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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2309387

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2309387

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2309387
TypeDécision
RecoursQuestion préjudicielle
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP SOPHIE CLANCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt du 30 mai 2023, la première chambre civile de la cour d'appel de Metz a ordonné la transmission au tribunal administratif de Strasbourg de la question préjudicielle suivante : la vente du terrain sis à Montoy-Flanville (Moselle), cadastré section 26 n° 552 et 553, lieudit Noël de mai, d'une surface de 04 ha 15 a 73 ca, par la SCI Noël de mai à la communauté de communes du Pays de Pange, est-elle soumise ou non à la taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 257 du code général des impôts '

La procédure a été communiquée à la SCI Noël de mai et à la SCP Dominique Thomas et Michael Jacob, qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Julien Iggert,

- les conclusions de M. Laurent Guth.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Noël de mai a cédé le 30 juin 2014 à la communauté de communes du pays de Pange le terrain cadastré section 26 n° 552 et 553 au lieudit Noël de mai sur le territoire de la commune de Montoy-Flanville (Moselle). Cette vente n'a pas été soumise à la taxe sur la valeur ajoutée. La SCI Noël de mai a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2013 au 30 juin 2016 à la suite duquel le service a, notamment, soumis la vente en cause à la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge en application de l'article 268 du code général des impôts et a, en conséquence, mis à la charge de la SCI des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2014 s'élevant à 25 908 euros en droits et 3 109 euros en pénalités. Après avoir vainement réclamé auprès de l'administration fiscale, la SCI Noël de mai a assigné la SCP de notaires Dominique Thomas et Michaël Jacob devant le tribunal de grande instance de Metz le 29 janvier 2018 en estimant qu'elle avait commis une faute en ne soumettant pas ladite vente à la taxe sur la valeur ajoutée, à l'origine du préjudice qu'elle a subi. Par un jugement du 4 février 2021, le tribunal de grande instance de Metz a condamné la SCP de notaires à verser à la SCI Noël de mai la somme de 3 109 euros et rejeté le surplus de la demande. La SCI Noël de mai a interjeté appel de ce jugement le 19 février 2021. Par un arrêt avant dire droit du 7 novembre 2023, la première chambre civile de la cour d'appel de Metz a renvoyé au tribunal administratif de Strasbourg la question de savoir si la vente litigieuse devait être soumise à la taxe sur la valeur ajoutée.

Sur le cadre juridique applicable à la taxe sur la valeur ajoutée sur la vente de terrains à bâtir :

2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens () effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". Selon l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services () ". L'article 257 de ce code dispose : " I. - Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent. / () 2. Sont considérés : / 1º Comme terrains à bâtir, les terrains sur lesquels les constructions peuvent être autorisées en application d'un plan local d'urbanisme () ".

Sur la qualité d'assujetti agissant en tant que tel de la SCI Noël de mai :

3. Pour l'application des dispositions précitées, la livraison, par une société civile immobilière, d'immeubles est soumise à la taxe sur la valeur ajoutée lorsqu'elle procède, non de la simple gestion d'un patrimoine privé, mais d'une démarche permettant de regarder la société civile immobilière, notamment en raison de démarches actives de commercialisation foncière, comme ayant exercé une activité économique.

4. Si la SCI Noël de mai a la qualité d'assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée en raison de son activité habituelle, la vente d'un terrain qu'elle possède peut toutefois être regardée comme la simple gestion de son patrimoine privé et cette vente n'est alors pas soumise à la taxe sur la valeur ajoutée. En l'espèce, les pièces du dossier mentionnent que la SCI se contentait de donner, par le biais d'un bail oral, ses terrains en location au GAEC Livero qui les exploitait et qu'elle a été approchée par la communauté de communes du pays de Pange dans le cadre d'un projet d'extension de la zone d'activité adjacente dite de " la planchette " aux fins de construire, sur les parcelles en litige et la parcelle 556 qui donne accès à la voie publique, une plateforme logistique par la société France Frais Immobilier.

5. Au regard de ces éléments et en l'état du dossier adressé au tribunal, la SCI Noël de mai, qui est une SCI familiale, ne saurait être regardée comme s'étant livrée à une quelconque démarche de valorisation de son bien en vue de la revente, à des actions de promotion permettant la vente du bien ou à une opération immobilière comportant des achats et reventes de parcelles, caractérisant l'activité économique d'un assujetti agissant en tant que tel. A défaut de telles démarches, la SCI s'est bornée à gérer son patrimoine privé et pour ce seul motif, la vente correspondante n'est pas soumise à la taxe sur la valeur ajoutée.

Sur la qualification de terrain à bâtir des parcelles en litige :

6. Aux termes de l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs destinés à être ouverts à l'urbanisation. Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone et que des orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement en ont défini les conditions d'aménagement et d'équipement, les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement. Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, son ouverture à l'urbanisation est subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme comportant notamment les orientations d'aménagement et de programmation de la zone ".

7. Les parcelles litigieuses se situent en zone 1 AUx du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de commune du pays de Pange, laquelle borde une zone Ux largement construite et destinée aux activités économiques. Si le maire de la commune de Montoy-Flanville a attesté, le 12 juin 2017, que les parcelles 552 et 553 ne pouvaient être regardées comme un terrain à bâtir car les voies et réseaux à proximité des parcelles n'étaient pas suffisantes pour desservir les constructions à y édifier et que les parcelles ne sont pas contigües à la voie publique, elles n'en sont toutefois séparées que par une parcelle 556 vendue le jour même dans le cadre du même projet. Cette voie publique dessert la zone Ux et est susceptible de permettre le branchement des constructions aux réseaux nécessaires, ainsi que cela ressort notamment de la vente des mêmes terrains effectuée le même jour par la communauté de commune de Pange à la société France Frais Immobilier, soumise à la taxe sur la valeur ajoutée, et comportant notamment un engagement de construire du 13 décembre 2013 dans le délai maximum de 5 ans, de l'objectif de la communauté de communes sur lequel le conseil communautaire a délibéré le 16 octobre 2013 prévoyant l'extension sur les parcelles litigieuses de la zone artisanale " La planchette " et de l'évaluation des services des domaines du 2 avril 2014 concernant ces parcelles en tenant compte de la circonstance qu'elles sont équipées. Dans ces conditions, les parcelles en cause, situées en zone AUx et qui peuvent être raccordées au réseau et à la voie publique par la parcelle 556, doivent être regardées comme un terrain à bâtir au sens et pour l'application des dispositions du 1° du 2. du I de l'article 257 du code général des impôts.

8. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que la vente n'a pas été soumise à la taxe sur la valeur ajoutée, quand bien même les parcelles en litige doivent être regardées comme un terrain à bâtir, dès lors que la SCI Noël de mai ne saurait être regardée, pour cette vente, comme un assujetti agissant en tant que tel.

DÉCIDE :

Article 1er : Il est déclaré en réponse à la question posée par la cour d'appel de Metz que la vente litigieuse n'est pas soumise à la taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions de l'article 257 du code général des impôts.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la cour d'appel de Metz, à la SCI Noël de mai et à la SCP de notaires Dominique Thomas et Michaël Jacob.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,

Mme Laetitia Kalt, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 juin 2024.

Le président rapporteur,

J. IGGERT

Le premier conseiller, premier assesseur,

M. A

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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