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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2402146

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2402146

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2402146
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL Jean Philippe DEVEVEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mars et 29 mai 2024, la société Métal'arc, représentée par Me Devevey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 12 mars 2024 de la région Grand Est de résilier le lot n° 4 " charpente métallique " du marché de construction d'un atelier de chaudronnerie et réhabilitation d'un bâtiment existant au lycée la Briquerie à Thionville, et d'ordonner la reprise des relations contractuelles ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise judiciaire ;

3°) de mettre à la charge de la région Grand Est une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de résiliation est irrégulière ;

- la requérante n'a pas commis de faute dans l'exécution du marché dès lors qu'elle a proposé plusieurs solutions de reprise des désordres constatés, a exécuté l'ensemble des ordres de service et avait commencé à procéder aux travaux de reprise dans le délai imparti par la mise en demeure.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 mai et 11 juin 2024, la région Grand Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- l'intérêt général s'oppose à la reprise des relations contractuelles.

Par ordonnance du 29 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du 30 mars 2021 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry,

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,

- les observations de Me Devevey, représentant la société Métal'arc,

- et les observations de Mme A, représentant la région Grand Est.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement daté du 28 mars 2023, la région Grand Est a attribué à la société Métal'arc le lot n° 4 " charpente métallique " du marché portant sur la construction d'un atelier de chaudronnerie et la réhabilitation d'un bâtiment existant au lycée La Briquerie à Thionville en Moselle. La région Grand Est a décidé le 12 mars 2024 de la résiliation du marché pour faute, aux frais et risques de la requérante, la décision ayant été notifiée le jour-même. Par la présente requête, la société Métal'arc conteste la régularité et le bien-fondé de cette décision de résiliation et demande à ce que soit ordonnée la reprise des relations contractuelles.

2. D'une part, si la société Métal'arc soutient que la décision de résiliation est irrégulière, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision susceptible de permettre d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit dès lors être écarté.

3. D'autre part, l'article 3.8.3 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux, dans sa version issue de l'arrêté susvisé du 30 mars 2021 applicable au présent marché, stipule que : " Sous réserve des articles 3.8.2, 13.6, 14.2.2 et 50.2.1, le titulaire se conforme aux ordres de service qui lui sont notifiés, que ceux-ci aient ou non fait l'objet d'observations de sa part ". Son article 50.3.1 stipule en outre que " Le maître d'ouvrage peut résilier le marché pour faute du titulaire dans les cas suivants : / c) Le titulaire, dans les conditions prévues à l'article 52, ne s'est pas acquitté de ses obligations dans les délais contractuels, après que le manquement a fait l'objet d'une constatation contradictoire et d'un avis du maître d'œuvre, et si le titulaire n'a pas été autorisé par ordre de service à reprendre l'exécution des travaux. Dans ce cas, la résiliation du marché décidée peut être soit simple, soit aux frais et risques du titulaire et, dans ce dernier cas, les stipulations des articles 52.4 à 52.7 s'appliquent ; () ".

4. Il résulte de l'instruction que les travaux de pose de la charpente ont commencé au mois d'octobre 2023 et que, dès la fin du mois de novembre 2023, des désordres importants sont apparus sur les éléments de la charpente, la peinture anticorrosion se décollant à de multiples endroits et de la rouille y apparaissant.

5. Alors que tant le maître d'ouvrage que le maître d'œuvre demandaient une reprise complète du traitement anticorrosion de la charpente, supposant qu'elle soit entièrement décapée puis remise en peinture, la société Métal'arc s'est bornée à proposer des solutions de reprise des seules parties de la charpente où la peinture s'était d'ores et déjà décollée. Le maître d'œuvre lui a ainsi demandé lors d'une réunion le 7 décembre 2023 puis par ordres de service des 17 et 26 janvier 2024 de procéder à la reprise complète de la charpente, ce que la requérante s'est systématiquement refusée à faire sans jamais justifier de l'efficacité de la solution de reprise partielle qu'elle proposait et notamment sans être en mesure d'établir, malgré un courrier du fournisseur de la peinture en ce sens, que les désordres observés n'étaient pas susceptibles de s'étendre à l'intégralité de la charpente.

6. La région Grand Est a finalement adressé le 16 février 2024 à la société Métal'arc, par courrier reçu le 21 février 2024, une mise en demeure de procéder dans les quinze jours à la reprise de la protection anticorrosion de l'ensemble de la charpente, sous peine de résiliation. Par courrier du 6 mars 2024, la société requérante a indiqué au maître d'ouvrage qu'un devis des travaux de reprise de l'intégralité de la charpente métallique lui serait adressé, sans préciser de date. Le lendemain, un constat d'huissier établi de manière contradictoire a permis de constater que les travaux demandés n'avaient pas été réalisés. Si ce constat d'huissier mentionne la réalisation en cours d'essais sur un poteau, il ne précise pas s'il s'agit d'un essai selon la méthode choisie par le maître d'œuvre et le maître d'ouvrage. Enfin, un constat d'huissier postérieur à la notification de la décision de résiliation mentionne que quatre poteaux ont d'ores et déjà été repris par sablage, sans que ces constatations ne permettent de déterminer s'il s'agissait alors d'un simple essai ou du début des travaux de reprise et alors même qu'en tout état de cause, aucun devis n'avait encore été proposé par la société au maître d'ouvrage.

7. Eu égard au refus réitéré de la société Métal'arc de procéder aux travaux de reprise totale du traitement anticorrosion de la charpente, celle-ci n'ayant pas même produit un mode opératoire, des délais d'exécution ou un devis afin d'estimer le coût des travaux demandés par le maître d'œuvre et le maître d'ouvrage et ayant tout au plus commencé à réaliser des essais à l'expiration du délai de la mise en demeure qui lui avait été adressée, sa faute est caractérisée et était de nature à justifier la résiliation pour faute du marché litigieux.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société Métal'arc tendant à la reprise des relations contractuelles doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Métal'arc est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Métal'arc et à la région Grand Est.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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