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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400330

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400330

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400330
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL PAREYDT-GOHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2024, la société Spcm, représentée par Me Freche et Me Dourlens, demande à la juge des référés :

1°) de prescrire une expertise en vue d'identifier l'origine, les causes, l'ampleur et les solutions s'agissant des désordres affectant le parking Cathédrale de Metz ;

2°) d'enjoindre à l'expert de déposer son rapport dans un délai de six mois à compter de sa désignation ;

3°) de réserver les dépens.

Elle soutient que :

- dans le cadre du contrat de délégation de service public au titre duquel elle était en charge de travaux d'amélioration, de modernisation et de gros entretien d'un parking ainsi que de son exploitation, des désordres sont apparus au niveau des dalles ;

- la mesure d'expertise est utile en ce que ces désordres perdurent et s'aggravent dans le temps sans que l'origine, les causes, l'ampleur et les remèdes n'aient pu être identifiés ;

- la mesure d'expertise est utile en ce qu'elle n'entend pas prendre en charge les réparations nécessaires dès lors qu'elle considère que celles-ci ne relèvent pas des missions qui ont été confiées au titre du contrat de délégation de service public ;

- la mesure d'expertise est utile en ce qu'elle s'interroge quant à l'état initial constaté du parking lors de la prise d'effet du contrat, qui ne serait pas conforme à la réalité, de sorte que les conditions réelles d'exploitation du parking s'avèrent différentes de celles initialement prévues dans le contrat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, l'Eurométropole de Metz, représentée par Me Pareydt, déclare ne pas s'opposer à la présente expertise.

Elle soutient que :

- la mesure d'expertise sollicitée est utile en vue de permettre de déterminer techniquement l'origine, les causes et les modalités de traitement des désordres ;

- la mesure d'expertise est utile en ce qu'elle s'interroge sur l'appréciation de l'état réel du parking par le délégataire au moment de la signature du contrat au vu des visites opérées préalablement et de la documentation technique remise par le délégant ;

- elle s'interroge, en outre, sur la bonne réalisation des travaux de rénovation prévus, la réalisation des travaux de gros entretien et de renouvellement depuis le début d'exécution du contrat, la gestion des désordres depuis leur apparition, les mesures prises par le délégataire afin d'y remédier ou d'en éviter l'aggravation, l'adéquation des mesures d'exploitation avec la préservation des qualités des installations et la pérennité de l'ouvrage.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Il est constant que la société Spcm a conclu le 27 décembre 2006, avec l'Eurométropole de Metz, une convention de délégation de service public relative à l'exploitation du parking Cathédrale à Metz. En vertu de ce contrat, la société Spcm était chargée de l'exploitation de travaux d'amélioration, de modernisation et de gros entretien du parc de stationnement ainsi que de l'exploitation du service public de parking souterrain. Elle indique avoir réalisé les travaux de modernisation et d'amélioration prévus. Toutefois, elle soutient qu'à partir de 2016, dans le cadre de l'exploitation, des désordres structurels affectant les dalles et la structure du parking ont été constatés. Une étude technique a été menée et a mis en avant un phénomène important de corrosion des dalles aux chlorures. Des travaux de réfection ont été entrepris. Cependant, en 2021, une altération plus importante des dalles du parking a été constatée et la nouvelle étude technique diligentée par la requérante a confirmé la pollution aux chlorures et constaté des insuffisances sur la qualité et l'épaisseur du béton. En 2023, au regard de l'aggravation de l'état de dégradation des dalles dans certaines zones du parking et, suite à la demande de la Commission de sécurité, la société Spcm a mandaté la société Socotec afin de réaliser un nouvel état des lieux. Suite à des échanges avec l'Eurométropole de Metz, cette dernière a ordonné à la requérante d'intervenir en urgence afin de mettre fin aux désordres. La société Spcm indique avoir entrepris de réaliser des travaux de réfection des dalles. De plus, une partie du parking a été condamnée afin de garantir la sécurité des personnes et des biens. A l'occasion de ces travaux de réfection, la requérante indique avoir découvert de nouveaux désordres techniques, liés à la structure du parking et s'interroger sur les conditions de poursuite d'exploitation du parking, notamment au regard de la sécurité des personnes. Elle demande donc à la juge des référés de prescrire une expertise en vue de constater l'ampleur des désordres, d'en identifier les causes et de déterminer les mesures à mettre en œuvre pour garantir la pérennité de l'infrastructure.

Sur le périmètre et l'utilité de la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. La requérante expose que l'origine, les causes, l'ampleur et les solutions pour remédier aux désordres affectant le parking Cathédrale de Metz ne peuvent être précisément identifiées. Il est constant que ces éléments, et notamment les questions tirées de l'état initial du parking, de la bonne réalisation des travaux de gros entretien et de renouvellement et de la gestion des désordres depuis leur apparition ont une incidence sur la détermination des obligations contractuelles respectives du délégant et du délégataire de la convention conclue le 27 décembre 2006. Dans ces circonstances, la mesure d'expertise demandée par la société Spcm présente un caractère d'utilité et entre, par conséquent, dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R.532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à l'expert de produire un rapport dans un délai de six mois :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert de produire son rapport dans un délai imparti. Il en résulte que les conclusions de la requérante tendant à ce que l'expert dresse son rapport et l'adresse dans un délai de six mois sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'expertise et dépens :

5. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ()en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'ordonnance est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. ()". Aux termes de l'article R. 761-4 dudit code : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par ordonnance du président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement ou, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué.() ". Aux termes de l'article R. 621-11 du même code : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. (.) ".

6. Il résulte de ces dispositions combinées que la détermination du montant des frais et honoraires d'expertises et de la personne à la charge de laquelle ces frais doivent être mis est effectuée par une ordonnance prise par le président du tribunal ou le magistrat qu'il désigne après la remise du rapport par l'expert. La demande de la société Spcm relative à la prise en charge des frais d'expertise est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

O R D O N N E

Article 1er : B A, exerçant au 5 rue des Intendants Joba à Metz (57050), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1° informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° se rendre sur les lieux, au parking Cathédrale, rue d'Estrée à Metz (57000), entendre les parties ainsi que tous sachants et retracer les faits connus de la conclusion du contrat à l'apparition des désordres ; détailler de façon précise la chronologie des faits ; se faire communiquer tous documents utiles ; donner tous éléments et établir tous plans, croquis ou schémas, produire des photos, utiles à la compréhension des faits de la cause ;

3° procéder à la constatation et description précise des désordres et/ou malfaçons affectant le parking de la Cathédrale de Metz ; préciser leur date d'apparition, leur ampleur et leur localisation ; détailler les conséquences résultant de ces désordres et/ou malfaçons ; donner un avis sur l'état initial du parking ;

4° décrire l'état réel du parking lors de la signature du contrat de délégation le 27 décembre 2006 ;

5° identifier et décrire les travaux d'amélioration et de rénovation du lot gros œuvre prévus par le contrat de délégation de service public ;

6° identifier et décrire les travaux effectivement réalisés sous la maîtrise d'ouvrage de la société Spcm et en préciser leur chronologie, leur consistance, leurs résultats et leurs éventuelles conséquences concrètes, ainsi que leur coût de réalisation ;

7° donner un avis quant à l'adéquation des mesures prises par le délégataire et/ou le délégant afin de remédier et/ou d'éviter l'aggravation des désordres en cause, qu'il s'agisse des travaux réalisés, des mesures d'exploitations prises ou des mesures d'entretien réalisées ;

8° donner un avis motivé sur chaque cause/origine possible des désordres et/ou malfaçons en précisant s'ils sont imputables à l'état initial de l'ouvrage lors de sa remise au délégataire en 2007, à la réalisation des travaux de rénovation et d'amélioration du parking, aux matériaux utilisés, ou encore aux conditions d'utilisation ou d'entretien de l'ouvrage, ou à un élément extérieur, et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant des parties ; fournir tous éléments de fait et techniques sur les éventuelles causes des désordres et/ou malfaçons ; sauf détermination certaine des causes, apporter toutes précisions factuelles et techniques utiles permettant de déterminer la cause la plus probable ;

9° indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle ; donner un avis motivé sur les demandes chiffrées par les parties ;

10° donner un avis motivé sur les demandes chiffrées présentées par les parties tendant à l'évaluation de tout autre chef de préjudice ;

11° d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des éléments précédemment définis et qui sont de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 5 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 6 : À tout moment au cours de sa mission, l'expert pourra proposer à la juge des référés une médiation entre les parties.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme " Transfert Pro " s avant le 1er janvier 2025, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Spcm, à l'Eurométropole de Metz et à M. B A, expert.

Fait à Strasbourg, le 10 juin 2024.

La juge des référés,

A. DULMET

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2400330

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