lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2308035 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELAS OLSZAK & LEVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 novembre 2023, et un mémoire enregistré le 8 mars 2024, la commune de Herrlisheim, représentée par Me Serra, demande au juge des référés :
1) de condamner la société Balcia à lui verser une provision de 289 080 euros TTC ;
2) d'assortir cette somme des intérêts au double de l'intérêts au taux légal à compter du 7 juin 2023, subsidiairement, de la présente requête ;
3) de mettre à la charge de la société Balcia une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- le caractère décennal des désordres d'infiltrations est établi ;
- elle est fondée à demander une provision au titre des travaux de reprises urgents et rendus indispensables par les infiltrations en toiture ;
- la société Balcia n'a pas formulé de proposition d'indemnisation dans le délai de 90 jours prévu à l'article L. 242-1 du code des assurances et qui expirait le 20 juillet 2020 ;
- la société n'a pas prolongé le délai de 90 jours et le courrier du 18 juin 2020 n'a pu avoir comme effet de prolonger ce délai ;
S'agissant de la déclaration des dommages :
- la déclaration de sinistre a été faite le 16 avril 2020 ; la circonstance qu'elle visait des infiltrations diverses, et non des désordres structurels, est indifférente, dès lors que les désordres affectant la charpente sont les conséquences des infiltrations signalées ;
- sont seulement en cause dans la présente instance les travaux de confortation de la charpente au niveau des croix de Saint-André, et non les autres désordres affectant les sous-poutres de la salle de gymnastique, dont l'analyse est toujours en cours ;
- l'expert SARETEC a lui-même noté l'existence d'infiltrations dans la salle de gymnastique ;
- en toute hypothèse, la société Balcia n'a pas sollicité un complément d'informations ;
S'agissant du défaut d'information à la charge de l'assuré :
- l'ensemble des documents demandés ont été transmis le 19 août 2020 et la société Balcia s'est estimée suffisamment informée ;
- ces documents avaient été remis lors de l'expertise SARETEC ;
- la méconnaissance des articles 5.1 des conditions générales d'assurance, et du A de l'annexe II de l'article A. 243-1 du code des assurances n'est pas établie ;
- le défaut de transmission des documents, en toute hypothèse, ne pourrait entraîner qu'une exclusion de garantie ou une suspension du processus d'indemnisation, comme le prévoit l'article L. 113-9 du code des assurances ;
- la société Balcia n'établit pas l'aggravation du risque qui en aurait résulté pour elle ;
- en toute hypothèse, la société Balcia n'a sollicité aucun document depuis le courrier du 26 mai 2023.
S'agissant du caractère indéterminé de la dette :
- ni le contrat d'assurance, ni l'article L. 242-1 du code des assurances, n'exigent la notification du coût et de la nature des travaux ;
- le devis a en toute hypothèse été communiqué dans le cadre de l'expertise judiciaire et la société Balcia n'a pas émis d'observations ;
- le règlement de l'indemnité n'est pas subordonné à l'issue des opérations d'expertise ;
- la facture finale correspond au devis communiqué dans le cadre des opérations d'expertise ;
- la circonstance que les investigations ne sont pas achevées est sans incidence, dès lors que la présente demande ne porte que sur des travaux urgents ;
Sur la sanction :
- compte tenu de la carence de l'assureur, elle est fondée à obtenir les intérêts moratoires au double de l'intérêts au taux légal, en application de l'alinéa 5 de l'article L. 242-1 du code des assurances ;
- les désordres en cause ont été déclarés ;
- subsidiairement, le courrier du 26 mai 2023 s'analyse comme une nouvelle déclaration de sinistre, qui n'a fait l'objet d'aucune demande d'informations complémentaires ;
- la société Balcia n'a pas sollicité de délai supplémentaire, comme elle pouvait le faire si elle estimait que des investigations supplémentaires étaient nécessaires ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 février 2024 et 18 mars 2024, la société Balcia Insurance SE, représentée par Me Ferey, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de la commune de Herrlisheim une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la recevabilité :
- la demande de provision porte non sur des dommages relatifs aux infiltrations, mais sur des désordres structurels qui n'ont pas fait l'objet d'une déclaration de sinistre ;
- dans sa requête au fond, la commune a bien distingué les types de dommages et elle a recherché la responsabilité de l'entreprise en charge du lot " structure bois ", non celle de l'entreprise en charge des travaux d'étanchéité ;
- l'expert judiciaire a également distingué les travaux structurels des travaux de reprise de l'étanchéité ; il a indiqué que certaines fissures étaient dues non aux infiltrations, mais à un défaut de mise en œuvre ; il n'a pas non plus relevé d'humidité sur les panneaux OSB et sur le caisson bas ;
- le cabinet SARETEC n'a pas noté de lien de causalité entre les infiltrations et la dégradation de la structure ;
- le courrier du 26 mai 2023 ne peut être regardé comme une nouvelle déclaration de sinistre et s'inscrit dans la continuité des dommages signalés au titre des infiltrations ;
- par suite, faute de déclaration de sinistre préalable, la requête est irrecevable ;
Sur le défaut d'information :
- la commune n'a pas transmis un dossier technique complet et ne peut donc prétendre au processus indemnitaire ;
- la commune n'est pas fondée à soutenir que le défaut d'information ne pourrait entraîner qu'une simple réduction d'indemnité ;
Sur le caractère indéterminé de la dette :
- les devis des travaux dont il est demandé le préfinancement n'ont pas été notifiés à l'assureur mais seulement communiqués dans le cadre de l'expertise judiciaire ;
- l'expert n'a pas donné d'avis sur l'étendue des travaux engagés ;
- l'étude des travaux réparatoires des dommages relatifs aux infiltrations est toujours en cours ;
- la somme de 289 080 euros TTC demandée ne correspond pas aux sommes versées à la société Charpentes Moog, intervenue en réparation ;
- l'application de la TVA est contestable ; la TVA n'est notamment pas applicable sur les travaux payés au sous-traitant ;
Sur la sanction :
- il ne peut y avoir sanction sans déclaration de sinistre ;
- compte tenu de la complexité des travaux, une étude approfondie est nécessaire ;
- les sanctions ne peuvent s'appliquer sur l'assiette des travaux structurels ;
Un mémoire présenté pour le compte de la commune de Herrlisheim a été enregistré le 26 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boutot, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. En 2011, la commune de Herrlisheim a entrepris des travaux de restructuration et d'extension d'un complexe sportif et culturel, pour lesquels elle a souscrit une police dommages-ouvrage auprès de la compagnie BTA Insurance Company SE, devenue la société Balcia Insurance SE. En 2020, après avoir constaté des infiltrations, elle a effectué une déclaration de sinistre auprès de la société Balcia, qui a mandaté un expert du cabinet SARETEC. La commune a ensuite introduit un référé expertise et les opérations d'expertise ont commencé au mois d'octobre 2021. La commune de Herrlisheim demande de condamner la société Balcia à lui verser une provision de 289 080 euros TTC au titre des travaux urgents auxquels elle soutient avoir dû procéder pour remédier aux désordres dus aux infiltrations.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne l'existence d'une créance non sérieusement contestable :
3. La commune de Herrlisheim recherche la responsabilité contractuelle de la société Balcia sur le fondement de l'action-sanction prévue à l'article L. 242-1 du code des assurances.
4. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des assurances : " Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l'ouverture du chantier, pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs, une assurance garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs au sens de l'article 1792-1, les fabricants et importateurs ou le contrôleur technique sur le fondement de l'article 1792 du code civil. (). / L'assureur a un délai maximal de soixante jours, courant à compter de la réception de la déclaration du sinistre, pour notifier à l'assuré sa décision quant au principe de la mise en jeu des garanties prévues au contrat. / Lorsqu'il accepte la mise en jeu des garanties prévues au contrat, l'assureur présente, dans un délai maximal de quatre-vingt-dix jours, courant à compter de la réception de la déclaration du sinistre, une offre d'indemnité, revêtant le cas échéant un caractère provisionnel et destinée au paiement des travaux de réparation des dommages. En cas d'acceptation, par l'assuré, de l'offre qui lui a été faite, le règlement de l'indemnité par l'assureur intervient dans un délai de quinze jours. / Lorsque l'assureur ne respecte pas l'un des délais prévus aux deux alinéas ci-dessus ou propose une offre d'indemnité manifestement insuffisante, l'assuré peut, après l'avoir notifié à l'assureur, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L'indemnité versée par l'assureur est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal ". Il résulte de ces dispositions, auxquelles se réfèrent les conditions générales du contrat d'assurance dommages-ouvrage du 12 septembre 2011, que lorsque l'assureur ne respecte pas l'un des deux délais de 60 ou 90 jours, les garanties du contrat sont alors réputées contractuellement acquises à l'assuré pour ce qui concerne le sinistre déclaré - à la condition que l'assuré informe l'assureur de cette situation - et l'assuré est autorisé à engager non seulement les dépenses correspondant à l'exécution des mesures conservatoires nécessaires à la non-aggravation des dommages mais aussi les dépenses nécessaires à la réparation des dommages.
5. En premier lieu, la commune de Herrlisheim soutient qu'elle n'a reçu aucune proposition d'indemnisation à la suite de sa déclaration de sinistre du 16 avril 2020, de sorte qu'elle est fondée, en application de l'alinéa 5 de l'article L. 242-1 du code des assurances, à engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages.
6. En défense, la société Balcia soutient que la commune de Herrlisheim n'est pas recevable à rechercher sa garantie, faute pour elle d'avoir déclaré le sinistre au titre duquel elle sollicite une provision. La société Balcia soutient ainsi qu'alors que la somme de 289 080 euros, demandée dans la présente instance, correspond à des travaux de réfection de dommages structurels affectant la charpente de l'ouvrage, la commune s'est limitée à déclarer des " infiltrations diverses " dans son courrier du 16 avril 2020, et que le rapport d'expertise SARETEC a seulement mentionné, au titre des désordres déclarés, des infiltrations dans la salle de gymnastique, sans mentionner des désordres structurels.
7. Les désordres pour lesquels la commune sollicite la garantie de la société Balcia concernent des travaux de confortement de la charpente de la salle de gymnastique, dont l'expert judiciaire a admis l'urgence et la nécessité dans la note aux parties n°6 (p.8), après avoir constaté la détérioration des platines de fixation des pièces de contreventement. Dans la note aux parties n°2, l'expert a relevé de l'eau stagnant sur les platines métalliques et, surtout, dans sa note aux parties n°6, à la suite de sondages complémentaires réalisés en toiture au droit des platines, l'expert a constaté, sur un premier sondage, l'état détérioré des panneaux en bois KLH et des boulons de fixation de platines qui tournent dans le vide et, sur un deuxième sondage, une humidité importante affectant les pièces de bois KLH à côté de la platine. Dans ces conditions, il est établi, avec un degré suffisant de certitude, que les désordres affectant les pièces de contreventement de la charpente (désordres " structurels ") sont la conséquence directe des infiltrations survenues en toiture.
8. Il résulte toutefois de l'instruction que les désordres affectant les pièces de contreventement n'ont pas fait l'objet d'un signalement spécifique, ni en avril 2020, ni lors des opérations de l'expertise mandatée par l'assurance, et n'ont été décrits avec précision, pour la première fois, que dans la note aux parties n°6 du 30 août 2022. Or, la question de savoir si la garantie de l'assureur ne peut porter, exclusivement, que sur les dommages expressément et précisément signalés dans la déclaration de sinistre, ou si cette garantie s'étend également aux dommages ultérieurement révélés et qui, bien que n'ayant pas été initialement signalés, sont la conséquence directe du désordre signalé, présente un caractère sérieux.
9. Dans ces conditions, la créance de la commune de Herrlisheim, en tant qu'elle est présentée sur le fondement de la déclaration de sinistre du 16 avril 2020, ne peut pas être regardée comme présentant un caractère non sérieusement contestable.
10. En deuxième lieu, la commune de Herrlisheim soutient qu'elle a, en toute hypothèse, effectué une deuxième déclaration de sinistre, en date du 26 mai 2023, qui n'a reçu aucune réponse.
11. En défense, la société Balcia soutient que cette déclaration ne s'analyse pas comme une nouvelle déclaration mais s'inscrit dans la continuité du dommage déclaré en 2020 au titre des infiltrations. Toutefois, il ressort des termes du courrier du 26 mai 2023, notifié le 7 juin 2023, auquel étaient joints le devis de la société Charpentes Moog relatif aux travaux de confortement de la charpente et la note aux parties n°6 de l'expert judiciaire, que la commune informe la société Balcia que la poursuite des opérations d'expertise a révélé une dégradation importante du bâtiment due aux infiltrations, lesquelles ont " notamment généré des dommages importants sur la structure de la salle de gymnastique ". En conséquence, la commune demande la prise en compte de ces éléments dans le cadre de la gestion du sinistre déclaré en 2020, à défaut, " d'ouvrir un nouveau dossier de sinistre ", en vue du préfinancement des travaux de réparation. Dans ces conditions, il n'est pas sérieusement contestable qu'un tel courrier, qui fait état de l'aggravation des désordres en raison de dommages structurels, et demande l'ouverture d'un nouveau dossier de sinistre pour le cas où ces dommages ne pourraient pas se rattacher à la déclaration précédente, s'analyse comme une nouvelle déclaration de sinistre, étant précisé que la société Balcia, qui soutient que les désordres structurels n'ont pas été signalés en 2020, ne saurait sans contradiction soutenir que le courrier du 26 mai 2023, qui mentionne sans équivoque possible ces désordres structurels, devrait se rattacher à la déclaration de 2020.
12. Or, il résulte de l'instruction que la société Balcia n'a pas pris position sur la déclaration du 26 mai 2023 et n'a, ainsi, pas notifié à son assuré sa décision quant au principe de la mise en jeu des garanties prévues au contrat. La société Balcia n'a pas non plus signifié à son assuré que sa déclaration n'était pas complète, ni sollicité de délai supplémentaire pour établir son offre d'indemnité. Dans ces conditions, la déclaration de la commune de Herrlisheim est réputée constituée, et il en résulte que l'obligation de la société Balcia d'indemniser la commune sur le fondement de l'action-sanction prévue par l'article L. 242-1 du code des assurances n'est pas sérieusement contestable.
En ce qui concerne le montant de l'obligation non contestable :
13. En premier lieu, si la société Balcia soutient que le devis des travaux dont il est demandé réparation ne lui a pas été notifié, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le moyen manque en fait.
14. En deuxième lieu, les circonstances que l'expert judiciaire ne se serait pas prononcé sur l'étendue des travaux de réparation et que les opérations d'expertise ne seraient pas achevées sont, en l'absence de toute disposition de droit y obligeant, sans incidence sur le droit de la commune à bénéficier du mécanisme de préfinancement des travaux de réparation. En toute hypothèse, il résulte de l'instruction que les travaux, objet du devis de la société Charpentes Moog, correspondent aux travaux préconisés par l'expert dans sa note aux parties n°6. Dans la présente instance, la société Balcia n'apporte aucune contestation sérieuse de la nécessité des travaux qui ont été précisément décrits et justifiés notamment par le bureau d'ingénierie SERUE dans le CCTP " lot unique : travaux d'urgence ". Le moyen doit être écarté.
15. En troisième lieu, la société Balcia soutient que la montant de la provision demandée, de 289 080 euros TTC, ne correspond pas au montant du devis de la société Charpentes Moog, qui s'élève à 276 000 euros TTC. Il y a toutefois lieu de tenir compte de la somme de 13 080 euros TTC correspondant à des frais d'assistance à maîtrise d'ouvrage (selon bon de commande du 24 novembre 2022), dont la nécessité, compte-tenu de la complexité des travaux de réparation, n'apparaît pas sérieusement contestable.
16. En quatrième lieu, concernant le montant des travaux, il résulte de l'instruction que la facture finale de la société Charpentes Moog, en date du 30 novembre 2023, a accordé une remise exceptionnelle de 3 450 euros HT, qu'il y a dès lors lieu de déduire du montant de la provision demandée de 230 000 euros HT. Le montant non sérieusement contestable de la provision, au titre des travaux de réparation, s'élève donc à 226 550 euros HT, soit 271 860 euros TTC.
17. En cinquième lieu, la société Balcia soutient que l'application de la TVA sur le montant des travaux est contestable. Toutefois, le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations. En l'espèce, il n'est pas établi que la commune de Herrlisheim, à raison de l'opération en cause, relèverait d'un tel régime, de sorte que l'application de la TVA sur les travaux de réparation n'est pas sérieusement contestable.
18. En sixième lieu, la société Balcia, qui observe que la facture finale du 30 novembre 2023 de la société Charpentes Moog mentionne une somme de 15 500 euros HT payée directement par la commune à un sous-traitant, soutient que la commune n'est dès lors pas fondée à obtenir le remboursement TTC de cette somme. Il n'est cependant pas sérieusement contestable que le règlement des travaux réalisés par le sous-traitant inclut, pour les mêmes motifs qu'au point précédent, la TVA, laquelle est supportée par la commune qui l'a payée à l'entreprise principale. Le moyen doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que le montant non sérieusement contestable de la créance de la commune de Herrlisheim s'élève à 284 940 euros TTC (271 860 + 13 080).
En ce qui concerne les intérêts :
20. La commune de Herrlisheim demande, en application de l'article L. 242-1 du code des assurances, que la provision soit majorée d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal.
21. Si la société Balcia soutient que la correspondance du 26 mai 2023 ne peut s'analyser comme une déclaration de sinistre susceptible d'ouvrir droit à la majoration du taux de l'intérêt légal, le moyen ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs qu'au point 17.
22. Dans ces conditions, l'application, de plein droit, d'intérêts majorés, en raison de l'absence de prise de position de la société Balcia sur la déclaration du 26 mai 2023, n'apparaît pas sérieusement contestable.
23. Dès lors que les intérêts ne sont dus qu'à compter de la mise en demeure de payer et non de la déclaration de sinistre, les intérêts majorés ne courront qu'à compter du 9 novembre 2023, date d'enregistrement de la requête.
Sur les frais d'instance :
24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Balcia une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Herrlisheim, et de rejeter les conclusions présentées la société Balcia au même titre.
O R D O N N E :
Article 1 : La société Balcia Insurance SE versera à la commune de Herrlisheim une provision de 284 940 euros TTC.
Article 2 : Cette somme portera intérêts au double du taux légal à compter du 9 novembre 2023.
Article 3 : La société Balcia Insurance SE versera à la commune de Herrlisheim une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Herrlisheim et à la société Balcia Insurance SE.
Fait à Strasbourg, le 8 avril 2024.
Le juge des référés
L. BOUTOT
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2308035
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026