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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2309143

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2309143

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2309143
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET MONHEIT-ANDRE-MAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une régularisation, enregistrées le 21 décembre 2023 et le 25 avril 2024, M. B C, représenté par Me Munier :

1°) demande à la juge des référés de prescrire une expertise en vue de déterminer les conditions de la prise en charge de son fils, M. D C, par le Centre hospitalier régional de Metz-Thionville à compter du 24 août 2022, et d'évaluer les préjudices résultant de celle-ci ;

2°) demande la réservation des dépens.

Il soutient que la prise en charge de son fils, M. D C, à compter du 24 août 2022 par le Centre hospitalier régional de Metz-Thionville à la suite d'une chute lors d'un match de football a été fautive et lui a causé divers préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, le Centre hospitalier régional de Metz-Thionville, représentés par Me Mai :

1°) déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) demande qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;

3°) sollicite la production, par l'organisme social de M. D C, avant le début des opérations d'expertise, de son relevé de débours et frais médicaux et définitif ;

4°) demande à être autorisé à communiquer à l'expert ainsi qu'à toute autre partie à la procédure, toutes les pièces médicales concernant la prise en charge de M. D C ;

5°) demande que l'avance sur les frais d'expertise soit mise à la charge du requérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Lecard en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Il est constant que M. D C, représenté dans le cadre de la présente instance par son père, a fait une chute causant une fracture du quart inférieur du radius droit associé à une fracture non déplacée du cubitus entrainant son hospitalisation au sein de l'hôpital Bel-Air du Centre hospitalier régional de Metz-Thionville le 23 août 2022. Une ostéosynthèse par plaque a été réalisée le 24 août 2022. Le requérant indique que son fils a ensuite été vu au sein du Centre de chirurgie orthopédique de Nancy le 6 décembre 2022 qui a indiqué que M. D C présentait des signes d'atteinte du nerf médian et a préconisé la réalisation d'un électromyogramme d'ici le mois de janvier 2023. Le requérant évoque ensuite qu'une ablation du matériel d'ostéosynthèse avec exploration nerveuse a été réalisée au sein de l'Institut européen de la main de Maxéville le 27 décembre 2022. Cette intervention a, selon les dires du requérant, permis de solutionner les perturbations dans le territoire sensitif du nerf radial et du nerf ulnaire, mais l'évolution du nerf médian est restée incomplète car M. D C conserve un manque de force d'après un électroneuromyogramme réalisé le 2 mai 2023. Le requérant sollicite de la juge des référés que soit désigné un expert en vue de déterminer les conditions de sa prise en charge par le Centre hospitalier régional de Metz-Thionville à compter du 24 août 2022, de déterminer les préjudices résultant de la prise de son fils, M. F, et les imputabilités.

Sur la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. La mesure d'expertise demandée par M. C entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie de la Meurthe et Moselle la production du relevé de ses frais et débours avant le commencement de l'expertise :

4. Il résulte de l'instruction qu'à ce stade de la procédure, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie de la Meurthe et Moselle ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle qu'elle est fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de solliciter, s'il l'estime nécessaire, la communication du relevé détaillé des débours et frais médicaux en lien avec la prise en charge de M. D C. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions du Centre hospitalier régional de Metz-Thionville tendant à la communication de ce relevé.

Sur les conclusions relatives à la production d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions du Centre hospitalier régional de Metz-Thionville tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées, sans que le rejet de cette demande ne fasse obstacle à ce que l'expert établisse un pré-rapport soumis au contradictoire des parties s'il l'estime utile, sur le fondement de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Sur les conclusions relatives à la communication des pièces médicales :

6. Aux termes de l'article R. 4127-4 du code de la santé publique : " Le secret professionnel institué dans l'intérêt des patients s'impose à tout médecin dans les conditions établies par la loi. Le secret couvre tout ce qui est venu à la connaissance du médecin dans l'exercice de sa profession, c'est-à-dire non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu'il a vu, entendu ou compris ". Ces dispositions impliquent que seul le patient concerné peut lever le secret médical en transmettant lui-même son dossier ou en autorisant sa communication. Dès lors, il n'appartient pas au tribunal d'autoriser la communication du dossier médical à l'expert. Par suite, il y a lieu de rejeter la demande du Centre hospitalier régional de Metz-Thionville de pouvoir communiquer à l'expert, les pièces du dossier médical de M. D C.

Sur les conclusions relatives aux avances sur les frais d'expertise :

7. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction [] peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations [].

8. En l'absence d'allocation provisionnelle ordonnée par la présente décision, la demande du Centre hospitalier régional de Metz-Thionville est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

Sur les conclusions relatives aux frais d'expertise :

9. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ()en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'ordonnance est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. ()". Aux termes de l'article R. 761-4 dudit code : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par ordonnance du président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement ou, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué.() ". Aux termes de l'article R. 621-11 du même code : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. (.) ".

10. Il résulte de ces dispositions combinées que la détermination du montant des frais et honoraires d'expertises et de la personne à la charge de laquelle ces frais doivent être mis est effectuée par une ordonnance prise par le président du tribunal ou le magistrat qu'il désigne après la remise du rapport par l'expert.

11. La demande de M. B C relative à la prise en charge des frais d'expertise est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

O R D O N N E

Article 1er : Dr A E, chirurgien orthopédiste exerçant à la maison de santé Citevie, 56 rue Jacques Foillet à Montbéliard (25200), est désigné. Il aura pour mission, dans le respect du secret médical ; de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° décrire l'état de santé antérieur de M. D C, prendre connaissance de l'entier dossier médical relatif aux examens prodigués à M. D C au sein du Centre hospitalier régional de Metz-Thionville dans le respect du secret médical ; convoquer contradictoirement tous sachants ;

3° décrire les conditions dans lesquelles M. D C a été admis et soigné au Centre hospitalier régional de Metz-Thionville à compter du 24 août 2022 ;

4° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues ;

5° indiquer et décrire les affections imputées au soin et éventuels manquements de soin en cause ;

6° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

7° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, retards, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, le suivi d'opération ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

8° se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable au Centre hospitalier régional de Metz-Thionville ;

9° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

10° déterminer si l'acte médical a entraîné des conséquences notamment plus graves que les conséquences probables de sa blessure initiale présentée en l'absence de traitement ;

11° déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient et à sa famille sur les risques des actes médicaux et des traitements subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

12° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à M. F une chance d'éviter le dommage survenu ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

13° en cas de retard de diagnostic du patient, établir si ce dernier était difficile à établir ; établir si le suivi chirurgical a été conforme aux règles de l'art médical ;

14° préciser l'imputabilité entre le fait dommageable, les lésions initiales et les séquelles invoquées en se prononçant sur la réalité des lésions initiales, la réalité de l'état séquellaire, l'imputabilité directe et certaine des séquelles aux lésions initiales, et en précisant l'incidence éventuelle d'un état antérieur ;

15° dire si l'état de santé de M. F est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de M. F ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examinée ;

16° se prononcer sur l'existence de tout préjudice patrimonial temporaire (dépenses de santé, frais divers) et patrimonial permanent (dépenses de santé futures, assistance par tierce personne, pertes de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, préjudice scolaire, universitaire ou de formation) subis par M. F résultant des potentiels agissements du Centre hospitalier régional de Metz-Thionville ;

17° se prononcer sur l'existence de tout préjudice extrapatrimonial temporaire (déficit fonctionnel, souffrances endurées, esthétique) et permanent (déficit fonctionnel, d'agrément, esthétique, sexuel, d'établissement, permanents exceptionnels) subis par M. F résultant des potentiels agissements du Centre hospitalier régional de Metz-Thionville; évaluer leur importance, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'experte seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : À tout moment au cours de sa mission, l'expert pourra proposer au juge des référés une médiation entre les parties.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme " Transfert Pro " avant le 2 décembre 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 8 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe et Moselle, au Centre hospitalier régional de Metz-Thionville et au Dr A E, expert.

Fait à Strasbourg, le 22 mai 2024.

La juge des référés,

A. LECARD

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2309143

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