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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307891

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307891

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307891
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023, M. A D et Mme B E, représentés par Me Berry, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de constater l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de leur indiquer le lieu d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir dans le délai de 24 heures suivant la signification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros toutes taxes comprises à verser à leur conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'état de santé de M. D est incompatible avec la précarité de ses conditions d'hébergement actuelles ;

- la carence de la préfecture à leur assurer un accès à l'hébergement d'urgence constitue une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- aucun des éléments produits ne démontre que M. D serait en détresse médicale ;

- les requérants n'ont signalé à la préfecture leur situation en matière d'hébergement que le 30 octobre 2023 alors que M. D est suivi en France depuis 2022 ;

- dans un contexte de forte augmentation de la pression migratoire, les places disponibles en hébergement d'urgence ne permettent pas de satisfaire toutes les demandes et les moyens sont mis en œuvre pour héberger en priorité les personnes en situation de plus extrême précarité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 novembre 2023 tenue en présence de Mme Soltani, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Carraud, substituant Me Berry, avocate de M. D et Mme E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et qui souligne également que M. D étant titulaire d'une autorisation provisoire de séjour ne lui ouvrant pas le droit d'exercer une activité professionnelle ne peut ainsi, ni obtenir un logement par ses propres moyens, ni être éligible au dispositif d'hébergement d'urgence.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. En application de ces dispositions et en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D et Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, selon le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

4. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

5. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

6. M. D et Mme E, ressortissants géorgiens, âgés respectivement de 49 et 44 ans, sont entrés en France selon leurs déclarations le 3 août 2022, en compagnie de leur fils, aujourd'hui âgé de 17 ans. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 octobre 2022, confirmées par la cour nationale du droit d'asile le 12 juin 2023. Parallèlement à sa demande d'asile, M. D a sollicité son admission au séjour pour raisons médicales. Le collège de médecins de l'OFII ayant estimé en janvier 2023 que son état de santé nécessitait des soins en France pour une durée de six mois, une autorisation provisoire de séjour lui a été délivrée le 31 août 2023, qui a été renouvelée jusqu'au 15 janvier 2024. Mme E est quant à elle en situation irrégulière. Après le rejet définitif de leurs demandes d'asile, M. D et Mme E, qui étaient jusqu'alors hébergés en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, ont été obligés de quitter le 30 août 2023 cet hébergement. Ils couchent depuis dans une automobile ou sous une tente. Ils demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de leur indiquer un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir.

7. Les requérants font valoir que depuis leur sortie le 30 août 2023 du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, le centre d'appel " 115 " ne leur a pas proposé de place d'hébergement alors que l'état de santé de M. D est incompatible avec la précarité de ses conditions d'hébergement actuelles. A l'appui de leurs allégations, ils produisent un compte rendu d'hospitalisation établi le 14 janvier 2023, dont il ressort que M. D a subi une néphrectomie totale droite. Il ne résulte toutefois pas de ce compte rendu pas plus que de l'attestation établie par un kinésithérapeute le 3 octobre 2023 que M. D serait, au jour de l'audience, en état de détresse médicale. Au surplus, les requérants, qui indiquent se trouver sans abri depuis maintenant plus de deux mois, n'indiquent pas dans quelle mesure leur situation récente aurait évolué de façon telle qu'au regard de leur vulnérabilité, une réponse doive désormais leur être apportée immédiatement, par l'administration ou le juge des référés saisi sur le fondement particulier de l'article L. 521-2 précité, sous peine de les exposer à de graves conséquences. Dans ces conditions, et alors que la préfète du Bas-Rhin démontre que le dispositif d'hébergement est aujourd'hui saturé et que les services, sous son autorité, veillent à la mise en œuvre du dispositif prévu par la loi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'Etat est en carence en ne leur proposant pas d'hébergement d'urgence. Par suite la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit des requérants à disposer d'un hébergement d'urgence.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de M. D et de Mme E dirigées contre l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D et de Mme E sont admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D et de Mme E est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, à Mme B E, à Me Berry et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Strasbourg, le 8 novembre 2023.

Le juge des référés,

A. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Soltani

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