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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400613

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400613

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400613
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2024, Mme B C D, représentée par Me Grün, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle est en situation irrégulière sur le territoire français depuis le 10 décembre 2023, qu'elle ne peut plus exercer d'activité professionnelle ni percevoir les allocations de Pôle emploi, alors qu'elle a effectué toutes les démarches auprès de la préfecture de la Moselle pour renouveler son titre de séjour ; elle indique que le comportement de la préfecture a des conséquences graves sur sa vie personnelle ;

- l'atteinte grave et manifestement illégale à la dignité humaine et à la liberté d'aller et de venir, la discrimination qu'elle subit, l'inégalité d'accès au service public et le dysfonctionnement de celui-ci justifie la délivrance du récépissé, dès lors que l'absence de ce récépissé méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-1 de ce code dispose que : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. / () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. La circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas, à elle seule, de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, laquelle est susceptible de donner lieu à une ordonnance du juge des référés dans un bref délai, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures sur la base des justifications requises du requérant conformément aux dispositions de l'article R. 522-1 du code de justice administrative. La justification du respect de cette condition d'urgence renforcée et la démonstration d'une atteinte grave et manifestement illégale implique alors que le juge du référé liberté se prononce dans un délai de quarante-huit heures.

4. Pour justifier du respect de la condition d'urgence renforcée, Mme C D fait valoir qu'elle se trouve en situation irrégulière depuis le 10 décembre 2023, date à laquelle le dernier récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour, délivré par la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 11 septembre 2023, a expiré, qu'elle a déménagé à Metz et a transmis à la préfecture de la Moselle son dossier complet par courrier recommandé du 28 septembre 2023, que cette demande ne semble pas avoir été prise en compte en dépit de ses relances, dont celle de son conseil du 3 janvier 2024. Elle fait également valoir que la société Amazon, auprès de laquelle elle bénéficiait d'un contrat de travail à durée indéterminée, a rompu sa période d'essai le 11 janvier 2024, après lui avoir demandé de justifier de la régularité de son séjour.

5. Il résulte toutefois de l'instruction qu'elle est en situation irrégulière depuis la date d'expiration de son dernier récépissé, le 10 décembre 2023, et ne produit pas de justifications suffisantes de ce que sa situation, pour regrettable qu'elle soit, implique que le juge prenne une mesure de sauvegarde dans le délai de quarante-huit heures énoncé à l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Elle ne peut être regardée comme justifiant du respect de la condition d'urgence renforcée de ces dispositions.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de délivrance d'un récépissé présentées par Mme C D doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, dès lors qu'elle ne remplit pas la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

7. Aux termes de l'article 7 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement () ". Et aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

8. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que la requête de Mme C D ne satisfait pas de manière manifeste à l'une des conditions cumulatives de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu d'accorder à l'intéressée l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de Mme C D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C D et à Me Grün. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Strasbourg, le 29 janvier 2024.

La juge des référés,

L. A

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Slovencik

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