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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2406066

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2406066

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2406066
TypeDécision
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantWASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2024, M. A D, représenté par Me Wassermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 juin 2024 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de renouveler sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de résident algérien d'une durée de validité de 10 ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative .

M. D soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en tant qu'elle considère que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable, dès lors que le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour incomplète ne constitue pas une décision faisant grief.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dulmet, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Wassermann, avocat de M. D.

Le préfet de la Moselle n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D est un ressortissant algérien, né en 1985. Il est entré sur le territoire français en avril 1996. Il a bénéficié, en dernier lieu, d'une carte de résident valable du 30 octobre 2013 au 29 octobre 2023. Par décision du 17 juin 2024, le préfet de la Moselle a refusé de renouveler cette carte de résident, et s'est borné à lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de 6 mois. M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. Richard Smith, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Moselle à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Par un arrêté du 16 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 18 mars 2024, le préfet de la Moselle a chargé M. C E, sous-préfet de l'arrondissement de Thionville et signataire de l'arrêté attaqué, de la suppléance des fonctions de M. B en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci. Le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné, le 7 mars 2006, à 300 euros d'amende pour des faits d'escroquerie et de fourniture d'identité imaginaire commis le 3 décembre 2005. Il est constant qu'il a été également condamné par le tribunal correctionnel de Metz en date du 30 août 2022 à une peine de 10 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire total d'une durée de deux ans ainsi qu'à l'interdiction de détenir ou porter une arme d'une durée de deux ans pour des faits de destruction de bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes. Le préfet de la Moselle fait également valoir que M. D est également signalé au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits d'usage de stupéfiants, en 2003, d'abus de confiance, d'escroquerie de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation de crime en janvier, mars, avril et mai 2004, de violences ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours en août 2004, de faux en écriture et escroquerie en septembre 2004, de destruction ou détérioration importante du bien d'autrui, violences volontaires sur conjoint ou concubin avec ITT de moins de huit jours en septembre 2006, de violences sur un mineur de 15 ans suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours en mai 2008, de violences avec usage ou menace d'une arme sans incapacité en décembre 2019. En se bornant à indiquer que les faits qui lui sont ainsi reprochés ne sont " pas justifiés ", M. D n'en conteste pas sérieusement la matérialité. Dans ces conditions, et alors même que la direction de l'administration pénitentiaire atteste que le requérant a respecté le suivi probatoire auquel il a été condamné, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision serait entachée d'une erreur de qualification ou d'appréciation en tant qu'elle considère que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il est constant que M. D résidait sur le territoire français depuis plus de 28 ans à la date de la décision contestée. Si le requérant se prévaut de son mariage, le 2 juillet 2024, avec une ressortissante française, ainsi que de la reconnaissance, le 21 juin 2024, des deux enfants de celle-ci, ces circonstances sont postérieures à l'édiction de la décision contestée. Les seules photographies produites et l'attestation d'un médecin, en date du 28 juin 2024, soit postérieurement à la décision contestée ne suffisent pas à attester de l'ancienneté et de la stabilité des relations conjugales et familiales dont se prévaut le requérant. M. D produit également un contrat à durée indéterminée, en date du 1er mars 2017, portant sur une quotité de travail mensuel de 43h33 pour une salaire mensuel brut de 422.90 euros, ainsi que les fiches de paie correspondantes, de 2017 à décembre 2022, ainsi qu'un document daté du 1er décembre 2022 entérinant la vente de l'entreprise qui l'employait, à lui-même, par son frère. M. D soutient également qu'il apporte à son frère, atteint d'une pathologie neurologique, un soutien indispensable à celui-ci. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier qu'il serait le seul à même de lui apporter le soutien en cause, ni même qu'il s'agirait d'un soutien quotidien ou régulier. Il ressort enfin des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, que le comportement du requérant peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, malgré la durée de séjour en France de M. D, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision refusant de renouveler sa carte de résident porterait au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, les seules photographies et le certificat médical postérieur à la décision contestée produits par M. D ne permettent pas d'établir la réalité, ni l'ancienneté et la stabilité des liens qu'il entretient avec les deux enfants dont il a reconnu la paternité le 21 juin 2024. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision refusant de renouveler sa carte de résident aurait été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de ces deux enfants et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, par les moyens qu'il invoque, M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 juin 2024. Ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions tendant à application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent par suite être rejetées.

D E C I D E

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Dulmet, présidente,

- Mme Perabo Bonnet, première conseillère,

- Mme Eymaron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mars 2025.

La présidente-rapporteure

A. DULMETLa première conseillère

L. PERABO-BONNET

La greffière,

J. BROSE

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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