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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405391

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405391

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405391
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantBOTTEMER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion de M. E C, M. B C et Mme D du logement géré par l'organisme "Horizon amitié" à Brumath. Les intéressés, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées, se maintiennent sans droit ni titre dans un hébergement destiné aux demandeurs d'asile, en violation de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le juge a considéré que l'urgence et l'utilité de la mesure étaient caractérisées, la libération des lieux étant nécessaire pour permettre l'accueil d'autres demandeurs d'asile en attente. La solution retenue est l'expulsion avec le concours de la force publique et l'évacuation des biens aux frais et risques des occupants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024 sous le n° 2405391, la préfète

du Bas-Rhin demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. E C qui occupe sans droit ni titre un logement géré par l'organisme " Horizon amitié " situé 26 rue du Général Rampont à Brumath (67170) ; d'autoriser le recours à la force publique ; d'autoriser l'évacuation de tous les biens meubles aux frais et risques de l'intéressé.

La préfète soutient que :

- l'intéressé se maintient dans un logement destiné aux demandeurs d'asile alors qu'il ne relève plus de cette catégorie ;

- l'urgence tient à ce que de nombreuses personnes sont en attente de logement.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, M. E C, représenté par Me Bottemer, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire, à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin de produire une copie du courrier que le club OLYMPIA LUTTE de Schiltigheim lui a envoyé en faveur de la famille C et à ce que la somme de 1 200 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- la mesure n'est pas utile dès lors qu'il s'apprête à quitter le logement.

II. Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024 sous le n° 2405393, la préfète

du Bas-Rhin demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions

de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. B C et de Mme D qui occupent sans droit ni titre un logement géré par l'organisme " Horizon amitié " situé 26 rue du Général Rampont à Brumath (67170) ; d'autoriser le recours à la force publique ; d'autoriser l'évacuation de tous les biens meubles aux frais et risques des intéressés.

La préfète soutient que :

- les intéressés se maintiennent dans un logement destiné aux demandeurs d'asile alors qu'ils ne relèvent plus de cette catégorie ;

- l'urgence tient à ce que de nombreuses personnes sont en attente de logement.

La requête a été communiquée aux intéressés, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lusset en qualité de juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 août 2024 tenue en présence de Mme Van der Beek, greffière d'audience :

- le rapport de M. Lusset, magistrat désigné ;

- les observations de Mme A, représentant la préfète du Bas-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Bottemer, pour l'ensemble des défendeurs, qui s'en remet pour l'essentiel à ses écritures, et demande également à ce que M. B C et

Mme D soient également admis à l'aide juridictionnelle provisoire. Elle déclare par ailleurs expressément abandonner ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin de produire une copie du courrier que le club OLYMPIA LUTTE de Schiltigheim lui a envoyé en faveur de la famille C.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. E C, de M. B C et de Mme D.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir, en cas d'urgence et d'utilité, d'ordonner l'expulsion des occupants sans titre du domaine public ou des dépendances nécessaires à l'exercice d'une mission de service public.

4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ". Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement de demandeurs d'asile, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Il résulte de l'instruction que les consorts C ainsi que

M. E C, dont les demandes d'asile ont été rejetées par la Cour nationale du droit d'asile les 29 mars et 19 avril 2024, se maintiennent depuis dans le logement qui leur avait été attribué en leur qualité de demandeurs d'asile, situé 26 rue du Général Rampont à Brumath, logement spécifiquement destiné à l'accueil des demandeurs d'asile. En date du 3 juin 2024,

la préfète du Bas-Rhin les a mis en demeure de libérer les lieux sous quinze jours. Les intéressés n'ont pas déféré à cette mise en demeure. En se bornant à faire valoir qu'ils ne sont pas les seuls à occuper ce logement, qu'ils s'apprêteraient à le libérer et que les trois petits-enfants de

M. E C sont membres d'un club de lutte qui a attesté de leur forte implication, les intéressés n'apportent aucune contestation sérieuse de nature à faire obstacle à la demande d'expulsion litigieuse.

6. Eu égard à l'important nombre de demandeurs d'asile en attente d'hébergement dans le département, circonstance qui résulte suffisamment de l'instruction, l'évacuation de ce logement, dédié au seul accueil des demandeurs d'asile, présente un caractère d'urgence et d'utilité certain. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre aux consorts C et à M. E C d'évacuer sans délai le logement dont il s'agit.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par

M. E C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Les consorts C et M. E C sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint aux consorts C et à M. E C, s'ils ne l'ont déjà fait, de libérer sans délai le logement mis à leur disposition situé 26 rue du Général Rampont à Brumath (67170), de leurs occupants et des biens s'y trouvant.

Article 3 : A défaut pour les intéressés de libérer immédiatement les lieux et d'évacuer les biens leur appartenant, la préfète du Bas-Rhin pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : Les conclusions M. E C tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E C,

M. B C et Mme D, à Me Bottemer et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Strasbourg, le 9 août 2024.

Le juge des référés,

A. Lusset

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

Nos 2405391, 2405393

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