lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2308321 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TCHEUMALIEU FANSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Tcheumalieu Fansi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, celle prévue à l'article L. 423-23 du même code, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,
- et les observations de Me Tcheumalieu Fansi, pour Mme A, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née en 1978, déclare être entrée régulièrement en France le 10 novembre 2020, sans toutefois en justifier. Elle s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire pour soins, valide du 22 juin 2022 au 21 juin 2023. Par un arrêté du 13 octobre 2023, le préfet du Haut-Rhin a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, la décision de refus attaquée comporte de manière suffisante les considérations de droit et de fait qui la fondent. En particulier, elle mentionne de manière suffisante que dans son avis du 20 septembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard toutefois à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié et que, au vu de cet avis, elle ne remplit plus les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour sollicité par Mme A, le préfet du Haut-Rhin a considéré, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 20 septembre 2023, que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard toutefois à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié. Si Mme A conteste ce motif, elle se borne toutefois à produire un certificat médical établi le 13 novembre 2023 par un médecin généraliste, qui se limite à énoncer que les soins dont elle bénéfice en France ne peuvent pas être dispensés au Cameroun compte tenu de l'absence de système de sécurité sociale dans ce pays. Par ailleurs, les considérations d'ordre général sur l'état du système de santé au Cameroun dont elle fait état dans sa requête ne sont pas de nature à établir l'erreur d'appréciation alléguée. Par conséquent, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article
L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. A supposer que Mme A soit entrée en France le 10 novembre 2020, elle ne justifie d'une durée de séjour en France que de près de trois ans à la date de la décision attaquée. De plus, si sa fille, née en 2008, séjourne également en France, il ressort cependant des pièces du dossier qu'elle y séjourne depuis mai 2022 seulement, et que les deux autres filles de la requérante résident toujours au Cameroun, ainsi que le frère de la requérante et ses trois sœurs. Enfin, si Mme A se prévaut de sa relation en France avec un ressortissant camerounais résidant sous couvert d'une carte de résident, avec lequel elle a conclu un partenariat civil de solidarité le 5 juillet 2021, cette relation, compte tenu de son caractère récent, ne saurait établir l'existence d'une vie privée et familiale suffisamment ancienne, stable et intense sur le territoire français. Dans ces conditions, alors même que Mme A travaille depuis janvier 2023 pour la société Solutia comme aide à domicile, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Haut-Rhin a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi et méconnu ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du
Haut-Rhin.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2308321
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01283
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01974
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