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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2403577

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2403577

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2403577
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantBLANVILLAIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête en référé de M. A, ressortissant albanais, qui demandait au préfet de la Moselle de lui fixer un rendez-vous pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Le juge des référés a estimé que la condition d'urgence, requise par l'article L. 521-3 du code de justice administrative, n'était pas satisfaite. Cette absence d'urgence a été motivée par le maintien irrégulier et prolongé de l'intéressé en France depuis 2018, ainsi que par le dépôt tardif de sa demande de titre de séjour, plus de deux ans après la naissance de son enfant. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a toutefois été accordée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mai 2024, M. C A, représenté par

Me Blanvillain, avocate, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet de la Moselle, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous pour l'examen de sa demande de titre de séjour et de lui en délivre récépissé, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'urgence tient à ce que le préfet tarde excessivement à le convoquer, ce qui le maintien en situation irrégulière ;

- la mesure est utile et ne heurte aucune décision administrative.

Par un mémoire enregistré le 3 juin 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que M. A s'est durablement maintenu dans l'illégalité, ce qui lui interdit de se prévaloir d'une urgence ; qu'il n'a jamais été invité à faire enregistrer son dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 juin 2024 tenue en présence de Mme Rivalan, greffière d'audience, M. B a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

4. Il résulte de l'instruction que M. A, de nationalité albanaise, est entré en France en novembre 2018 et s'y est maintenu irrégulièrement après le rejet de sa demande d'asile, pour absence d'éléments sérieux, le 31 mai 2019. Le 24 août 2021, il est devenu père d'une enfant née en France de sa relation avec une compatriote en situation régulière. Le 23 novembre 2023 il a demandé au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour. Il conclut à titre principal à ce que le juge des référés ordonne au préfet de le convoquer pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et la délivrance d'un récépissé de cette demande.

5. La situation de précarité qu'évoque l'intéressé, qui ne peut ni circuler ni travailler librement en France, tient essentiellement à la circonstance qu'il s'est maintenu depuis plusieurs années sur le territoire national au mépris de la législation en vigueur. Sa demande de titre de séjour a d'ailleurs été formulée pour la première fois plus de deux ans après la naissance de son enfant. Il ne fait par ailleurs état d'aucune circonstance de nature à justifier que, eu égard à la saturation des services du préfet de la Moselle, son dossier soit examiné par priorité.

La condition d'urgence qu'il y aurait à ordonner au préfet de la Moselle de le recevoir sans tarder, ne peut dès lors être regardée comme satisfaite.

6. Il suit de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

7. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de M. A dirigées contre l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée, à titre provisoire, à M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Blanvillain et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Strasbourg, le 8 août 2024.

Le juge des référés,

X. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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