant le début des opérations d'expertise, de son relevé de débours et frais médicaux et définitif ;

4°) demande à être autorisé à communiquer à l'expert ainsi qu'à toute autre partie à la procédure, toutes les pièces médicales concernant la prise en charge de M. G D ;

5°) demande que l'avance sur les frais d'expertise soit mise à la charge des requérants ;

6°) rejette la demande des requérants relative à la prise des frais d'expertise.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Lecard en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse D et M. D exposent qu'il se sont rendus aux urgences pédiatriques du centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach le 24 avril 2023 pour leur enfant âgé de deux ans et demi, M. G D, en raison de fortes douleurs au niveau de la nuque, du dos et des jambes et pour une hyperthermie à 38,2°C. Les requérants indiquent qu'une rhinopharyngite a été diagnostiquée et qu'ils ont été priés de retourner à leur domicile. Ils allèguent que les médecins du centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach n'ont procédé à aucune osculation ni examen clinique. Le 25 avril 2023, en voyant l'état de santé de leur enfant se dégrader, les requérants précisent s'être rendus chez leur médecin traitant, le Dr B, qui a ordonné une hospitalisation à l'hôpital Mercy de Metz où une méningite a été diagnostiquée. Les requérants sollicitent de la juge des référés que soit désigné un expert en vue de déterminer les conditions de la prise en charge de leur enfant, M. G D, par le centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach à compter du 24 avril 2023, de déterminer les préjudices, pour l'enfant et eux-mêmes, résultant de la prise en charge.

Sur la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. La mesure d'expertise demandée par Mme C épouse D et M. D entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions du Centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées, sans que le rejet de cette demande ne fasse obstacle à ce que l'expert établisse un pré-rapport soumis au contradictoire des parties s'il l'estime utile, sur le fondement de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe et Moselle la production du relevé de ses frais et débours avant le commencement de l'expertise :

5. Il résulte de l'instruction qu'à ce stade de la procédure, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe et Moselle ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle qu'elle est fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de solliciter, s'il l'estime nécessaire, la communication du relevé détaillé des débours et frais médicaux en lien avec la prise en charge de M. G D. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions du centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach tendant à la communication de ce relevé

Sur les conclusions relatives à la communication des pièces médicales :

6. Aux termes de l'article R. 4127-4 du code de la santé publique : " Le secret professionnel institué dans l'intérêt des patients s'impose à tout médecin dans les conditions établies par la loi. Le secret couvre tout ce qui est venu à la connaissance du médecin dans l'exercice de sa profession, c'est-à-dire non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu'il a vu, entendu ou compris ". Ces dispositions impliquent que seul le patient concerné peut lever le secret médical en transmettant lui-même son dossier ou en autorisant sa communication. Dès lors, il n'appartient pas au tribunal d'autoriser la communication du dossier médical à l'expert. Par suite, il y a lieu de rejeter la demande du centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach de pouvoir communiquer à l'expert, les pièces du dossier médical de M. G D.

Sur les conclusions relatives aux avances sur les frais d'expertise :

7. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction [] peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations [].

8. En l'absence d'allocation provisionnelle ordonnée par la présente décision, les demandes du centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach sont prématurées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'expertise et dépens :

9. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ()en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'ordonnance est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. ()". Aux termes de l'article R. 761-4 dudit code : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par ordonnance du président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement ou, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué.() ". Aux termes de l'article R. 621-11 du même code : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. (.) ".

10. Il résulte de ces dispositions combinées que la détermination du montant des frais et honoraires d'expertises et de la personne à la charge de laquelle ces frais doivent être mis est effectuée par une ordonnance prise par le président du tribunal ou le magistrat qu'il désigne après la remise du rapport par l'expert.

11. La demande des requérants relative à la prise en charge des frais d'expertise est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

O R D O N N E

Article 1er : Dr E H, pédiatre, exerçant au 12 Bis route de Boing, à Metz (57070), est désigné. Il aura pour mission, dans le respect du secret médical ; de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre les demandeurs à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° décrire l'état de santé antérieur de M. G D, prendre connaissance de l'entier dossier médical relatif aux examens prodigués à M. G D au sein du centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach dans le respect du secret médical ; convoquer contradictoirement tous sachants ;

3° décrire les conditions dans lesquelles M G D a été admis et soigné au centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach à compter du 24 avril 2023 ;

4° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues ;

5° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause ;

6° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

7° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, retards, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

8° se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable au centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach;

9° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

10° déterminer si l'acte médical a entraîné des conséquences notamment plus graves que les conséquences probables de la pathologies présentée en l'absence de traitement ;

11° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la famille du patient sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

12° indiquer si les agissements éventuellement constatés ont fait perdre à M. G D une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

13° en cas de retard de diagnostic de établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi chirurgical a été conforme aux règles de l'art médical ;

14° préciser l'imputabilité entre le fait dommageable, les lésions initiales et les séquelles invoquées en se prononçant sur la réalité des lésions initiales, la réalité de l'état séquellaire, l'imputabilité directe et certaines des séquelles aux lésions initiales, et en précisant l'incidence éventuelle d'un état antérieur ;

15° dire si l'état de santé de M. G D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de M. G D ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;

16° indiquer si l'état de santé de M. G D justifiait lors de la consolidation ou justifie encore aujourd'hui l'assistance d'une tierce personne de façon constante ou occasionnelle, spécialisée ou non, en décrivant les besoins, et se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage, ou autres fournitures particuliers pour éviter une aggravation de l'état séquellaire.

17° se prononcer sur l'existence de tout préjudice patrimonial temporaire (dépenses de santé, frais divers, ) et permanent (dépenses de santé futures) subis par les parents, Mme A C épouse D et M. F D, dans le cadre de la prise en charge de leur enfant par le centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach ;

18° se prononcer sur l'existence de tout préjudice extrapatrimonial temporaire (déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées) et tout préjudice extrapatrimonial permanent (déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, préjudice esthétique, préjudice sexuel, ) subi, par M. G D résultant des potentiels agissements du centre Hospitalier Marie-Madeleine de Forbach; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander à la juge des référés une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : À tout moment au cours de sa mission, l'expert pourra proposer à la juge des référés une médiation entre les parties.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 31 octobre 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 8 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse D, à M. F D, à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe et Moselle, au centre Hospitalier Marie Madeleine de Forbach, et à Dr E H, expert.

Fait à Strasbourg, le 4 avril 2024.

La juge des référés,

A. LECARD

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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