mercredi 30 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2308655 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DOLLÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 29 365 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 6 octobre 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros toutes taxes comprises en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour du 4 mars 2021 était illégale, ainsi que l'ont constaté le tribunal administratif de Strasbourg et la cour administrative d'appel de Nancy ;
- cette illégalité fautive lui a causé un préjudice tiré du manque à gagner dû à la perte de son contrat à durée indéterminée en tant qu'agent de sécurité et à l'impossibilité de renouveler sa carte professionnelle avant cinq ans, évalué à 8 365 euros ;
- elle lui a causé un préjudice tiré du défaut de versement de la prime d'activité, évalué à 3 000 euros ;
- elle lui a causé un préjudice tiré de la perte de chance d'accéder à un logement social, évalué à 3 000 euros ;
- elle lui a causé un préjudice tiré des frais de défense engagés et non couverts par l'aide juridictionnelle partielle et les frais irrépétibles, à hauteur de 6 000 euros ;
- elle lui a causé un préjudice moral lié à l'impossibilité de suivre des études, évalué à 3 000 euros, et un préjudice d'affection dû au retardement de la procédure de regroupement familial et de déclaration de nationalité française, évalué à 6 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les préjudices dont M. B se prévaut ne sont pas établis et sont dépourvus de caractère réel et certain.
Par ordonnance du 16 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 27 novembre 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dobry,
- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dollé, représentant M. B, présent à l'audience.
Le préfet de la Moselle n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant camerounais né le 31 mai 1976, est entré en France en 2016 sous couvert d'un visa long séjour en tant que conjoint de français. La délivrance d'un titre de séjour lui a ensuite été refusée par une décision du 7 août 2018. Il a formé une nouvelle demande de titre de séjour le 8 août 2019, à laquelle un nouveau refus a été opposé par décision du 4 mars 2021. Cette dernière décision a été annulée le 29 juillet 2021 par jugement du tribunal administratif de Strasbourg, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 28 avril 2022. Des récépissés de demande de carte de séjour autorisant leur titulaire à travailler ont été délivrés à M. B à compter du 30 septembre 2021, puis une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " lui a finalement été délivrée le 7 septembre 2022.
2. Par la présente requête, qui fait suite à une demande adressée au préfet de la Moselle le 6 octobre 2022, à laquelle un refus implicite a été opposé, M. B demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 29 365 euros au titre des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour du 4 mars 2021.
3. En premier lieu, M. B demande l'indemnisation de son manque à gagner du fait de la perte de son contrat de travail à durée indéterminée et de l'impossibilité de renouveler sa carte professionnelle, dont la délivrance suppose une résidence régulière en France d'une ancienneté de cinq ans. D'une part, il résulte de l'instruction que le requérant a travaillé pour une société de surveillance et gardiennage du 17 novembre 2016 au 12 janvier 2022. Au cours de cette période, le requérant était situation irrégulière à compter du 7 août 2018, puis a de nouveau été autorisé à travailler à compter du 30 septembre 2021. D'autre part, la décision de refus de délivrance d'une autorisation préalable pour l'exercice d'activités de sécurité privées dont M. B a fait l'objet le 16 décembre 2021 se fonde sur les circonstances que son titre de séjour est expiré depuis le 22 décembre 2016, qu'il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour le 7 août 2018, et qu'il ne peut ainsi justifier d'un titre de séjour de plus de cinq ans. Au regard de ces éléments, ni la fin de son contrat de travail le 12 janvier 2022, ni le refus de délivrance d'un agrément pour l'exercice d'activités de sécurité privées n'apparaissent en lien avec la décision de refus de titre de séjour illégale du 4 mars 2021 et les demandes d'indemnisation des préjudices afférents ne peuvent qu'être rejetées.
4. En deuxième lieu, les demandes tendant à l'indemnisation de l'impossibilité d'obtenir le versement de la prime d'activité et de la perte de chance d'obtenir un logement social ne sont pas assorties des précisions suffisantes à en apprécier le bien-fondé. Elles ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
5. En troisième lieu, la circonstance que le requérant ait été admis dans une formation universitaire en 2018 ne permet pas d'établir qu'il aurait été empêché, du fait de la décision du 4 mars 2021, de suivre des études en France. La demande d'indemnisation de ce chef doit également être rejetée.
6. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que, suite à une première demande de regroupement familial pour son enfant faite par le requérant en 2017, l'instruction d'une nouvelle demande, à laquelle il a été fait droit le 4 mai 2023, ait été retardée par la décision de refus de titre de séjour du 4 mars 2021. Le préjudice allégué dû au retardement de la procédure de regroupement familial est ainsi sans lien de causalité avec la faute tirée de l'illégalité de la décision du 4 mars 2021.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée () ". Les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause.
8. En l'espèce, nonobstant la circonstance que le requérant n'a bénéficié dans l'instance relative à la légalité de la décision du 4 mars 2021 que de l'aide juridictionnelle partielle, son préjudice correspondant aux frais engagés dans cette instance est réputé intégralement réparé par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 28 avril 2022. Par suite, la demande d'indemnisation des frais engagés pour sa défense dans l'instance relative à la légalité de la décision du 4 mars 2021 ne peut qu'être rejetée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Moselle et à Me Dollé. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Dobry, première conseillère,
Mme Poittevin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2025.
La rapporteure,
S. DOBRY
Le président,
P. REES La greffière,
V. IMMELÉ
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026