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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308212

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308212

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308212
TypeDécision
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantECA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de Mme B... épouse A..., ressortissante albanaise, contestant le refus du préfet de la Moselle d'enregistrer sa demande de titre de séjour. Le tribunal a rejeté sa demande, considérant que la requérante avait été dûment informée, conformément à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais pour solliciter un autre titre de séjour que l'asile. La décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, la demande étant tardive et ne reposant sur aucune circonstance nouvelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2023, Mme C... B... épouse A..., représentée par Me Eca, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler la décision du 26 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé d’enregistrer sa demande titre de séjour ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- c’est à tort que le préfet a rejeté sa demande de titre de séjour en raison de son caractère tardif dès lors qu’elle n’a pas été informée conformément aux dispositions de l’article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de l’obligation de solliciter son admission au séjour sur un autre fondement que l’asile dans un délai déterminé ;
- la décision attaquée est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 6 juin 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Carrier a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissant albanaise née en 1988, est entrée en France le 1er avril 2019, selon ses dires. Elle a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié, demande rejetée par le directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Elle a fait l’objet de deux mesures d’éloignements les 7 novembre 2019 et 4 avril 2022, confirmées par le tribunal administratif de Strasbourg, auxquelles elle n’a pas déféré. Par une demande du 22 février 2023, elle a demandé son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 26 septembre 2023, dont elle demande l’annulation, le préfet de la Moselle a refusé d’enregistrer sa demande de titre de séjour.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Mme A... ayant été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision de la section administrative du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg en date du 6 juin 2024, ses conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’un étranger a présenté une demande d’asile qui relève de la compétence de la France, l’autorité administrative, après l’avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l’absence de demande sur d’autres fondements à ce stade, l’invite à indiquer s’il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l’affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l’article L. 611-3, il ne pourra, à l’expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. Les conditions d’application du présent article sont précisées par décret en Conseil d’Etat. ». L’article D. 431-7 du même code a précisé que les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d’asile dans un délai de deux mois, porté à trois mois lorsqu’est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l’article L. 425-9.

Dans le cas où un étranger ayant demandé l’asile a été dûment informé, en application des dispositions de l’article L. 431-2 citées au point 3 ci-dessus, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l’expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l’autorité administrative peut rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté à moins que l’étranger ait fait valoir, dans sa demande à l’administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c’est-à-dire un motif de délivrance d’un titre de séjour apparu postérieurement à l’expiration de ce délai. La tardiveté de la demande de titre formulée par l’étranger ayant présenté une demande d’asile peut constituer l’un des motifs de la décision de refus de titre prise après le rejet définitif de sa demande d’asile ou fonder un refus d’enregistrement de la demande de titre, dont l’étranger sera recevable à demander l’annulation pour excès de pouvoir.

Il ressort des pièces du dossier que Mme A... s’est vu remettre le 9 mai 2019, à l’occasion de l’enregistrement de sa demande d’asile, la notice d’information relative aux possibilités de demander un titre de séjour dès le début de l’examen par la France d’une demande d’asile, en albanais, langue qu’elle comprend. Cette notice précisait expressément la nécessité de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement que l’asile dans un délai de deux mois à compter de la remise de cette notice d’information. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir qu’elle n’aurait pas été informée de cette obligation. Dès lors, en l’absence de circonstances de fait nouvelles invoquées par la requérante justifiant l’obtention d’un titre de séjour, c’est à bon droit que le préfet de la Moselle a refusé d’enregistrer sa demande de titre de séjour en raison de son caractère tardif.

En second lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale de Mme A..., qui réside depuis quatre ans France et a fait l’objet de mesures d’éloignement non exécutées, le préfet n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de l’intéressée, en refusant d’enregistrer sa demande de titre de séjour.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de Mme A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur la demande d’admission, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle présentée par Mme A....

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B... épouse A..., à Me Eca et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.






Délibéré après l’audience du 10 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,
Mme D..., première conseiller,
Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025.


Le président-rapporteur,






C. CARRIER



L’assesseure la plus ancienne,






H. D...


Le greffier,



P. SOUHAIT


La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,







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